le blog de Laurent de Wilde

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dimanche 21 septembre 2008

Le Maître et le flipper

J'écoutais l'autre jour les oeuvres pour orgue d'Olivier Messiaen, d'une densité à couper le souffle, et je ne sais pourquoi cela me remémora une histoire que m'avait racontée l'excellente Martine Palmé qui a commencé sa carrière comme secrétaire particulière du Maître.

Celui-ci avait des élèves à qui il enseignait chez lui et voici qu'un jour l'un de ses étudiants arrive enfiévré à son cours. Maître, lui dit-il, il y a au café d'en bas une machine à faire de la musique aléatoire ! Ça s'appelle un flipper ! Intéressé, le compositeur promet de se rendre au café à la fin du cours pour découvrir cette intrigante invention.

Les voici donc une heure plus tard devant cette machine bien connue des piliers de bistrots, l'élève glisse une pièce dans la fente appropriée et commence à jouer devant Messiaen imperturbable. La boule s'élance, rebondit sur les champignons et autres bandes élastiques, déclenchant à chaque fois des cascades sonores dont on devine l'effet sur le cerveau magnifique du compositeur. A la fin de la partie, l'élève se tourne vers son professeur et lui propose d'essayer.

Messiaen se plante alors devant le flipper, actionne la tirette et le miracle se reproduit sous ses yeux ébahis : la boule s'agite en tous sens et en rebondissant elle produit les sons les plus saisissants qu'on puisse entendre. Seulement voilà, après son ballet frénétique de courte durée, la boule se met à redescendre en bas de la pente, il faut la ré-expédier là-haut dans les champignons sinon la partie est perdue, mais Messiaen médusé ne fait rien, il écoute, il regarde mais il ne bouge pas.

Et c'est alors que l'élève transi lui hurle :

MAIS FLIPPEZ, MAÎTRE, FLIPPEZ !

vendredi 25 juillet 2008

Espoirs et mensonges

L'industrie musicale ne va pas bien. Chez les Majors, hormis Universal, on continue les énièmes plans de licenciement et de restructuration. Chez les indépendants, certains flottent, d'autres coulent. Tout le monde serre les fesses. Le pire est sans doute qu'on commence à se rendre compte qu'il faudra entre trois et cinq ans, en étant optimiste, pour commencer à y voir un peu plus clair, mais à quel prix ? Combien de musiciens, de producteurs, de commerciaux devront sans faire d'histoires trouver un autre travail d'ici là ?

Pour tout arranger, quand on regarde ailleurs, les nouvelles ne sont pas franchement bonnes non plus. Notre planète suffoque sous la pollution. L'économie occidentale, d'une gloutonnerie maladive, est en train de se découvrir des crampes d'estomac fort désagréables. Le tout est orchestré par des médias anxiogènes, et nous avons une atmosphère contemporaine particulièrement délétère qui commence à me rappeler dans le Tintin "l'Etoile Mystérieuse" le bon vieux prophète Philippus annonçant la fin du monde et son cortège de peste et de choléra.

On espère cependant que le monde ne s'arrêtera pas de tourner, même s'il paraît en panne d'idéal et qu'il semble plus que jamais menacé par notre imprévoyance et notre aveuglement. Aussi il est important de ne pas se raconter d'histoires et de s'abrutir de mensonges prétendument palliatifs.

L'un d'entre eux que j'entends le plus souvent est le suivant : la vente de cd est moribonde, mais jamais la scène ne s'est aussi bien portée. Or, c'est complètement faux ! Les salles ont de plus en plus de mal à se remplir, c'est pourquoi certains programmateurs se rabattent sur des choix sûrs qui leur coûtent cher mais leur donnent encore quelques mois l'impression que tout est comme avant. Les autres bourrent leur salle d'invités comme autant de cache-misère, ou affrontent tout simplement des publics anémiques . Mais il faudra bien un jour ou l'autre faire face à cette réalité incontournable qui est que la musique dans son ensemble est en train de faire son deuil d'une époque dont les restes s'effritent sous nos yeux.

Ce n'est pas très gai, mais ce n'est pas une raison pour s'inventer des histoires, et ce n'est qu'en faisant face à la réalité que l'on pourra espérer avancer. Nous avons déjà perdu trop de temps à pourchasser des fantômes et à croire que notre simple puissance passée saura nous tirer d'affaire.

jeudi 5 juin 2008

A LA BONNE HEURE

Il y un peu plus d'un an, j'ai acheté au marché aux puces de Moscou une vieille montre qui me plaisait beaucoup. Toute simple, elle arborait discrètement la marque Poljot (une de ses grandes soeurs avait au poignet de Yuri Gagarin orbité autour de la terre, devenant ainsi officiellement la première montre à être allée dans l'espace), et dont un grand nombre de mauvaises copies attendent le premier pigeon venu pour le soulager de ses roubles.

J'hésitai le temps d'usage puis l'achetai et la mis à mon poignet. Un petit remontoir crénelé attendait le gras de mon pouce et de mon index pour réveiller la mécanique endormie. Je le tournai avec précaution car la montre était fine comme une femme et il ne fallait pas brusquer les ressorts... Je la portai à mon oreille, tic tac tic tac, elle avait l'air de marcher.

J'étais content, je l'aimais bien, et j'espérais maintenant qu'elle me donnerait une heure stable, ce qu'elle fit à travers trois décalages horaires successifs . Mais je n'arrêtai pas de la changer d'heure, ça ne voulait rien dire. Ce n'est qu'à mon retour à Paris que je pus tester sa fiabilité.

Elle fut décevante. D'un jour sur l'autre, elle accélérait de dix minutes, puis en perdait cinq. Je la remontai un peu tout le temps, je faisais des tests, en vain.

Je commençai à vérifier l'heure un peu partout, et puis voilà que je me rendis compte que l'heure de mon ordi, de mon portable, de ma moto, de l'horloge de la cuisine, de mon réveil, toutes étaient différentes... (je ne parle même pas des horloges dans les rues de Paris qui affichent des heures complètement fantaisistes).

Chacune accélère ou ralentit de façon constante selon sa petite logique propre, qu'elle soit mécanique ou électronique, chacune poursuit sa fébrile et microscopique erreur avec une obstination souterraine. Je fus tenté une seconde de METTRE TOUTES LES PENDULES À L'HEURE mais je me rendis soudain compte que l'idée même m'était très désagréable, tant par son totalitarisme que par l'inutilité de la démarche, car elles ne feraient que se décaler à nouveau tout aussi sournoisement.

Du coup j'ai commencé à aimer l'inexactitude de ma montre. Ayant des ancêtres russes, je me plais à imaginer qu'un peu de l'âme de mes aïeux, bouillonnants et fantasques, s'est lové dans ce petit boîtier et ordonne mes journées, tantôt languides, tantôt pressées. J'ai appris à la remonter aussi, matin et soir. Les écarts se sont calmés. Maintenant, elle se cale obligeamment sur l'une des autres heures de mon environnement, choisissant un jour l'une un jour l'autre.

Et puis elle entretient en toile de fond une incertitude permanente qui me semble tout à fait correspondre à mon paysage intérieur.

lundi 5 mai 2008

Dommage

J'ai fait un rêve fantastique il y a quelques nuits. Décors futuristes, intrigue en plusieurs épisodes, nombreux personnages, retournements saisissants de situation, un polar complet (je rencontre même quelqu'un qui est en train de lire...l'histoire de ce rêve et qui trouve le bouquin passionnant !)

Et puis le réveil qui sonne. En plein milieu de l'histoire.

Ce qui occasionna deux désagréments majeurs.

Le premier est que j'eus dès mon réveil un sentiment tout-à-fait désagréable d'inachèvement. Je n'avais qu'une seule envie, de me rendormir et de finir le rêve, j'étais collé corps et âme à mon sommeil comme par de la glu. Mais voilà, il fallait que je prenne un train pour aller jouer loin, c'était cuit, il n'y avait pas à y revenir. J'ai donc trimballé cette épuisante frustration jusqu'après le concert du soir, avec l'impression d'avoir passé la journée à côté de mes pompes, comme à l'envers du tempo. Très bizarre.

Ma deuxième déconvenue fut d'essayer de fixer ce rêve à mon réveil. Malgré mon abrutissement, ou plutôt en essayant de l'utiliser au mieux, je tentai immédiatement de traduire en mots ce scénario fantastique. Et là, voilà mon rêve qui fond comme au soleil sous mes efforts de conscience. Plus je sollicite mon cerveau pour mettre en mots et en forme mon histoire, plus celle-ci se dérobe, elle se rétracte dans les petits plis inaccessibles de ma mémoire et ne laisse à mes yeux écarquillés que le voile évanescent d'une brume qui se lève.

Ce qui me rappelle une histoire qu'on m'a racontée. Le génial réalisateur américain Joseph Mankiewicz fait une nuit un rêve similaire au mien. Il réalise son film parfait. Seulement lui va au bout de son rève, se réveille en pleine nuit et fonce à son bureau pour en retranscrire les grandes lignes. Mais là, pareil, les mots effacent tout, il faut absolument noter l'essentiel, le reste reviendra demain matin, il jette sur le papier quelques mots qui selon lui le guideront à son réveil jusqu'à la caverne au trésor... Il se rendort satisfait.

Le lendemain matin, il se rue sur son bureau et lit :

"Boy Meets Girl"

samedi 29 mars 2008

Interview historique

Laurent de Wilde : Nous sommes donc à Noyon, le 27 mars 2008 et je suis en face de Patrick Plisson, dit Plissman et Pascal Arnoult, dit Nounours, respectivement ingénieurs du son façade et retour d'Abd Al Malik. Nous sommes ici pour parler du couvercle du piano et de son influence dans la sonorisation de cet instrument. Alors tout d'abord, est-ce que vous vous souvenez de la date exacte où nous avons décidé de retirer le couvercle du piano ?

Nounours : Personnellement, cette découverte est pour moi tellement énorme que le moment de cette révélation n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est tout ce qui va se passer à partir de maintenant, compte tenu de notre découverte qui est : le couvercle du piano, dans la sonorisation du piano en musique moderne, NE SERT A RIEN.

L2W : Qu'entendez-vous par là ?

Plissman : Eh bien dans le cadre d'un orchestre amplifié, le couvercle du piano ne sert qu'à engouffrer tout le son qui vient de la scène et de le ramener vers les micros censés enregistrer le piano. Donc quand on supprime le piano...

Nounours : ... le capot...

L2W : Allons Messieurs, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain...

Plissman : oui... je voulais dire que quand on supprime le capot du piano, on a beaucoup moins de son extérieur au piano qui s'y engouffre, tout simplement...

L2W : Mais le couvercle ne sert-il pas à amplifier naturellement le son de l'instrument ?

Plissman : Si, mais dans le cas d'une prise acoustique !

Nounours : ... le couvercle sert à amplifier le piano et sert de paroi de résonance, il fait partie du système de projection acoustique du son du piano...

Plissman : ...mais quand on utilise des micros, on n'a pas besoin de cette amplification naturelle... retirer le capot du piano serait donc l'équivalent de mettre des bouchons de vin, de bonne qualité bien sûr, dans les ouïes d'une contrebasse, remède connu contre les larsen qui viennent très facilement avec cet instrument.

L2W : pardonnez messieurs mon rôle de Candide, mais comment se fait-il qu'on n'y ait pas pensé plus tôt ?

Plissman : Ben parce que le pianiste a beaucoup de mal à se séparer de son capot ... c'est çà le problème... allez lui expliquer qu'à partir de maintenant il ne verra plus jamais de capot au-dessus de son piano ! Il va se dire : on va moins m'entendre ! Vous voyez comme ils sont nombrilistes ces putains de pianistes de merde !

L2W : Nounours, un commentaire ?

Nounours : En fait l'idée vient de Laurent... En nous voyant galérer avec le son, tu nous a dit : si vous voulez on retire le couvercle, moi j'adore ça ! Nous on a dit, BANCO ! Et avec Plissman, on a halluciné... On s'est tout de suite rendu compte que c'était beaucoup mieux. Quand on fait la balance, on commence par le piano, parce que c'est le plus difficile. Une fois fois que le piano est fait, on laisse les pistes ouvertes et on fait le reste de l'orchestre...

L2W : ...j'espère que les lecteurs de ce blog apprécieront à sa juste valeur la qualité technique de vos informations...

Nounours : ... et voilà, on s'est très vite aperçu que sans capot, on arrivait à empiler tous les autres instruments sans que ça nous gêne, la démonstration était faite...

L2W : Mais qui dit captation dit micros. Est-ce qu'on peut pratiquer le décapotage avec n'importe quels micros ?

Nounours : C'est une bonne question... A mon avis, pour avoir testé beaucoup de prises de son sur le piano (10 ans avec Claude Nougaro et Maurice Vander, ndlr), je sais par expérience que la recherche constante était un équilibre entre une captation correcte du son du piano et la repisse du reste de la scène. Et pour moi, enlever le capot veut dire une chose : beaucoup moins de repisse ! Du coup on a une situation acoustique où les micros de piano ont un taux de repisse équivalent aux micros posés sur les autres instruments. On a le piano, enfin, à égalité avec une guitare, un tom, une percu...

Plissman : Excellente remarque, Nounours ! C'est très vrai ! D'un seul coup le piano est à égalité avec les autres !

L2W : Une façon de NORMALISER le son du piano en somme...

Nounours : Dans la musique amplifiée...

Plissman : Oui, parce qu'on a quand même affaire ici à un groupe d'enragés qui envoient grave le bois sur scène, donc le piano au milieu de tout çà...

L2W : J'ai entendu Plissman mentionner la place des micros dans le piano...

Plissman : Très importante, la place ! Alors on peut m'appeler au 06 60 67 64 55, et, euh, moyennant, euh, on s'arrangera...

L2W : Et cette découverte est aussi valable en studio ?

Nounours : Sans aucune hésitation. Le capot, c'est fini, je veux plus le voir. Et si le pianiste veut le garder son couvercle, je lui dirai : je veux bien mais après faudra pas venir me voir en pleurnichant parce que t'aimes pas ton son de piano.

L2W : Donc le couvercle on n'en veut plus ?

Nounours : Ben dans un seul cas de figure : quand on veut poser dessus un vase avec des fleurs et des photos de famille...

L2W : Messieurs, l'affaire est entendue !

mardi 25 mars 2008

Du sexe des pommes

De passage récemment dans la bonne ville de New York, je me disais combien cet endroit était peu sexy. C'est quelque chose que j'ai toujours senti sans en être conscient, et le fait de ne pas y retourner pendant quelques années m'a donné le recul nécessaire pour en réaliser l'énormité.

Comment, New York, capitale du monde libre ? Pas sexy ? Cette ville où tout se crée, tout se décide ? Où les Arts disputent à la Finance la créativité, le panache, la toute-puissance ?

Eh bien oui, je le répète, je trouve que New York n'est pas sexy. Tout d'abord à cause du comportement des gens. On est très méfiant à New York. L'intimité ne se dévoile pas comme ça, car c'est le seul ressort qui doit tenir dans cette immense machine à nourrir ou piétiner les ambitions. Et puis les rapports entre les sexes sont je trouve pour un Français incroyablement antagonistes, comme s'il était écrit qu'il fallait pour s'aimer que les hommes se vengent des femmes et vice-versa. Aimer, ce serait soumettre ?

Mais c'est surtout la ville elle-même qui me donne cette impression. En fait tout y est érection. Les gratte-ciels, les grandes avenues, le traffic, le business, les gens, tout est tendu, dur, efficace. Les fenêtres des immeubles, par exemple : elles sont à fleur de façade, à guillotine, comme on dit. A l'opposé des fenêtres à battants qui s'ouvrent vers l'intérieur ou l'extérieur et qui créent cet espace imprécis, ambigu, ni dedans ni dehors, où les femmes s'accoudent les soirs d'été et où l'intime se suggère sans se donner, les fenêtres new-yorkaises sont claires et nettes, ouvertes ou fermées, lisses, sans volets.

Et puis on marche vite à Manhattan. Le quadrillage arithmétique des rues et des avenues permet à l'esprit de se projeter avec aisance dans l'espace et le temps. Un bloc de rue égale deux minutes, un bloc d'avenue cinq minutes, on détermine les distances et les trajets avec facilité et précision. Et puis il y a quasiment toujours des taxis. On se matérialise d'un bout à l'autre de la presqu'île comme par magie, c'est le triomphe de la volonté sur la matière.

L'ironie veut que Manhattan ressemble sur la carte à une verge au repos. Mais quand on y est pour de vrai, c'est là qu'on voit que ce phallus est en érection constante, que chacun s'abreuve de cet enivrant désir de dureté, de puissance propre et lisse, tout gonflé de cette semence qui fécondera le monde... C'est génial, d'être en érection comme ça, tout le temps, en état de priapisme urbain, et l'on comprend pourquoi cette ville fascine tant l'imagination.

On comprend comment aussi comment ailleurs dans le monde cette virile énergie se dissout jour après jour dans la complexe ambiguïté des amours androgynes qui font tout le charme de nos vieilles cités.

lundi 3 mars 2008

Mago la poisse

Dans les temps anciens, un grand royaume jadis glorieux sombrait dans la mélancolie. Son souverain, homme habile et cordial mais sans beaucoup d'imagination, avait depuis longtemps renoncé à croire en son destin et gérait les affaires du royaume en vieil oncle de province. Lassé de dix ans d'un règne léthargique, le peuple se prit à désirer un autre roi.

Un dauphin, Charles "Quint" de Magolus, attirait tous les regards. Il devait son surnom de Quint à ce qu'il ne mesurait que cinq pieds de haut, mais se voyait un destin d'empereur. Son parler, tantôt patelin, tantôt cassant, plaisait aux sujets, et il n'y avait de journée qu'il ne passait à leur dire combien il les aimait. Ses impétueuses colères, son doigt brandissant la foudre, savaient aussi par moments leur rappeler que bien qu'il fût leur frère à tous, il savait aussi être un père sévère mais juste. Enfin, ses incessants voyages illustraient son ardeur à choyer tous les coeurs en même temps.

Tout cela était fort aimable aux yeux du peuple qui s'assembla et dit : nous le voulons comme roi.

Aux premiers jours, les sujets le trouvaient fort à leur guise, tant il les flattait dans leurs désirs et leurs craintes. Chacun voyait luire en lui son astre et tous attendaient soulagés la fin de leur maux. Quelques esprits grognons remarquèrent qu'en son début de règne le pays fut éliminé de la Joute des Nations qu'elle accueillait sur son sol, mais ces sinistres coassements furent vite couverts par le gai babillage de la liesse générale. Le nouveau souverain était partout, nulle fenêtre où n'apparaissait à un moment de la journée son visage énergique et résolu. Fi des chambellans, conseillers et hauts secrétaires, foin de la pompe et des orgues, il régnait sur chaque sujet comme un frère dont il pouvait à tout instant lui ou sa police pousser la porte. Le peuple l'aimait et le craignait, et son nom fleurissait sur toutes les lèvres.

Hélas, de sombres évènements vinrent ternir les premiers mois de son règne. La reine que ses sujets avaient tant bien que mal appris à aimer se déprit de son royal époux et convola avec un mécréant, affublant le souverain d'une embarassante paire de cornes. Pour se consoler, il s'enticha d'une courtisane qui avant le sien avait connu le lit de maints rois, princes et royaumes et à la stupeur générale, entreprit d'en faire la nouvelle reine. Une nouvelle fois, le pays perdit un important tournoi. Les oranges et le miel promis tardaient à venir, le royaume croulait sous les dettes et le peuple commença de s'inquiéter.

Rapidement on dut se rendre à l'évidence : en dépit de sa royale agitation, rien n'avançait; bien au contraire partout où il allait s'éveillaient désordre et confusion. Tout ce que touchait le bouillant souverain se changeait en crotte. Peu à peu, de bouche en oreille, de murmure en ricanement, la rumeur s'étendit jusqu'aux confins du royaume : le roi était guignard. Le peuple se prit à l'appeler Mago la Poisse et de là les choses s'emballèrent. Plus aucun des courtisans qui embarrassaient sa suite ne voulait maintenant de trop près l'approcher tant était funeste la robe de disgrâce dont il était drapé.

Très vite le peuple apprit à ses dépens que le simple fait de prononcer son nom éveillait les dieux de l'infortune. On racontait l'histoire de ce ministre qui s'était cassé la jambe en courant l'accueillir, de cet autre dont la maison avait pris feu. Tous louchaient avec effroi, qui sur sa femme, qui sur son commerce, dans la crainte que la déveine ne l'éprouve à son tour. La méchante guigne associée à sa personne devint telle que la simple mention de son existence s'accompagnait de chuchotements et de signes de croix. Ceux-là mêmes qui hier le portaient aux nues le vouaient maintenant aux gémonies dans un honteux silence.

Le souverain, courroucé, se plaisait à croire qu'il n'y était pour rien. Il avait combattu tant de rivaux, déjoué tant de pièges qu'il ne pouvait penser que son pire ennemi fût enfoui en lui-même. Mais jour après jour le cercle de ses malheurs s'étendait, au point qu'on eût été bien en peine de le mesurer. Le roi comprit alors que s'il voulait régner il faudrait qu'il se retire à la vue de tous et qu'inaccessible il gouverne en ombre ce royaume qu'il avait tant désiré.

Puis il eut une idée. A un grognon voisin, il chercha des noises, puis lui déclara la guerre. Et tout rentra dans l'ordre.

mardi 4 décembre 2007

Ce que le chien a vu

C'était au cours des premières nuits des vacances : un chien se mettait à aboyer, mécaniquement, vers trois heures du matin. Encouragés, les chiens du voisinage se mettaient à lui répondre, de loin en loin, et cet échange canin croissait puis s'estompait par vagues jusqu'à l'aube.

C'était absolument exaspérant, les aboiements de chiens débordent d'une agressivité gratuite et obstinée.

La troisième nuit, je me trouvai à nouveau dans un état d'éveil aigu, tiré de mon sommeil par cet acharné quadrupède, et décidai d'en finir une fois pour toutes. Comment, je ne savais pas, mais cette alternance entre de belles journées ensoleillées de vacances et ces nuits blanchies à attendre le prochain chapelet de jappements furieux m'était devenue intolérable.

Je me levai, enfilai un jean, des bottes, une veste en cuir et descendis au garage chercher un manche de pioche. Dès que je m'étais éveillé, j'avais pensé au manche de pioche.

En fait, le chien était tout à côté. Cinquante mètres à peine le séparait de mes fenêtres et je le trouvai sans difficulté. Dans la pénombre, je pus discerner qu'il était noir, de la taille d'un labrador quoiqu'un peu plus bas sur pattes. Je marchai droit sur lui et il se mit à aboyer à mon encontre en reculant.

Le terrain est en pente et la maison derrière lui s'étage sur plusieurs niveaux : un escalier court le long d'un mur de trois mètres en haut duquel on accède à une mini-piscine puis, quelques marches encore plus haut, une véranda sur une double porte vitrée.

Battant en retraite à reculons, la bête montait marche à marche l'escalier et je m'y engage à sa suite. De toute évidence, le rapport des forces est en ma faveur et mon aura menaçante l'inquiète. Il se réfugia de l'autre côté de la piscine puis en haut de la deuxième volée de marches sans cesser d'aboyer et là je m'arrête, manche de pioche pendant au bout du bras. Je suis chez des gens, des maillots sèchent sur un banc et une bouée flotte, indifférente. Je pense : au Texas, je me ferais tirer dessus.

La lune éclaire la scène. J'ai le sentiment précis d'irradier une sainte colère, comme un halo tranquille et puissant, je suis immobile, planté dans le sol, j'attends. Je sais qu'il va se passer quelque chose, car cette colère me porte comme un cuirassé - même à l'arrêt elle avance sur son erre.

Les maîtres du chien vont sûrement se réveiller, maintenant qu'il aboie juste devant leurs fenêtres. Je vais leur expliquer calmement que leur animal m'empêche de dormir, nuit après nuit, et que ça ne peut pas continuer. Mais rien ne se passe, de longues minutes s'écoulent sans que les portes vitrées ne s'agitent, et toujours, par alternance de deux puis trois, deux puis trois, ces aboiements mécaniques. Les maîtres doivent être sourds, ivres morts ou les deux.

Nous sommes en plein milieu de la nuit. Ce qui s'y passe semble avoir oublié les rigueurs logiques du jour, et la matière de l'air me semble d'une épaisseur inhabituelle. Une dizaine de mètres me sépare de l'animal, nous sommes bloqués dans cet antagonisme sans issue. Il faut en sortir.

Voilà, ma colère explose. Tout en regardant le chien, je prends le manche de pioche à deux mains, l'élève vers le ciel puis, vertical, l'abats sur la dalle sous mes pieds en poussant un cri du fond de la gorge. Toute ma colère est dans ce cri, mon exaspération a trouvé sa voix, les trois nuits blanches volent en éclats d'un seul coup.

Comme frappé par la foudre, le chien en un dixième de seconde se fige puis se met à courir vers moi. Il m'est arrivé de me faire mordre, mais là je n'ai aucune crainte, mon indignation est une cuirasse impénétrable. Il passe à ma hauteur en un éclair, il est déjà derrière moi tendu dans sa course folle et le voilà qui saute dans le vide depuis ce mur de trois mètres, je ne le vois plus, je l'entends atterrir lourdement, loin, bien loin dans les fourrés, avec un jappement de douleur qui me surprend par sa détresse, sans arrêter pour autant sa fuite désespérée.

Puis le silence. La bulle a éclaté. Je me retrouve à quatre heures du matin sur une terrasse vide et plus de problème du tout. Le déroulement étrangement onirique de cette scène me laisse déconcerté : est-ce que ça s'est vraiment passé ? En même temps je sais qu'a eu lieu quelque chose de magique, mais comme dans un rêve qui finit bien, je ne me pose pas de question, je retourne me coucher et me rendors rapidement.

Je croisai le chien sur le chemin du lendemain. C'était en fin de journée et ses maîtres, des anglais, lui faisaient faire sa promenade du soir. Je remarquai qu'il boitait bas et en ressentis une honte soudaine. Après tout, c'était comme si je l'avais frappé. Crus-je discerner un éclair de soupçon dans l'oeil de son maître ? Mes yeux se portèrent vers ceux de l'animal et j'y vis le reflet de sa terreur nocturne. J'aurais donné cher pour voir ce qu'il avait vu cette nuit-là.

On ne l'entendit plus du reste des vacances.

mercredi 7 novembre 2007

les angoisses d'un vieux croûton

Après avoir hurlé, menacé, lobbyfié, trépigné, poursuivi, verrouillé, et autres activités constructives, une grande compagnie universelle du disque a fini par prendre une position diamétralement opposée à celle qu’elle défendait jusque là. 

Rappelez-vous, dans le débat qui faisait rage sur les échanges de fichiers musicaux par internet, responsables pour beaucoup de l’effondrement du commerce du disque, il y avait plus ou moins deux positions, pas vraiment défendables ni l’une ni l’autre mais bon : 

D’un côté les enthousiastes de la licence globale, plutôt les utilisateurs, qui proposaient un système de prélèvement à la source, c’est-à-dire au serveur qui sert de portail d’accès au réseau internet par lequel on télécharge lesdits fichiers, et qui laissait au serveur le soin de redistribuer (par une méthode à définir) les droits aux auteurs et producteurs concernés, 

De l’autre côté, les apôtres du verrouillage, système simple et efficace qui force l’utilisateur à acheter chaque titre dont les droits sont ainsi directement distribués à l’auteur et au producteur par le vendeur du titre. La Sacem et les Majors prônaient cette approche.

La première solution, plus séduisante parce que plus fluide et plus moderne, est aussi la moins fiable, puisqu’on ne sait pas très bien par quelle méthode rationnelle et équitable redistribuer l’argent. La deuxième, claire et nette, nécessite malheureusement l’usage de verrous numériques sur chaque titre pesants et rétrogrades, avec en outre une politique de répression  impitoyable à l’encontre des quelques milliards d’usagers du net, ce qui est quand même un cran au-dessus des limites admises de la toute-puissance.

En attendant, puisqu’il faut quand même continuer à faire tourner la machine, voici le nouveau type de proposition disponible sur Universal : un abonnement illimité (solution 1) mais sur des titres qu’on ne peut plus écouter quand on n’est plus abonné (verrous numériques, solution 2).

Du coup la musique devient un service, comme le gaz ou l’eau chaude. Si on ne paye plus, on on vous la coupe, tout simplement. Mais, quand elle a été gravée, on peut écouter la musique dix ans plus tard, à la différence de l’eau chaude qui ne le reste pas très longtemps…Finalement nous nous dirigeons lentement mais sûrement vers le stade suprême de la consommation qui consiste à ne rien posséder mais à tout avoir en abonnement, en flux (enfin, nous sommes vivement encouragés à acquérir les appareils qui nous permettront d’avoir accès aux abonnements). 

Et quand bien même on frauderait sur ce flux, eh bien la musique ainsi récoltée n’en serait pas moins immatérielle, susceptible de s’évaporer à la suite d’une panne de lecteur, d’un changement de format de compression ou de tout autre aléa informatique dont les usagers connaissent les multiples et traîtres occurrences. 

Du coup je me suis rendu compte d’une chose : heureux papa d’un fils de seize ans pratiquant l’i-pod depuis plusieurs années et grand consommateur de musique comme tous les ados de son âge, j’ai réalisé qu’arrivé à l’âge adulte, il aurait une collection de livres, de bd, de baskets, de t-shirts, mais il n’aurait PAS DE COLLECTION DE DISQUE. Que des fichiers mp3 quelque part dans des disques durs. 

Depuis la Renaissance et les “ars memoriae”, les spécialistes de la mémoire ont découvert que celle-ci conserve les connaissances d’autant mieux qu’elles ont une existence concrète dans l’espace. Autrement dit, on se souvient mieux du contenu d’un livre dont on sait qu’il est rangé dans telle bibliothèque que de la teneur d’un blog comme celui-ci lu dans un ordinateur sur internet. 

Or le système de diffusion de la musique vers lequel nous penchons met en péril cette mémorisation si importante dans la construction de notre culture personnelle : on écoute, on oublie, on écoute, on oublie, un clou chasse l’autre dans la course à la nouveauté...

Où en sommes-nous donc aujourd’hui ? Comment les générations futures vont-elles organiser leur connaissance de la musique ? Puisqu’il n’y a plus de spatialisation (la collection de disque) comment vont-elles se souvenir de qui a joué quoi ? Comment se fixeront leurs chansons préférées dans leur mémoire ?

Déjà, un mp3 ne contient pas le nom des musiciens, la date et le lieu d’enregistrement, le nom de l’ingé-son, tous ces détails sur lesquels on aime parfois se pencher. Ceux-ci sont éventuellement disponibles sur le net, mais de façon éparpillée et immatérielle.  Alors est-ce que toute cette musique entendue ne va pas se changer en eau tiède s’écoulant dans les syphons de l’oubli ? 

Rendez-vous dans vingt ans...

(cette entrée a été publiée dans le Jazz Magazine du mois de novembre 2007)

vendredi 21 septembre 2007

Le rugby c'est d'la bombe

Je suis tombé hier sur une scène qui m' a semblé très étrange.

Il faut dire que je me suis cassé la cheville en moto, que je suis affublé d'un plâtre et d'une solide mauvaise humeur qui me placent un peu en marge de mes contemporains. Quand on se déplace avec des béquilles et beaucoup de difficulté, les petits moments de la vie prennent un relief particulier (mais le blog devient soudainement plus fourni).

Bref je devais prendre un train à la gare Montparnasse et en arrivant à la hauteur des quais, au lieu du brouhaha et du va-et-vient habituels, je débouchai sur un étrange silence. Deux bandes plastique rayées rouges et blanches tendues dans la prolongation des quais délimitaient un espace sécurisé d'une centaine de mètres en plein milieu de la gare, refoulant de part et d'autre les voyageurs amassés en grappe.

M'approchant de la limite, jouant des coudes et des béquilles, je contemplais cet espace absolument vide au milieu duquel trônait, point focal de tous les regards, une sculpture ultra-réaliste, genre musée Grévin, d'un quidam et d'un contrôleur unissant leurs efforts pour hisser un rugbyman tendu vers la capture ascensionnelle du fameux ballon ovale.

Il s'agissait en fait d'un colis abandonné dans un train que l'on suspectait d'être piégé, mais tout ce qu'on pouvait voir, c'était cette sculpture à l'honneur du rugby, comme si c'était elle qui était sur le point d'exploser. C'était très bizarre, car tout d'un coup cette fête des Bleus qu'on fait mousser depuis quelque temps devenait par son réalisme incongru tout à fait inquiétante. C'était le télescopage de deux univers médiatiquement bien cloisonnées : le sport et le terrorisme.

Mais ce qui m'a le plus impressionné, c'était le silence qui régnait dans la gare. Il n'était ni craintif, ni tendu, mais tout simplement résigné. Oui, c'était le silence résigné de ceux qui en ont vu beaucoup et en verront encore plus. Le silence, pour moi toujours nouveau, des habitués de la terreur.

mardi 11 septembre 2007

Adieu Joe

J'apprends ce matin par un triste sms de son éditeur et ami Jean-Marie Salhani la disparition de Joe Zawinul. C'est vraiment une terrible nouvelle. Sa femme, amour de toute une vie, avait disparu l'année dernière, et on imagine que les derniers mois de sa vie ont dû être douloureusement affectés par cette perte. Il a lutté bravement contre un cancer de la peau, un des plus vicieux, et espérait plus que tout avoir encore le temps de jouer en duo avec Wayne Shorter pour le Festival de la Villette. Malheureusement, la maladie a encore une fois gagné la partie.

Zawinul était vraiment un caractère. Quand il n'avait pas son petit calot sur la tête, on aurait pu le prendre pour un maçon calabrais, avec ses larges épaules, ses petits yeux rapprochés et son air obstiné. Il s'est embrouillé avec un nombre incalculable de musiciens, et s'est pourtant lié d'amitié avec un encore plus grand nombre. Je venais de réaliser dans le Jazz Magazine de ce mois de septembre (http://www.jazzmagazine.com/) une longue interview de cette immense bonhomme, dans laquelle il s'était déboutonné avec une désarmante cordialité.

Quel artiste ! De nombreux critiques ont cru bon de le bouder car il aurait été un des inventeurs du jazz-rock (le mot donne encore des frissons aux intégristes en la matière). Autant je comprends qu'on puisse éventuellement se lasser des phrasés en double croche à l'unisson batterie-basse-guitare-saxophone-trompette qui pour moi constituent l'écueil de cette musique (et pourtant dieu sait s'il y a de bons moments avec cette formule), autant pour moi Zawinul est à l'opposé de cette caricature honnie par les puristes. C'était un vrai inventeur de musique ! Pas de formules, juste des sons, des matières, des idées !

Ses contemporains Herbie Hancock, Chick Corea, McCoy Tyner ou Keith Jarret, pour ne citer qu'eux, ont chacun développé une voix personnelle au piano et pour certains d'entre eux ont énormément contribué au développement du jazz rock. Mais aucun n'a su comme lui créer un univers aussi complet, dont on ne trouve l'équivalent durable que chez un artiste comme Miles Davis. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est lui qui a composé "In a silent way", un des morceaux phares du passage de Miles à la musique électrique...

Nous perdons avec Zawinul une immense figure du jazz, qui aura su lui insuffler une incroyable joie de vivre, d'une confondante évidence, avec un souci constant d'en repousser les limites. L'aspect spirituel de la musique était pour lui fondamental, et il croyait dur comme fer à la contribution de celle-ci à un monde meilleur, plus juste, plus humain. Un vrai moderniste, toujours dévoué à l'essentiel du jazz dans ce qu'il a de plus attachant, de plus généreux, de plus inventif. Nous perdons un grand maître.

http://www.zawinulmusic.com/

vendredi 7 septembre 2007

Jazz et Super-Héros

Je suis allé voir il y a quelque temps Spiderman 3 (contraint et forcé je l'avoue) et j'ai trouvé ça, comme tout le monde me l'avait prédit, très mauvais.

Mais il y a une scène que j'ai trouvée intéressante. Pour ceux qui ont échappé à ce navet, je résume rapidement : le gentil Spiderman, entre autres calamités, est victime d'une sorte d'algue venue de l'espace qui a le pouvoir lorsqu'elle se plaque contre le malheureux de le changer... en méchant (une ola pour le scénariste).

Voici donc l'inoffensif Peter Parker (Spiderman à la ville) transformé en petit voyou à la mèche suggestive qui au lieu de jouer de la mandoline pour sa promise Marie-Jane décide de céder aux avances de sa copine de classe aux formes avantageuses.

Comme c'est devenu un dur de dur, c'est lui qui prend l'initiative, et pour arriver à ses honteuses fins, le voilà qui invite sa nouvelle conquète... dans un club de jazz !

Et là, je n'ai pas cru mes yeux. Les spectateurs, très classe, limite smoking/robe de soirée, sont debout et dansent sans vraiment danser, un peu comme un cocktail chic filmé en accéléré. L'endroit est plutôt select et exhale un parfum de lascivité soyeuse qui convient parfaitement aux intentions malhonnêtes de notre apprenti voyou (il se conduira d'ailleurs tellement mal qu'il se fera jeter dehors).

Mais ce qui m' a vraiment fait marrer c'est que la copine en question, les yeux écarquillées (sachant qu'elle est là pour passer à la casserole), laisse échapper en entrant dans cet endroit un : c'est super ! je ne suis jamais allé dans un club de jazz !

Moi non plus, du moins jamais un comme ça ... Ce qui est drôle, c'est qu'en France le jazz a deux images : celle d'une musique d'intellos torturés et incompréhensibles, ou celle des bons fêtards entre le pastis et le cassoulet.

Mais aux Etats-Unis, c'est une autre affaire. Le jazz, c'est le SEXE. Faites attention la prochaine fois que vous voyez un film hollywoodien où le héros va passer une soirée "intime" avec sa bien-aimée. S'il met un disque, ce sera du jazz. Bonne nouvelle ! Née dans les bordels de la Nouvelle Orléans, cette musique centenaire semble donc garder dans l'inconscient collectif américain toute sa puissance érotique... à condition bien sûr de la rendre présentable à la copine de Spiderman !

mercredi 5 septembre 2007

Petit moment de parano internationale

Je suis assez inquiet de la tournure que prend la politique internationale de notre nouveau président.

Déjà, aller passer ses vacances à quelques kilomètres de ce dangereux abruti de George Bush et en profiter pour aller le voir dépasse de loin les obligations diplomatiques des relations franco-américaines.

Ce président des Etats-Unis a d'ores et déjà battu le record d'impopularité établi par Nixon il y a 30 ans, tous ses amis texans sont en train de le lâcher, et il est considéré dans son pays ainsi que dans le reste du monde comme un sinistre imbécile, arrogant et incompétent, dont on sera bien contentent d'être débarrassé dans un peu plus d'un an.

Je comprends bien que ce n'est pas une raison pour le bouder, les affaires sont les affaires, mais je trouve qu'envoyer Bernard Kouchner (dont on ne peut qu'admirer le travail de Haut Représentant de l'ONU au Kosovo entre 1999 et 2001) tenter de réparer l'invraisemblable gâchis de l'invasion de l'Irak par les troupes US est à la fois dérisoire, inutile et dangereux.

Cette tentative est vouée de toute évidence à l'échec (et n'a suscité que quolibets et moqueries auprès des Irakiens) et n'a semble-t-il d'autre but que d'épaissir un peu plus la légendaire vanité de notre bon French Doctor et de donner à Bush l'impression qu'on peut l'aider à ce sortir de ce bourbier où il s'est mis de sa propre initiative (ce qui est absolument illusoire).

En ce qui concerne la France, elle n'a rien à gagner à s'immiscer dans ce désastre, à part quelques bombes censées nous rappeler qu'on ne se mêle pas des affaires des autres.

Le problème avec Bush, c'est qu'il n'a visiblement aucune capacité à admettre ses erreurs et encore moins d'en tirer les leçons. Aiguillonné par son vice président (que plus personne aux Etats Unis n'appelle autrement que Darth Vador), il a décidé d'attaquer l'Iran et voici un certain temps et que tout le monde redoute qu'il ne passe à l'action avant qu'on lui retire les clés du camion.

Or, voici que Sarkozy déclare que le danger numéro un, c'est l'Iran ! Tout le monde sait que les conditions d'un apaisement du Proche Orient passent nécessairement par la paix entre Israëliens et Palestiniens, et que le programme nucléaire Iranien ne peut être opérationnel que d'ici 5 ans au mieux. Mais après nous avoir fait le coup des armes de déstruction massive, voici qu'on nous fait le coup du Dernier Soir Nucléaire !

Mon inquiétude provient donc de ce que Sarkozy est en train d'esquisser une politique internationale dangereusement alignée sur un président américain capable du pire (et incapable du meilleur, hélas). Qu'a-t-il à gagner dans une politique aussi suicidaire ? Eh bien justement : quelques bombes à la maison qui autoriseraient un recours à la force, aux mesures exceptionnelles et à l'autoritarisme sans contrepoids.

Notre petit président bourré de testostérone semble avoir bien lu l'histoire récente des Etats-Unis, où les attaques du 11 septembre ont permis aux néo-conservateurs d'appliquer dans la plus totale impunité un programme inepte et mortifère (sauf pour ceux qui en profitent, c'est-à-dire l'entourage immédiat du président)

Ma question est donc : Sarkozy ne serait-il pas en train de jouer avec le feu en espérant que d'une façon ou d'une autre la France se brûle ? Cela lui permettrait de développer une politique personnalisée et autoritaire pour laquelle il semble montrer le plus grand goût ...

Parano ? J'espère !

mardi 4 septembre 2007

Du temps perdu dans les aéroports

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais voyager en avion devient un exercice de plus en plus fastidieux. L'idée selon laquelle on peut détourner un aéroplane avec un coupe-ongle ou une bouteille d'eau offre à la rigidité sécuritaire un large champ de sottises et de régulations appliqué avec la plus grande fermeté.

Ainsi, à l'aéroport de Montréal en route pour Paris, je découvris dans mes poches DEUX briquets Bic, un dans mon pantalon, un dans ma veste. Calamitas ! J'étais en INFRACTION ! Un seul briquet ne suffit pas à détourner un avion, mais deux, visiblement, oui... aussitôt mon imagination s'est mise en route... bon sang mais c'est bien sûr ! en enflammant UN briquet AVEC L'AUTRE, j'étais en possession d'une mini-bombe aux effets dévastateurs !

Mais rien ne vaut la bonne surprise que j'eus en défaisant voilà quelques mois mes bagages dans un hotel de Sofia en Bulgarie.

Le voyage avait commencé par un embouteillage qui allait grosso modo de Paris à Roissy. Motif : les contrôles de police, pour une raison inconnue, se faisaient à l'entrée de l'aéroport et non après l'enregistrement des bagages.

Deux vaillants policiers vérifiaient donc patiemment les quelques trois mille voyageurs qui prenaient l'avion pour un peu partout. Détecteurs de métaux (queue), fouille personnalisée (queue), enregistrement des bagages (queue) re-vérification des passeports (queue) et puis arrivés à Sofia, re-détecteur de métaux, contrôle passeport, fouille personnalisée, etc.

Et puis arrivé à l'hotel, en vidant mon sac de cabine sur mon lit pour y chercher un crayon coincé au fond...

... je retrouvais mon vieux Laguiole que je croyais avoir perdu et que je trimballais avec moi dans tous les aéroports que je fréquentais depuis des mois ! Il était passé à travers tous les détecteurs, fouilles et autres précautions avec pour seule dissimulation ma plus entière ignorance...

Je serais tenté de refaire l'expérience, mais comme ce serait voulu je suis sûr que ça ne marcherait pas. Et c'est bien là-dessus que comptent ceux qui nous contrôlent et nous fouillent pour mieux nous protéger !

mercredi 6 juin 2007

des rideaux de douche et de l'identité nationale

J'habite un pays qui a tout le confort moderne. Les trains sont à grande vitesse, l'internet est à haut débit, et les lignes à haute tension. Tout est fait POUR MOI, pressé ou paresseux, selon les standards les plus élevés.

Tout dans ma vie quotidienne, du lever au coucher, a été soigneusement scruté par d'industrieux esprits qui me proposent ainsi une multitude de produits et de services parfaitement adaptés à mes besoins les plus intimes.

Alors pourquoi les baignoires des hotels français (pas tous, mais beaucoup) n'ont-elles pas de rideau de douche ? Ni même parfois de support pour la pomme de douche ? Une innocente et rapide nécessité hygiénique se transforme immédiatement en un cloaque dangereusement glissant dont les humeurs mettront la nuit à s'évaporer.

Rien ne m'énerve plus que ce mystère. Alors à force, j'essaie de formuler quelques hypothèses.

1- En France on ne prend que des bains. La douche c'est pour les autres.

Mouais. Vu le temps qu'il faut et le prix que ça coûte de remplir une baignoire à chaque fois qu'on veut se laver, j'ai du mal à me convaincre que les français sont tous des millionnaires oisifs

2- C'est pas grave, la femme de ménage épongera tout.

Plus convaincant et mieux en phase avec notre légendaire désinvolture. Cela dit ça ne règle pas les problèmes d'humidité pendant la nuit, si tant est qu'on prend sa douche le soir

3- La baignoire est un meuble de salle de bains à but décoratif, en voyage c'est plus simple de pas se laver.

Hélas parfaitement conforme avec l'idée que se font de nous tous nos amis étrangers, auprès de qui nous passons, non sans raison, pour un peuple à l'hygiène douteuse.

4- Il suffit de connaître les techniques simples pour, assis dans sa baignoire, tenir le pommeau de douche d'une main, le shampoing dans l'autre et de se laver la tête de la troisième.

En définitive, cette solution ne manque pas de charme et m'évoque irrésistiblement nos deux grands maîtres de l'Humour National René Goscinny et Marcel Gotlib, comme on peut le voir ci-dessous