le blog de Laurent de Wilde

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dimanche 13 décembre 2009

Citation du jour

Lu dans Le Gépard, de Guiseppe di Lampedusa, qui raconte le déclin annoncé d'un noble sicilien à la fin du XIXème siècle :

"Si on veut que les choses restent comme elles sont, il va falloir que ça change !"

jeudi 10 décembre 2009

De l'art d'être Français

Rien ne me surprend plus que le débat actuel autour de l'identité nationale.

Je trouve que poser la question, c'est déjà y répondre. En effet, il n'y a que des Français pour prétendre débattre d'un sujet aussi absurde.

Regardons un peu autour de nos frontières. L'Allemagne, la Belgique et l'Italie centralisées et unifiées telles que nous les connaissons sont issues d'un rêve républicain de la deuxième moitié du XIXème siècle. Leur identité nationale n'a au mieux guère plus de 150 ans. L'ancien royaume d'Espagne a basculé vers un régionalisme qui a conduit la Catalogne à une indépendance quasi totale. L'Angleterre, quant à elle, vient à peine de déposer les armes avec l'IRA. Tous ces pays seraient en droit de se poser la question de leur identité et ont tous ont connu des tensions très fortes menaçant leur intégrité nationale (séparation des deux Allemagnes, guerre civile espagnole, terrorisme irandais, mouvements séparatistes de l'Italie du Nord...). Je n'ai pourtant jamais entendu parler d'un grand débat chez nos voisins autour de leur identité nationale.

En revanche le France est solidement ancrée dans ses frontières plus ou moins définitives depuis Louis XIV, parachevant une lente unification entamée par Charlemagne 900 ans auparavant. Si à ce stade-là nous ne savons pas qui nous sommes, c'est que la France à son grand âge souffrirait d'Alzheimer collectif (ce qui n'est heureusement pas le cas) !

D'autre part si mon souvenir est exact, le débat est organisé par le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire (ouf). Cela voudrait-il dire que nous avons un ministre de quelque chose dont on ne sait pas ce que c'est ? Je suis résolument pour le questionnement philosophique, et je me réjouis à l'avance des Grands Débats Nationaux sur les intitulés des ministères : qu'est-ce que la Finance ? qu'est-ce que l'Education ? qu'est-ce que la Santé ? Nous y verrons certainement plus clair après !

Mais ce n'est là que discuter de la forme. Le fond est ailleurs, et tout le monde le sait. La vraie question posée est : l'immigration menace-t-elle notre identité nationale et si oui, comment l'en empêcher. Les calculs electoraux qui motivent ce débat sont clairs et on ne va pas s'appesantir dessus : Sarkozy essaie de rejouer le coup qu'il a fait au FN en 2007 et de leur piquer toutes leurs voix dès le premier tour. Mais là où le débat est absolument, typiquement et indubitablement Français, c'est que la question n'est pas posée directement, mais par insinuation. Et quand le malheureux maire d'un village de 40 habitants commet l'incroyable plouquerie de donner directement son avis (discutable) sur la question posée en disant qu'ils sont dix millions et qu'ils vont tous nous bouffer, alors la France entière, instigateurs du débat compris, lui tombe dessus à bras raccourci pour cause de faute de goût.

Aussi je pense que les plus inquiets d'entre nous pourront dormir sur leurs deux oreilles, car pratiquer l'art de la question posée pour ses sous-entendus à laquelle seuls les sots peuvent répondre, oui, ça , c'est vraiment Français !

mercredi 9 décembre 2009

Rassurant

De passage dans la belle ville de Toulouse, j'ai profité de l'occasion pour aller voir la cathédrale de Sainte Cécile d'Albi dont tout le monde me vantait la beauté unique.

Elevé au lait de Notre Sainte Mère l'Eglise, je peux dire en avoir visité un certain nombre. Si beaucoup m'ont frappé par leur splendeur architecturale, l'orgueilleuse démesure des cathédrales m'a toujours laissé une impression d'écrasement lugubre, comme s'il fallait rappeler à tout prix au fidèle l'insignifiante médiocrité de son existence et l'immense chemin qui le sépare de Dieu.

La construction de Saint Cécile débuta en 1277 pour sceller la fin de l'hérésie cathare dont Albi avait été l'épicentre. Après force tortures et passages au fil de l'épée, l'Eglise du Pape avait donc décidé de marquer le coup avec une construction qui attesterait de son indiscutable puissance. D'ailleurs, à la voir de l'extérieur, on dirait plus une forteresse qu'une cathédrale avec ses immenses façades de briques rouges et ses étroites meurtrières pour tout vitraux.

J'avoue que ce prologue ne me la rendait pas spécialement sympathique, et je garde de ma visite à Saint Pierre de Rome le souvenir d'un immense capharnaüm où s'entassaient comme à la foire des statues gigantesques de papes terrassant dragons et nègres avec un enthousiasme consternant.

Mais une fois passé le portail, tout change. L'architecture est de style gothique, mais sans les excès grandioses à la Notre Dame de Paris. Les proportions sont modestes, humaines, confortables. Tout ce qui peut l'être est peint, avec un modernisme du motif éblouissant et des scènes bibliques fraîches et vivantes. Le dôme au dessus de l'autel scintille d'un bleu vif qui n'a jamais été restauré depuis sa réalisation. Le choeur, ou jubé, est bordé de centaines de délicieuses petites statues de bois et de pierre, chacune différente, toutes expressives, incarnant les multiples prophètes de l'Ancien Testament et grands saints de l'Eglise, au milieu desquels trône Sainte Cécile à qui est dédié ce splendide édifice.

Ce qui est l'occasion de nous rappeler que sainte Cécile est la patronne des musiciens et qu'elle fut exécutée pour avoir enterré les corps des criminels condamnés à mort que le préfet Almachius jetait dans un charnier. Lorsque ce fut son tour d'être décapitée, le bourreau abattit sa hache à trois reprises sans réussir à terminer son sinistre ouvrage laissant saint Cécile se débrouiller toute seule sur la date de sa mort, qu'elle choisit trois jours après parce que c'est elle qui en avait envie.

Je pense que son martyr est familier à bien des membres de notre sympathique communauté de musiciens, et je tire un grand plaisir à savoir que notre sainte patronne est aussi splendidement logée. Pour ceux qui n'ont pas l'occasion de passer près d'Albi, voici l'adresse d'un site extraordinaire permet de la visiter en trois dimensions, prenez cinq minutes, vous ne le regretterez pas !