le blog de Laurent de Wilde

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vendredi 17 avril 2009

L'affaire du rideau empoisonné

Enfumé par les vapeurs de ma grotte pythique, mes oracles n'ont pas tardé à me faire rougir. Au moment où j'écrivais l'entrée précédente de mon blog se dénouait une intrigue tout à fait cocasse à la chambre des députés, où 15 valeureux UMP s'apprêtaient à voter en douceur la fameuse loi Hadopi présentée comme un acte législatif capital.

Traîtreusement dissimulée derrière le tenture de l'entrée de l'amphithéatre, une vingtaine de députés socialistes a surgi à l'improviste au moment du vote et a ainsi obtenu une majorité contre le projet de loi.

Cette manoeuvre parlementaire d'une grande habileté tactique a le mérite de nous éclairer sur le décalage entre un Grand Débat National et la réalité du travail des députés. Car ce déraillage n'aurait pas été possible si, d'une part, les troupes UMP n'avaient été aussi tièdes (voire non concernées) sur le sujet, et d'autre part si l'Assemblée Nationale n'était en train de devenir une simple chambre d'enregistrement dont les représentants ne sont là que pour tamponner les voeux de notre bien-aimé président.

A ce dernier, on conseillerait donc d'affecter un peu moins de monde à sa sécurité personnelle (du jamais vu dans la cinquième république) et un peu plus à la défense de ses idées et de leur mise en oeuvre. Nul doute que ce cinglant affront stimulera chez lui sa mécanique propension à montrer ses biscotos et verrouiller de façon militaire le prochain vote de cette loi, remise à l'examen de l'Assemblée Nationale lors de sa prochaine session.

Ce n'est pas la première fois qu'un dérapage inattendu contrecarre les projets sécuritaires du gouvernement en matière de téléchargement illégal (on se souvient du déraillage inattendu de la loi DAVDSI la veille de Noël 2005), et il est difficile d'ignorer le fait que ce problème fondamental ne trouvera que difficilement une réponse adéquate de la part de nos législateurs, dont les convictions et les visions d'avenir semblent décidément bien désuètes et éloignées des solutions possibles à la résolution de cet épineux problème.

jeudi 9 avril 2009

Paris pétille

Insensible aux sombres mines qui hantent banques et ministères,

Paris fourmille, Paris frétille, Paris pétille !

Enchanté de participer à cette effervescence,

je convie mes amis parisiens à venir partager les bulles :

mardi 14 et mercredi 15 avril : PC Pieces Cité de la Musique de la Villette

avec la complicité vidéastique de Cedric Delport et d'Antoine Imbert ainsi que la présence d'un invité surprise sur quelques titres, Otisto 23 et moi-même vous présenterons en cet auguste lieu l'aboutissement de deux ans de tournée avec cette formation passionnante, avant de nous lancer dans l'enregistrement du très nécessaire volume II !

En première partie, le groupe Aufgang avec Rami Khalifé, Francesco Tristano et Aymeric Westrich

http://www.cite-musique.fr/francais/evenement.aspx?id=5460

vendredi 24 avril : Hommage à Freddie Hubbard au Divan du Monde

Dans le cadre de ma résidence mensuelle au Divan, je suis très fier de présenter cet hommage au trompettiste disparu avec un powerband exceptionnel : Stéphane Belmondo à la trompette, André Ceccarelli à la batterie et Thomas Bramerie à la contrebasse. Je pense que Freddie sera content.

http://www.divandumonde.com/agenda.html#2404

lundi 18 et mardi 19 mai : avec Eddie Henderson au Sunside

Ayant fêté tranquillement nos vingt ans de collaboration, Eddie et moi nous retrouvons au Sunside pour voir jusqu'où on peut aller après tant d'années. Son incroyable verdeur et son appétit de jouer me réjouissent à l'avance, et me rappellent qu'il est le dernier géant de la trompette de sa génération...

http://sunset-sunside.com

mercredi 20 mai : avec Alex Tassel "Movements" au Showcase

Festival "Esprit Jazz" de StGermain des Prés

Last but not least, je finis ce mois des trompettistes avec l'impérial Alex Tassel dont la pureté de son et la grâce mélodique ne cessent de m'émerveiller. Pour chauffer son bugle à blanc, il s'entoure pour cette soirée exceptionnelle de Jacques Schwartz-Bart au sax et... d'Eddie Henderson à la trompette ! Tous aux abris !

http://www.festivaljazzsaintgermainparis.com/festival-jazz-saint-germain-des-pres-paris-2009/fr/nuit-electro-jazz.html

vendredi 29 mai : avec Diane Tell au Divan du Monde

Ce concert exceptionnel présentera l'album que nous avons enregistré en février avec Diane. Cette chanteuse extraordinaire a exhumé des adaptations de paroles que Boris Vian a faites sur des standards de jazz de son époque, pour la plupart inédites, et sous la direction musicale de votre serviteur et superbement assisté de Laurent Robin, Darryl Hall et Christian Brun, nous avons accouché d'un album fort coquet !

http://www.divandumonde.com

samedi 30 mai : Trio Mystère au Sunside

Un mois de réjouissances ne saurait se terminer autrement que par un petit trio au Sunside et à l'heure où vous lisez ces lignes, le nom de mes partenaires n'est pas encore arrêté, et le répertoire non plus ! Eh oui c'est ça aussi le jazz !

http://sunset-sunside.com

Bon printemps !

mercredi 8 avril 2009

Périlleux répit

Dans quelques jours sera sans doute adoptée la loi Hadopi tentant de contenir le téléchargement illégal, responsable unique, s'il faut en croire le consensus général, de l'effondrement du marché de la musique.

En bien des points, son approche tactique me rappelle celle des grandes années Bush : attaque préventive, sécurisation du périmètre, instauration de la démocratie de marché (en général, c'est la première phase qui est la plus réussie).

D'un point de vue légal, je suis gêné par deux choses. D'une part le Parlement Européen s'apprête dans quelques mois à débattre d'une loi allant à l'encontre de la coupure internet préconisée par la loi française, ce qui la rendrait incompatible avec le droit européen. Bon, la loi n'est pas encore votée, on verra bien.

Mais le plus inquiétant est le principe généralisé de la justice automatique qui a connu ces dernières années avec les radars routiers un essor spectaculaire. Il me semble que les mots justice et automatique ne font pas bon ménage, et la banalisation progressive de leur association me rend très inquiet sur leur expansion future à d'autres champs de criminalisation.

D'un point de vue pratique je comprends le désir de l'industrie de se ré-approprier un marché qui lui échappe depuis un moment. Les mesures répressives auront certainement un effet dissuasif pendant deux ou trois ans, après quoi la vague internet reprendra le dessus avec une légère correction de course imprimée justement par ces quelques années qui viennent.

En définitive, les instigateurs de cette loi ont bataillé chèrement pour avoir le droit de reprendre la direction des évènements. Cette bouffée d'oxygène temporaire devrait leur servir à proposer des modèles de consommation intelligents, ouverts et économiques, mais c'est un sursis dont il leur faudra profiter avec diligence. La piètre qualité d'adaptation qu'ont démontré ceux-là mêmes qui entendent nous montrer où va l'avenir ne plaide pas en leur faveur, et rien ne dit que de retour aux affaires leur gloutonnerie en sera calmée.

Espérons donc que ce sursis sera fertile, faute de quoi le divorce sera consommé.

lundi 6 avril 2009

chapeau

Je sors de l'exposition au quai Branly sur un siècle de jazz et je me réjouis de l'avoir trouvé excellente. J'étais particulièrement curieux de voir comment son commissaire Daniel Soutif et son scénographe Reza Azard allaient réussir le tour de force de donner à voir ce qui, avant tout, s'entend.

Couvertures de partitions, de disques, affiches, peintures, photos, croquis, quelques films dont certains extraordinaires, un tout petit peu de musique diffusée de quelques bornes, le parti pris de cette exposition est clairement de nous montrer comment pendant un siècle le jazz a été VU.

Une colonne vertébrale chronologique offre au visiteur une allée rectiligne, lui laissant la possibilité de musarder sur les côtés où de véritables trésors attendent les plus curieux. Les sections par périodes sont claires, intelligentes, sensibles.

Bref je ne peux que recommander aux amateurs de jeter un oeil à cette expo qui, dixit son conservateur, est celle qui a connu le plus grand succès depuis l'ouverture du quai Branly.

J'ajoute que mon enthousiasme n'est pas complètement étranger au fait que la fin de l'expo se laisse aller un brin au délire visuel et propose une utilisation esthétique et raffinée des couvercles de piano dont il y a un an dans ce je désespérai de trouver un usage rationnel.

Jugez-en vous-mêmes :