le blog de Laurent de Wilde

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jeudi 29 janvier 2009

Petit Merveille

J'ai reçu par le truchement d'un ami bienveillant un document trouvé sur le net tout à fait extraordinaire.

Il s'agirait de notes manuscrites de Monk, deux pages arrachées à un carnet sur lesquelles il s'adresserait à un soliste devant rejoindre son orchestre et qui constituent un condensé miraculeux de ses convictions professionnelles, esthétiques et morales.

Comme il est difficile d'authentifier un document circulant sur la toile, je suis en train de remonter la piste pour obtenir une quelconque validation, et j'aurais aimé la poster sur ce blog avec le document en question, mais de nature impatiente, je ne peux m'empêcher de vous le faire partager tout de suite !

Si ces notes s'avéraient authentiques, au vu de la date consignée en haut de la page, je serais tenté de croire qu'il s'agit de notes écrites non par Thelonious, mais par un de ses contemporains énumérant ses propos sur le sujet. L'année 1960 étant celle où Steve Lacy a eu l'occasion de travailler avec Monk pendant l'été en petite formation, je ne serais pas surpris que ce soit lui l'auteur de ces notes, mais peut-être que je me plante complètement !

Je conseille vivement leur lecture à tous les musiciens, amateurs ou professionnels, ainsi qu'à tous les mélomanes qui auront dans ces notes l'occasion de saisir avec clarté non seulement le paysage intérieur d'un des musiciens les plus énigmatiques de l'histoire du jazz, mais aussi des préceptes musicaux dont l'emploi reste aujourd'hui aussi valide aujourd'hui qu'il y a cinquante ans.

La confidence qui me fait le plus marrer, c'est la dernière, qu'on pourrait essayer de traduire comme ceci : ils ont essayé de m'amener à détester les blancs, mais il y avait toujours quelqu'un pour arriver et tout foutre en l'air.

Ha ha ha !

Maintenant, assez de bla bla, voici les mots du Maître

lundi 26 janvier 2009

Exception

Je n'aime pas trop parler de politique sur ce blog. Tout d'abord parce que je n'ai pas d'idée très claire sur la société idéale et les moyens d'en convaincre mes contemporains, et ensuite parce que c'est un genre littéraire déjà très couru auquel ma prose n'apporte guère plus que la proverbiale goutte d'eau dans l'océan. Enfin, je me suis promis cette année de consacrer cette page à des sujets susceptibles de nous éloigner de nos soucis quotidiens dont l'importance ne fait hélas que s'accroître.

Ces précautions prises je ne peux m'empêcher de réagir à la récente nomination d'Eric Besson au poste de ministre de l'Immigration et de l'Identité Nationale. Créée par notre président lors de la constitution de son premier gouvernement, cette dénomination m'avait révulsé à l'époque. J'appartiens à une génération qui n'a pas connu la guerre, mais dont les parents en ont plus que bavé et j'ai été élevé dans une certitude : plus jamais ça. Or cette idée d'Identité Nationale me semblait exhaler des relents pétainistes jamais sentis depuis, et indiquait un retour aux idées nauséeuses que la France du Maréchal avait épousées avec un abandon suspect.

Il s'agissait bien entendu pour Nicolas Sarkozy de remercier la frange lepeniste de son électorat qui a délaissé son chef naturel pour voir enfin ses idées portées au gouvernement. En gros, en plaçant Brice Hortefeux à ce poste, on allait enfin se débarrasser de nos immigrés. Un ministère de l'Immigration aurait suffi, mais non il fallait donner à cette politique une patine conceptuelle qui comprendrait une réflexion sur l'identité nationale.

Comme il fallait s'y attendre, cette partie-là du programme n'a guère avancé. Les communiqués triomphants de notre ministre sur l'excellence de son travail d'expulsions, même s'ils étaient grossièrement trafiqués pour se plier à la sacro-sainte religion du résultat (dont nous voyons les effets néfastes dans l'écroulement de notre système bancaire et financier), n'ont guère offert d'avancées sur le volet théorique de sa tâche, pour la simple raison qu'aller plus loin aurait porté au grand jour les présupposés racistes et xénophobes d'une telle pensée.

Le temps s'écoulant, je vis avec stupéfaction Nicolas Sarkozy proposer aux écoliers français d'adopter la mémoire d'un enfant juif gazé par les nazis, alors qu'il employait contre les immigrés une terminologie issue du même régime de Vichy qui envoyait ces enfants dans les camps : nous étions dans un galimatias épouvantable d'images et de vocabulaire contradictoires (que pense le Front National des juifs, déjà ?) qui ne s'adressait non à la raison, mais à des slogans et des images d'une vacuité révoltante. Le fait que notre président, fils d'immigré, en partie juif, appuie avec une telle désinvolture sur tous les boutons disponibles de la culpabilité ou de la haine de l'autre dans ce qu'il croît être une idée positive de la grandeur et de la rectitude morale de la France m'avait semblé consternant.

Mais je dois admettre que cette inconséquence qui caractérise notre omni-président, plus préoccupé par les effets d'annonces et les victoires immédiates que par le bon sens et le goût des choses bien pensées et bien faites, a pris un tour que je ne peux m'empêcher de trouver savoureux. En effet lors de son récent remaniement ministériel j'ai eu la surprise de voir Eric Besson nommé à ce honteux ministère. Pour mémoire, Eric Besson est un ténor socialiste, auteur de pamphlets au vitriol, notamment sur l'immigration, contre Nicolas Sarkozy, et qui, sentant aux dernières élections le vent tourner, a trahi son camp sans états d'âme pour rejoindre celui qu'il dénonçait quelques semaines auparavant. Voilà un homme, me disais-je, qui n'a pas peur de son manque d'honnêteté. En récompense, il obtint une place confortable dans le gouvernement et je pensais que l'affaire s'arrêterait là.

Mais en lui confiant les clés de ce ministère, Sarkozy a fait preuve d'une grande clairvoyance et d'une délectable cruauté. J'ai du mal à croire qu'élevé dans la rhétorique socialiste, Besson n'ait pas une aversion pavlovienne pour le terme d'identité nationale. Mais notre président a su reconnaître en lui le vrai, l'authentique, l'éternel Traître Absolu, celui qui quitte la résistance pour rejoindre la milice, celui dont la honte et le ressentiment alimente une haine perpétuelle de soi et d'autrui. Le voilà maintenant publiquement marqué au sceau de l'infâmie et c'est Sarkozy qui en le mettant à table devant cette infecte soupe à la grimace a su le révéler à sa juste valeur.

Nul doute qu'il fera un excellent ministre.

dimanche 4 janvier 2009

VOEUX ET VISIONS

Hourrah ! Voici le nouvel an et sa moisson de voeux !



Comme chaque année, nous vivons ce moment altruiste où nous offrons nos voeux de bonheur, santé et prospérité à tous ceux que nous aimons, et même à ceux que nous aimons moins, car il faut bien le dire, offrir ses voeux ça ne coûte rien.

Etymologiquement, rien n'est plus faux. Le voeu se rattache à son verbe, vouer, qui ne veut pas dire espérer, souhaiter, désirer, mais promettre, consacrer, dédier. C'est toute la différence entre les bonnes intentions et l'engagement sans réserve, et ce glissement sémantique me semble illustrer parfaitement notre facilité à confondre vouloir et se vouer, volonté et dévotion.

L'année qui se présente nous est annoncée comme difficile et orageuse, et il faudrait être fou pour ne pas y voir une évidence. C'est une année où un très grand nombre de gens vont vouloir, car l'abondance est derrière nous et les miettes du festin seront âprement disputées. L'espoir va désormais se tourner vers le passé et non vers l'avenir et on souhaitera conserver ce que l'on a. Tout sera rogné, réduit, contraint.

C'est dans ce temps-là que nous devons nous réjouir d'être des artistes et nous souvenir que nous avons fait un voeu, que nous avons une vocation. Tout un monde s'écroule autour de nous qui manque cruellement de vision, et plus que jamais c'est à nous d'inventer, d'imaginer, de repenser notre avenir. De nous y vouer.

Il nous faudra trouver le noyau dur de l'essentiel sous les décombres du superflu. Il nous faudra être légers et insouciants, car sans sans cette grâce notre magie s'éteint. Il nous faudra être graves car voir l'abîme est un puissant moteur. Il nous faudra avoir le courage de désirer contre toute attente cette année qui vient ainsi que les suivantes, car leur vision nous revient et tout est à faire et à inventer.

Ce sont là mes voeux mes plus chers.

Et ce sont eux, chers lecteurs et trices de ce blog, que je vous souhaite !