le blog de Laurent de Wilde

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samedi 14 avril 2007

Musique, bonheur et statistiques

Le blog de Corrine Lesnes, correspondante du Monde à Washington (http://clesnes.blog.lemonde.fr/), me fait découvrir cette instructive expérience menée par la Washington Post Magazine.

Juste pour voir, ils ont demandé au violoniste étoile Joshua Bell de mettre un jean, des tennis et une casquette de base-ball, et de jouer de 8h à 8h45 du matin le répertoire de son choix à la sortie d'une station de métro couvert (bonne acoustique) dans un quartier de bureaux. Ils ont filmé pendant une heure et compté les gens qui passaient, les gens qui s'arrêtaient pour écouter, et l'argent donné.

Pour info, le même Joshua Bell avait rempli les 2 625 places du Boston Symphony Hall trois jours auparavant, prix moyen d'une place : 100 $

Il a attaqué par la Chaconne, une des pièces les plus belles, les plus ardues, les plus brillantes de JSBach. Soixante trois personnes passèrent avant qu'une tête ne se tourne pour remarquer la présence du musicien. Au bout de six minutes, une personne s'arrêta pour écouter.

En trois quarts d'heure, sept personnes se sont arrêtées pour au moins une minute. Vingt sept donnèrent de l'argent, la plupart sans s'arrêter, pour un total de 32 $. Ce qui laisse mille soixante dix personnes qui sont passés devant lui sans même le remarquer.

Quand on fait le compte, ça fait 1 personne sur 154 qui s'arrête pour écouter de la belle musique, pour un coût individuel moyen de 0,03 cent. C'est très drôle, mais ça ne veut strictement rien dire, car si l'on oublie le lascar qui s'est arrêté avec un casque sur les oreilles pour regarder le violoniste, les six autres étaient absolument émerveillés de la chance qu'ils avaient d'entendre quelque chose d'aussi beau. La palme revient à Stacy Furukawa, démographe au Ministère du Commerce, qui a reconnu le virtuose et sans chercher à comprendre, un large sourire aux lèvres, a goûté la performance jusqu'à la dernière note.

Bell a vécu l'expérience avec humour et simplicité. Le pire moment ? Quant à la fin de la Chaconne, au lieu du tonnerre d'applaudissements habituel, il ne récolte que des pas indifférents et des regards méfiants. La morale, d'après lui ? Que ça fait du 40 $ de l'heure et que finalement il pourrait bien gagner sa vie comme ça sans avoir à payer un agent....

pour les curieux, la vidéo intégrale de l'expérience : http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/video/2007/04/09/VI2007040900536.html

vendredi 13 avril 2007

Irkoutsk

Si vous vous rendez à Moscou, marinez quelques jours dans un bain de vodka, puis prenez l'avion à l'est pendant sept heures et vous atterrirez à Irkoutsk, la ville des décembristes. Ces derniers, s'insurgeant contre le servage et l'autorité du tsar, furent en 1825 ou pendus ou exilés dans ce ce coin solitaire de Sibérie connu principalement pour ses fourrures, son froid et son éloignement. Ils y prirent pied en ouvrant ateliers et écoles, donnant à cette ville de trappeurs un tour d'esprit peu commun.

De là, une petite heure de voiture vous déposera au bord du lac Baïkal (un cinquième des réserves mondiales d'eau douce, 1637 mètres de profondeur, 636 km de long, 50 km de large...) sur la croûte glacée duquel, durant la guerre russo-japonaise, l'armée fit passer en hiver 64 locomotives et 2340 wagons. Au nord, l'île d'Olkhon passe pour être un des centres chamaniques les plus puissants de la planète, reléguant les vortex de Sedona (Arizona) au rang d'inoffensifs transformateurs.

Cela dit, c'est le soir que la réalité semble doucement quitter les rails. En effet, comme le Japon est le centre industriel automobile le plus proche, les voitures ont le volant à droite. Mais comme la loi est la même partout en Russie, eh bien les voitures roulent aussi à droite, ce qui est très dangereux. Donc la nuit, tout le monde roule au milieu.