le blog de Laurent de Wilde

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samedi 24 juillet 2004

AU COEUR

Il y a une locution qui m’irrite particulièrement en ce moment, c’est « au coeur de ». « Il faut mettre le social au coeur de l’action gouvernementale », entend-on dire un ministre, « Vélo Club de Roubaix, le coeur de la légende » titre un ouvrage sur le cyclisme, « Voyage au coeur du désastre », « La Belgique au coeur de l’Europe » etc etc Que veut dire cette expression ? Beaucoup de choses en même temps. Pour l’action gouvernementale, il veut dire au centre , pour le Velo Club de Roubaix à l’origine , pour le désastre le fin fond et pour les Belges le Quartier Général.

Mais le coeur c’est aussi ce sympathique organe qui se charge de nous pomper le sang à un tempo à préférer entre 70 et 120 bpm, et sans l’aide duquel nous n’allons pas très loin. C’est également le siège métaphorique des peines et des joies et - j’oubliais - ce délice gustatif qu’est la base de l’artichaut. Ajoutez à cela une prononciation de voyelle longue (eu) légèrement bovine (ou ovine selon les locuteurs ou trices), et vous avez un mot qui dégouline de sous entendus positifs et lénifiants, raison pour laquelle on le retrouve à toutes les sauces ces jours-ci.

Or le coeur est un organe fragile, souvent associé aux peines (on ne dit pas : elle a une joie de coeur) et le coeur de meule ressemble plus à du gras de fromage industriel bouilli qu’à une quelconque quintessence de gruyère.

Oh comme on aimerait qu’existe un tel endroit, une vraie quintessence totale ! Un pur concentré de pouvoir, d’hisoire, d’émotion, de jusqu’au-boutisme et d’artichaut en même temps ! On entretient donc l’illusion de son existence comme une sorte de dieu englouti dont on prononce le nom en bêlant (oôh keûûûr deux), et chaque fois que j’en entends l’usage, je me retranche derrière une profonde suspiscion.

vendredi 9 juillet 2004

DANGEROSITÉ

La maladie de la vache folle nous avait initié à l'usage de mots forts rébarbatifs comme traçabilité (un pur néologisme) ou encore le pénible tendreté (qui lui existe vraiment), mais là les bornes sont piétinées avec la dernière invention de la langue du jour que sont le mot - et son concept - de dangerosité. Comme ce mot n'existe pas, nous en sommes réduits à deviner son sens. Le suffixe osité suggère un degré de quelquechose de très concret, comme dans « un indice de viscosité ». En fait c'est un suffixe que l'on ajoute aux noms dont l'adjectif se finit en eux. Example : pore, poreux, porosité ; défaut, défectueux, défectuosité ; poil, pileux, pilosité ; lumière, lumineux, luminosité. Cette famille de substantifs regroupe des temes plutôt physiques et scientifiques (beaucoup moins d'ailleurs que les mots en ique), donc mesurables.

En somme, le danger d'une situation l'expose à une évaluation scientifique, qui a besoin de son propre vocabulaire pour l'exprimer.

Il doit y avoir quelque part une échelle, avec des degrés de dangerosité. On imagine dix degrés, avec des situations de dangerosité allant de 1 (acheter des croissants le dimanche matin à la boulangerie d'à coté) à 10 (acheter des croissants à Bagdad). Où est cette échelle ? Quelles sont ses critères ? Quel est mon taux de dangerosité ? Qui dois-je consulter ? Un Dangérosologue ? C'est remboursé par la Sécu ? Et pourquoi s'arrêter là ? Je suis heureux ? J'en profite pour faire évaluer mon heurosité ! Comme ça je pourrais l'optimiser ! Je vais calculer la tourbosité de mon whisky, la graissosité de mon magret de canard, la moellosité de mon lit pourtant déja douillet !

Non, la dangerosité n'existe pas. C'est une invention de ceux qui veulent bien croire que la vie, et surtout ses moments critiques, peuvent se scinder en segments et s'optimiser par tranches. Le danger, ça rôde, et ça ne se coupe pas en tranches.

dimanche 4 juillet 2004

Hi everybody and welcome on my site !

Every musician must have dreamt, at least once, to run his own club. Where he could pick the band, the booze and the barman, the closing time and the music at the break. Thinking about an idea for a website, I realized that it was my chance to give it a try ... without drying up the cave and running the business down !

Well, here it is. It's not that big, but it's cosy. You'll be able to find the classic bio disco photo promo tourinfo package. You can check also the audio and video live recordings, documentaries, old stuff on tape and other rarities to come...

Being a graphomaniac by early leanings, I won't resist the opportunity to ramble on to a large extent, and I strongly urge you to join me through interaction in this deeply gratifying activity. It's more fun that way ! OK, I'll have to admit that most of the stuff I write is in french therefore useless to anyone but us froggies on the planet (Gribbit Gribbit) Nevertheless I promise to keep posting some anglo-american insights here and there, hoping that meanwhile you anglophones can still have fun leafing through Monk's discography.

You think that sucks ? Hey.

Welcome to the club !

Bonjour à tous et bienvenue sur mon site !

Tous les musiciens ont dû rêver, à un moment ou un autre, d'ouvrir leur propre club. Où ils choisiraient tout, le programme, les heures de fermeture, le barman, la musique pendant les pauses, etc. En réflechissant à une idée de site, je me suis rendu compte que c'était le moment de le faire... sans risquer de vider la cave et déposer le bilan !

Voilà. C'est pas grand mais c'est confortable. Vous y trouverez les annonces de concert bio disco photo boulot et tout le bazar classique. Il y aura aussi bientot des vidéos de concert ou documentaires que j'essaierai de renouveler régulièrement, de même que des enregistrement de live, des raretés retrouvées ou des bons souvenirs sur bande...

Graphomane de nature, je ne vais pas pouvoir m'empêcher d'utiliser ce site pour y déblatérer dans les grandes largeurs, que je vous invite à parcourir avec moi à travers l'interaction. Pour l'instant, c'est le « français des journaux » qui m'excite et je me sens plutot bien dans la peau du vieux con de la langue française. Dieu sait ce qui m'excitera demain.

Je propose également au fureteur certaines des archives de mon livre sur Monk. D'abord une discographie non exhaustive si l'on prend en compte les bootlegs, mais quand même bien pratique pour les curieux et les savants. Ensuite des interviews que j'ai effectuées au cours de mes recherches et que j'ai transcrites en français... sorry pour les anglophones ! Et puis il y a aussi des itv que j'ai faits pour Jazz Magazine, dont une mémorable de 30 feuillets avec Herbie Hancock... Et puis des petits poèmes, des articles, tout un fatras de fonds de tiroir qui amuseront peut-être quelques uns.

Il y a même un conte africain du grand Souleymane Mbodj, dont la morale mérite réflexion par les temps qui courent. Et pour ceux qui aiment tripoter, des petites boucles à jouer sur scène, à vous de trouver comment ça marche !

Vous trouvez que c'est n'importe quoi ? Tant mieux !

Bienvenue au club !