le blog de Laurent de Wilde

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vendredi 21 septembre 2007

Le rugby c'est d'la bombe

Je suis tombé hier sur une scène qui m' a semblé très étrange.

Il faut dire que je me suis cassé la cheville en moto, que je suis affublé d'un plâtre et d'une solide mauvaise humeur qui me placent un peu en marge de mes contemporains. Quand on se déplace avec des béquilles et beaucoup de difficulté, les petits moments de la vie prennent un relief particulier (mais le blog devient soudainement plus fourni).

Bref je devais prendre un train à la gare Montparnasse et en arrivant à la hauteur des quais, au lieu du brouhaha et du va-et-vient habituels, je débouchai sur un étrange silence. Deux bandes plastique rayées rouges et blanches tendues dans la prolongation des quais délimitaient un espace sécurisé d'une centaine de mètres en plein milieu de la gare, refoulant de part et d'autre les voyageurs amassés en grappe.

M'approchant de la limite, jouant des coudes et des béquilles, je contemplais cet espace absolument vide au milieu duquel trônait, point focal de tous les regards, une sculpture ultra-réaliste, genre musée Grévin, d'un quidam et d'un contrôleur unissant leurs efforts pour hisser un rugbyman tendu vers la capture ascensionnelle du fameux ballon ovale.

Il s'agissait en fait d'un colis abandonné dans un train que l'on suspectait d'être piégé, mais tout ce qu'on pouvait voir, c'était cette sculpture à l'honneur du rugby, comme si c'était elle qui était sur le point d'exploser. C'était très bizarre, car tout d'un coup cette fête des Bleus qu'on fait mousser depuis quelque temps devenait par son réalisme incongru tout à fait inquiétante. C'était le télescopage de deux univers médiatiquement bien cloisonnées : le sport et le terrorisme.

Mais ce qui m'a le plus impressionné, c'était le silence qui régnait dans la gare. Il n'était ni craintif, ni tendu, mais tout simplement résigné. Oui, c'était le silence résigné de ceux qui en ont vu beaucoup et en verront encore plus. Le silence, pour moi toujours nouveau, des habitués de la terreur.

mardi 11 septembre 2007

Adieu Joe

J'apprends ce matin par un triste sms de son éditeur et ami Jean-Marie Salhani la disparition de Joe Zawinul. C'est vraiment une terrible nouvelle. Sa femme, amour de toute une vie, avait disparu l'année dernière, et on imagine que les derniers mois de sa vie ont dû être douloureusement affectés par cette perte. Il a lutté bravement contre un cancer de la peau, un des plus vicieux, et espérait plus que tout avoir encore le temps de jouer en duo avec Wayne Shorter pour le Festival de la Villette. Malheureusement, la maladie a encore une fois gagné la partie.

Zawinul était vraiment un caractère. Quand il n'avait pas son petit calot sur la tête, on aurait pu le prendre pour un maçon calabrais, avec ses larges épaules, ses petits yeux rapprochés et son air obstiné. Il s'est embrouillé avec un nombre incalculable de musiciens, et s'est pourtant lié d'amitié avec un encore plus grand nombre. Je venais de réaliser dans le Jazz Magazine de ce mois de septembre (http://www.jazzmagazine.com/) une longue interview de cette immense bonhomme, dans laquelle il s'était déboutonné avec une désarmante cordialité.

Quel artiste ! De nombreux critiques ont cru bon de le bouder car il aurait été un des inventeurs du jazz-rock (le mot donne encore des frissons aux intégristes en la matière). Autant je comprends qu'on puisse éventuellement se lasser des phrasés en double croche à l'unisson batterie-basse-guitare-saxophone-trompette qui pour moi constituent l'écueil de cette musique (et pourtant dieu sait s'il y a de bons moments avec cette formule), autant pour moi Zawinul est à l'opposé de cette caricature honnie par les puristes. C'était un vrai inventeur de musique ! Pas de formules, juste des sons, des matières, des idées !

Ses contemporains Herbie Hancock, Chick Corea, McCoy Tyner ou Keith Jarret, pour ne citer qu'eux, ont chacun développé une voix personnelle au piano et pour certains d'entre eux ont énormément contribué au développement du jazz rock. Mais aucun n'a su comme lui créer un univers aussi complet, dont on ne trouve l'équivalent durable que chez un artiste comme Miles Davis. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est lui qui a composé "In a silent way", un des morceaux phares du passage de Miles à la musique électrique...

Nous perdons avec Zawinul une immense figure du jazz, qui aura su lui insuffler une incroyable joie de vivre, d'une confondante évidence, avec un souci constant d'en repousser les limites. L'aspect spirituel de la musique était pour lui fondamental, et il croyait dur comme fer à la contribution de celle-ci à un monde meilleur, plus juste, plus humain. Un vrai moderniste, toujours dévoué à l'essentiel du jazz dans ce qu'il a de plus attachant, de plus généreux, de plus inventif. Nous perdons un grand maître.

http://www.zawinulmusic.com/

vendredi 7 septembre 2007

Jazz et Super-Héros

Je suis allé voir il y a quelque temps Spiderman 3 (contraint et forcé je l'avoue) et j'ai trouvé ça, comme tout le monde me l'avait prédit, très mauvais.

Mais il y a une scène que j'ai trouvée intéressante. Pour ceux qui ont échappé à ce navet, je résume rapidement : le gentil Spiderman, entre autres calamités, est victime d'une sorte d'algue venue de l'espace qui a le pouvoir lorsqu'elle se plaque contre le malheureux de le changer... en méchant (une ola pour le scénariste).

Voici donc l'inoffensif Peter Parker (Spiderman à la ville) transformé en petit voyou à la mèche suggestive qui au lieu de jouer de la mandoline pour sa promise Marie-Jane décide de céder aux avances de sa copine de classe aux formes avantageuses.

Comme c'est devenu un dur de dur, c'est lui qui prend l'initiative, et pour arriver à ses honteuses fins, le voilà qui invite sa nouvelle conquète... dans un club de jazz !

Et là, je n'ai pas cru mes yeux. Les spectateurs, très classe, limite smoking/robe de soirée, sont debout et dansent sans vraiment danser, un peu comme un cocktail chic filmé en accéléré. L'endroit est plutôt select et exhale un parfum de lascivité soyeuse qui convient parfaitement aux intentions malhonnêtes de notre apprenti voyou (il se conduira d'ailleurs tellement mal qu'il se fera jeter dehors).

Mais ce qui m' a vraiment fait marrer c'est que la copine en question, les yeux écarquillées (sachant qu'elle est là pour passer à la casserole), laisse échapper en entrant dans cet endroit un : c'est super ! je ne suis jamais allé dans un club de jazz !

Moi non plus, du moins jamais un comme ça ... Ce qui est drôle, c'est qu'en France le jazz a deux images : celle d'une musique d'intellos torturés et incompréhensibles, ou celle des bons fêtards entre le pastis et le cassoulet.

Mais aux Etats-Unis, c'est une autre affaire. Le jazz, c'est le SEXE. Faites attention la prochaine fois que vous voyez un film hollywoodien où le héros va passer une soirée "intime" avec sa bien-aimée. S'il met un disque, ce sera du jazz. Bonne nouvelle ! Née dans les bordels de la Nouvelle Orléans, cette musique centenaire semble donc garder dans l'inconscient collectif américain toute sa puissance érotique... à condition bien sûr de la rendre présentable à la copine de Spiderman !

mercredi 5 septembre 2007

Petit moment de parano internationale

Je suis assez inquiet de la tournure que prend la politique internationale de notre nouveau président.

Déjà, aller passer ses vacances à quelques kilomètres de ce dangereux abruti de George Bush et en profiter pour aller le voir dépasse de loin les obligations diplomatiques des relations franco-américaines.

Ce président des Etats-Unis a d'ores et déjà battu le record d'impopularité établi par Nixon il y a 30 ans, tous ses amis texans sont en train de le lâcher, et il est considéré dans son pays ainsi que dans le reste du monde comme un sinistre imbécile, arrogant et incompétent, dont on sera bien contentent d'être débarrassé dans un peu plus d'un an.

Je comprends bien que ce n'est pas une raison pour le bouder, les affaires sont les affaires, mais je trouve qu'envoyer Bernard Kouchner (dont on ne peut qu'admirer le travail de Haut Représentant de l'ONU au Kosovo entre 1999 et 2001) tenter de réparer l'invraisemblable gâchis de l'invasion de l'Irak par les troupes US est à la fois dérisoire, inutile et dangereux.

Cette tentative est vouée de toute évidence à l'échec (et n'a suscité que quolibets et moqueries auprès des Irakiens) et n'a semble-t-il d'autre but que d'épaissir un peu plus la légendaire vanité de notre bon French Doctor et de donner à Bush l'impression qu'on peut l'aider à ce sortir de ce bourbier où il s'est mis de sa propre initiative (ce qui est absolument illusoire).

En ce qui concerne la France, elle n'a rien à gagner à s'immiscer dans ce désastre, à part quelques bombes censées nous rappeler qu'on ne se mêle pas des affaires des autres.

Le problème avec Bush, c'est qu'il n'a visiblement aucune capacité à admettre ses erreurs et encore moins d'en tirer les leçons. Aiguillonné par son vice président (que plus personne aux Etats Unis n'appelle autrement que Darth Vador), il a décidé d'attaquer l'Iran et voici un certain temps et que tout le monde redoute qu'il ne passe à l'action avant qu'on lui retire les clés du camion.

Or, voici que Sarkozy déclare que le danger numéro un, c'est l'Iran ! Tout le monde sait que les conditions d'un apaisement du Proche Orient passent nécessairement par la paix entre Israëliens et Palestiniens, et que le programme nucléaire Iranien ne peut être opérationnel que d'ici 5 ans au mieux. Mais après nous avoir fait le coup des armes de déstruction massive, voici qu'on nous fait le coup du Dernier Soir Nucléaire !

Mon inquiétude provient donc de ce que Sarkozy est en train d'esquisser une politique internationale dangereusement alignée sur un président américain capable du pire (et incapable du meilleur, hélas). Qu'a-t-il à gagner dans une politique aussi suicidaire ? Eh bien justement : quelques bombes à la maison qui autoriseraient un recours à la force, aux mesures exceptionnelles et à l'autoritarisme sans contrepoids.

Notre petit président bourré de testostérone semble avoir bien lu l'histoire récente des Etats-Unis, où les attaques du 11 septembre ont permis aux néo-conservateurs d'appliquer dans la plus totale impunité un programme inepte et mortifère (sauf pour ceux qui en profitent, c'est-à-dire l'entourage immédiat du président)

Ma question est donc : Sarkozy ne serait-il pas en train de jouer avec le feu en espérant que d'une façon ou d'une autre la France se brûle ? Cela lui permettrait de développer une politique personnalisée et autoritaire pour laquelle il semble montrer le plus grand goût ...

Parano ? J'espère !

mardi 4 septembre 2007

Du temps perdu dans les aéroports

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais voyager en avion devient un exercice de plus en plus fastidieux. L'idée selon laquelle on peut détourner un aéroplane avec un coupe-ongle ou une bouteille d'eau offre à la rigidité sécuritaire un large champ de sottises et de régulations appliqué avec la plus grande fermeté.

Ainsi, à l'aéroport de Montréal en route pour Paris, je découvris dans mes poches DEUX briquets Bic, un dans mon pantalon, un dans ma veste. Calamitas ! J'étais en INFRACTION ! Un seul briquet ne suffit pas à détourner un avion, mais deux, visiblement, oui... aussitôt mon imagination s'est mise en route... bon sang mais c'est bien sûr ! en enflammant UN briquet AVEC L'AUTRE, j'étais en possession d'une mini-bombe aux effets dévastateurs !

Mais rien ne vaut la bonne surprise que j'eus en défaisant voilà quelques mois mes bagages dans un hotel de Sofia en Bulgarie.

Le voyage avait commencé par un embouteillage qui allait grosso modo de Paris à Roissy. Motif : les contrôles de police, pour une raison inconnue, se faisaient à l'entrée de l'aéroport et non après l'enregistrement des bagages.

Deux vaillants policiers vérifiaient donc patiemment les quelques trois mille voyageurs qui prenaient l'avion pour un peu partout. Détecteurs de métaux (queue), fouille personnalisée (queue), enregistrement des bagages (queue) re-vérification des passeports (queue) et puis arrivés à Sofia, re-détecteur de métaux, contrôle passeport, fouille personnalisée, etc.

Et puis arrivé à l'hotel, en vidant mon sac de cabine sur mon lit pour y chercher un crayon coincé au fond...

... je retrouvais mon vieux Laguiole que je croyais avoir perdu et que je trimballais avec moi dans tous les aéroports que je fréquentais depuis des mois ! Il était passé à travers tous les détecteurs, fouilles et autres précautions avec pour seule dissimulation ma plus entière ignorance...

Je serais tenté de refaire l'expérience, mais comme ce serait voulu je suis sûr que ça ne marcherait pas. Et c'est bien là-dessus que comptent ceux qui nous contrôlent et nous fouillent pour mieux nous protéger !