le blog de Laurent de Wilde

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vendredi 26 juin 2009

Papy prend le train

Confortablement installé dans un TGV matinal qui emmenait mon trio à vive allure vers Marseille, j'eus un geste malheureux qui me fit renverser le contenu d'une canette de coca en furieuse ébullition sur mon torse et mes jambes. La journée commençait bien.

Je me dirigeai en hâte vers les toilettes du train pour éponger les dégâts mais j'eus la surprise de constater que nous étions dans un TGV nouvelle génération dont le petit coin, comme on dit, était plus petit qu'il n'était possible d'imaginer. A vrai dire, j'avais l'impression de me trouver dans une navette spatiale. L'exiguïté y était d'une rigueur millimétrique et aucun robinet, aucun distributeur de papier n'étaient visibles. Seuls s'offraient à mon regard un bec verseur et le plan totalement lisse et intraitable d'un zinc étincelant.

En me penchant contre le robinet, je décelai un petit capteur infra-rouge à sa base : il fallait tout simplement mettre ses mains dessous pour faire couler l'eau. Tout automatique, c'est merveilleux. Je plaçai mes mains gluantes en position et attendis. Rien. Je les déplaçai légèrement de droite à gauche, toujours rien. D'avant en arrière, ah ça marche quand j'ai le bout de doigts qui touche la base du robinet. Merde, du coup l'eau me coule sur les poignets, je recule les mains, ça s'arrête.

Bon. Avec une main j'appuie sur le capteur pendant que de l'autre j'essaie de la rincer toute seule. Pas facile mais j'y arrive. Les doigts en petite coupole, je tente de me rincer le reste du corps en m'aspergeant de gouttelettes. Ça devient n'importe quoi. Du coup, mon coude fait un un angle bizarre avec mon corps et j'entends une soufflerie se mettre bruyamment en marche : j'avais excité un autre infra-rouge, celui du séchoir automatique qui lui marchait très bien et qui se mettait à caraméliser avec entrain le coca sur ma veste.

J'étais battu. Plusieurs choix s'offraient à moi.

1- retirer ma veste et mon pantalon, les plonger dans la cuvette des toilettes et tirer la chasse un bon coup pour les rincer

2- aller au bar, acheter une bouteille d'eau et taxer plein de serviettes en papier

3- tirer la sonnette d'alarme et attendre le contrôleur pour lui demander de me déposer en 1980, à une époque où aller aux toilettes ne constituait pas une aventure technologique aussi poussée.

Qu'auriez-vous fait à ma place ?

Indice : le bar était fermé à la suite d'une grève du personnel.

jeudi 25 juin 2009

Le petit prodige

De passage pour un concert dans la charmante ville de Tbilissi en Géorgie, il m'est arrivé quelque chose de très émouvant et inattendu, que je n'avais jamais vécu auparavant.

Après notre spectacle dans la très belle salle du conservatoire (sur un Steinway magnifique), les organisateurs nous invitèrent à dîner dans un restaurant des environs. Doté d'une large et accueillante terrasse nous nous apprêtions à y prendre nos quartiers nocturnes quand des tbilissiens du coin nous dirent non, non, come inside, come inside, alors nous sommes entrés.



Dans une salle toute en longueur trônaient au milieu un piano droit, collé contre le mur, une contrebasse dans un renfoncement et une batterie sur un petit tapis. Le batteur devait avoir soixante-dix ans, les cheveux tout blancs, tout sec, tout noueux, et il envoyait un swing serré et explosif dans le genre Roy Haynes. Le bassiste était tout jeunot, il tenait bien le temps et les harmos, la rythmique tournait ferme.

Au piano il y avait un môme en grosses baskets blanches qui arrivait visiblement à l'âge où les pieds et les mains poussent en premier. Il était tout brun tout menu et on me chuchota à l'oreille qu'il avait treize ans. Et ce que jouait ce gamin était monstrueux. Il improvisait sur "all the things you are" sur un tempo rapide et il jouait, il jouait, avec les harmos, le temps, sa rythmique, il jouait avec tout et c'était totalement sidérant de voir comment ce bout de chou avait tout compris de l'esprit du jazz.

Ce n'était pas un singe savant qui exécutait des sauts périlleux maintes fois répétés. Il jouait vraiment. C'était...prodigieux. Chacun de ses solos soulevait l'enthousiasme du maigre mais fervent public et quand il eut fini de jouer, il passa de bras en bras, qui le serrant contre lui, qui l'embrassant sur le haut de son petit crâne. Nous nous mîmes à discuter et il me demanda avec une intensité surprenante : c'est qui votre pianiste préféré ? Je rigolai et lui dis que ça changeait tous les jours mais que s'il y en avait un vivant pour qui j'éprouvais une immense et indéfectible admiration, c'était sans doute Herbie Hancock. Une ombre passa sur son regard et il me dit dans son anglais de cuisine : no ! jazz player ! I think Keith Jarret best jazz player of the world ! Nous continuâmes de parler et il m'apprit qu'il avait obtenu une bourse pour partir à la Juilliard School en septembre et que son professeur de modern jazz serait Kenny Barron.

Nul doute que cet enfant ne tardera pas à se faire remarquer à New York, et que son don ahurissant pour la musique lui donnera la possibilité de faire des choses immenses. Mais je demeure fasciné par l'aspect totalement arbitraire de ce talent prodigieux qui a fondu sur lui, un petit garçon de Tbilissi, Géorgie, et qui lui fait parler le jazz avec une sûreté aussi instinctive. C'est quasiment mystique, c'est un peu comme l'épiphanie pour les disciples de Jésus qui se retrouvaient à prêcher dans des langues qu'ils ignoraient la veille avec le petit feu follet du saint esprit au-dessus de la tête, on sent que c'est une force qui vient d'en haut, et ce môme a carrément une connection haut débit !

Je ne m'y attendais pas, et voilà : j'ai rencontré mon premier petit prodige du jazz !

Ah, j'oubliais ! Son nom : Beka Gochiashvili.

vendredi 17 avril 2009

L'affaire du rideau empoisonné

Enfumé par les vapeurs de ma grotte pythique, mes oracles n'ont pas tardé à me faire rougir. Au moment où j'écrivais l'entrée précédente de mon blog se dénouait une intrigue tout à fait cocasse à la chambre des députés, où 15 valeureux UMP s'apprêtaient à voter en douceur la fameuse loi Hadopi présentée comme un acte législatif capital.

Traîtreusement dissimulée derrière le tenture de l'entrée de l'amphithéatre, une vingtaine de députés socialistes a surgi à l'improviste au moment du vote et a ainsi obtenu une majorité contre le projet de loi.

Cette manoeuvre parlementaire d'une grande habileté tactique a le mérite de nous éclairer sur le décalage entre un Grand Débat National et la réalité du travail des députés. Car ce déraillage n'aurait pas été possible si, d'une part, les troupes UMP n'avaient été aussi tièdes (voire non concernées) sur le sujet, et d'autre part si l'Assemblée Nationale n'était en train de devenir une simple chambre d'enregistrement dont les représentants ne sont là que pour tamponner les voeux de notre bien-aimé président.

A ce dernier, on conseillerait donc d'affecter un peu moins de monde à sa sécurité personnelle (du jamais vu dans la cinquième république) et un peu plus à la défense de ses idées et de leur mise en oeuvre. Nul doute que ce cinglant affront stimulera chez lui sa mécanique propension à montrer ses biscotos et verrouiller de façon militaire le prochain vote de cette loi, remise à l'examen de l'Assemblée Nationale lors de sa prochaine session.

Ce n'est pas la première fois qu'un dérapage inattendu contrecarre les projets sécuritaires du gouvernement en matière de téléchargement illégal (on se souvient du déraillage inattendu de la loi DAVDSI la veille de Noël 2005), et il est difficile d'ignorer le fait que ce problème fondamental ne trouvera que difficilement une réponse adéquate de la part de nos législateurs, dont les convictions et les visions d'avenir semblent décidément bien désuètes et éloignées des solutions possibles à la résolution de cet épineux problème.

jeudi 9 avril 2009

Paris pétille

Insensible aux sombres mines qui hantent banques et ministères,

Paris fourmille, Paris frétille, Paris pétille !

Enchanté de participer à cette effervescence,

je convie mes amis parisiens à venir partager les bulles :

mardi 14 et mercredi 15 avril : PC Pieces Cité de la Musique de la Villette

avec la complicité vidéastique de Cedric Delport et d'Antoine Imbert ainsi que la présence d'un invité surprise sur quelques titres, Otisto 23 et moi-même vous présenterons en cet auguste lieu l'aboutissement de deux ans de tournée avec cette formation passionnante, avant de nous lancer dans l'enregistrement du très nécessaire volume II !

En première partie, le groupe Aufgang avec Rami Khalifé, Francesco Tristano et Aymeric Westrich

http://www.cite-musique.fr/francais/evenement.aspx?id=5460

vendredi 24 avril : Hommage à Freddie Hubbard au Divan du Monde

Dans le cadre de ma résidence mensuelle au Divan, je suis très fier de présenter cet hommage au trompettiste disparu avec un powerband exceptionnel : Stéphane Belmondo à la trompette, André Ceccarelli à la batterie et Thomas Bramerie à la contrebasse. Je pense que Freddie sera content.

http://www.divandumonde.com/agenda.html#2404

lundi 18 et mardi 19 mai : avec Eddie Henderson au Sunside

Ayant fêté tranquillement nos vingt ans de collaboration, Eddie et moi nous retrouvons au Sunside pour voir jusqu'où on peut aller après tant d'années. Son incroyable verdeur et son appétit de jouer me réjouissent à l'avance, et me rappellent qu'il est le dernier géant de la trompette de sa génération...

http://sunset-sunside.com

mercredi 20 mai : avec Alex Tassel "Movements" au Showcase

Festival "Esprit Jazz" de StGermain des Prés

Last but not least, je finis ce mois des trompettistes avec l'impérial Alex Tassel dont la pureté de son et la grâce mélodique ne cessent de m'émerveiller. Pour chauffer son bugle à blanc, il s'entoure pour cette soirée exceptionnelle de Jacques Schwartz-Bart au sax et... d'Eddie Henderson à la trompette ! Tous aux abris !

http://www.festivaljazzsaintgermainparis.com/festival-jazz-saint-germain-des-pres-paris-2009/fr/nuit-electro-jazz.html

vendredi 29 mai : avec Diane Tell au Divan du Monde

Ce concert exceptionnel présentera l'album que nous avons enregistré en février avec Diane. Cette chanteuse extraordinaire a exhumé des adaptations de paroles que Boris Vian a faites sur des standards de jazz de son époque, pour la plupart inédites, et sous la direction musicale de votre serviteur et superbement assisté de Laurent Robin, Darryl Hall et Christian Brun, nous avons accouché d'un album fort coquet !

http://www.divandumonde.com

samedi 30 mai : Trio Mystère au Sunside

Un mois de réjouissances ne saurait se terminer autrement que par un petit trio au Sunside et à l'heure où vous lisez ces lignes, le nom de mes partenaires n'est pas encore arrêté, et le répertoire non plus ! Eh oui c'est ça aussi le jazz !

http://sunset-sunside.com

Bon printemps !

mercredi 8 avril 2009

Périlleux répit

Dans quelques jours sera sans doute adoptée la loi Hadopi tentant de contenir le téléchargement illégal, responsable unique, s'il faut en croire le consensus général, de l'effondrement du marché de la musique.

En bien des points, son approche tactique me rappelle celle des grandes années Bush : attaque préventive, sécurisation du périmètre, instauration de la démocratie de marché (en général, c'est la première phase qui est la plus réussie).

D'un point de vue légal, je suis gêné par deux choses. D'une part le Parlement Européen s'apprête dans quelques mois à débattre d'une loi allant à l'encontre de la coupure internet préconisée par la loi française, ce qui la rendrait incompatible avec le droit européen. Bon, la loi n'est pas encore votée, on verra bien.

Mais le plus inquiétant est le principe généralisé de la justice automatique qui a connu ces dernières années avec les radars routiers un essor spectaculaire. Il me semble que les mots justice et automatique ne font pas bon ménage, et la banalisation progressive de leur association me rend très inquiet sur leur expansion future à d'autres champs de criminalisation.

D'un point de vue pratique je comprends le désir de l'industrie de se ré-approprier un marché qui lui échappe depuis un moment. Les mesures répressives auront certainement un effet dissuasif pendant deux ou trois ans, après quoi la vague internet reprendra le dessus avec une légère correction de course imprimée justement par ces quelques années qui viennent.

En définitive, les instigateurs de cette loi ont bataillé chèrement pour avoir le droit de reprendre la direction des évènements. Cette bouffée d'oxygène temporaire devrait leur servir à proposer des modèles de consommation intelligents, ouverts et économiques, mais c'est un sursis dont il leur faudra profiter avec diligence. La piètre qualité d'adaptation qu'ont démontré ceux-là mêmes qui entendent nous montrer où va l'avenir ne plaide pas en leur faveur, et rien ne dit que de retour aux affaires leur gloutonnerie en sera calmée.

Espérons donc que ce sursis sera fertile, faute de quoi le divorce sera consommé.

lundi 6 avril 2009

chapeau

Je sors de l'exposition au quai Branly sur un siècle de jazz et je me réjouis de l'avoir trouvé excellente. J'étais particulièrement curieux de voir comment son commissaire Daniel Soutif et son scénographe Reza Azard allaient réussir le tour de force de donner à voir ce qui, avant tout, s'entend.

Couvertures de partitions, de disques, affiches, peintures, photos, croquis, quelques films dont certains extraordinaires, un tout petit peu de musique diffusée de quelques bornes, le parti pris de cette exposition est clairement de nous montrer comment pendant un siècle le jazz a été VU.

Une colonne vertébrale chronologique offre au visiteur une allée rectiligne, lui laissant la possibilité de musarder sur les côtés où de véritables trésors attendent les plus curieux. Les sections par périodes sont claires, intelligentes, sensibles.

Bref je ne peux que recommander aux amateurs de jeter un oeil à cette expo qui, dixit son conservateur, est celle qui a connu le plus grand succès depuis l'ouverture du quai Branly.

J'ajoute que mon enthousiasme n'est pas complètement étranger au fait que la fin de l'expo se laisse aller un brin au délire visuel et propose une utilisation esthétique et raffinée des couvercles de piano dont il y a un an dans ce je désespérai de trouver un usage rationnel.

Jugez-en vous-mêmes :

vendredi 20 février 2009

Celui qui dit c'est celui qui y est

Je lisais hier dans Le Monde un entrefilet qui m'a interloqué.

Le groupe de rock américain MGMT a enregistré une chanson intitulée "Kids" qui connaît un succès mondial auprès du jeune public. Succès tel que l'UMP a choisi de s'en servir d'antienne lors du conseil national du 24 janvier et du premier déplacement du nouveau secrétaire général, Xavier Bertrand, le 25 janvier à Avrillé. Mieux, ce tube a été utilisé dans deux vidéos diffusées sur le site du parti et une sur Dailymotion.

Seul problème : cette utilisation n'a pas été autorisée et ne reverse aucun droit au groupe américain.

Rappelons que l'Assemblée Nationale s'apprête à examiner le 4 mars un projet de loi visant à réprimer le piratage des oeuvres culturelles sur internet, et que l'UMP est un partisan inflexible de cette répression.

Passé le premier moment d'amusement à voir les bons apôtres pris la main dans le pot à confiture, je n'ai pu m'empêcher de me dire que ce tout débat autour de la propriété intellectuelle sur internet et son influence prépondérante sur la survie de la production musicale me semble animé par des acteurs dont les convictions morales varient avec une grande amplitude en fonction de leurs intérêts immédiats.

Or ce n'est pas l'immédiat qui nous pose un problème, c'est ce qui vient après.

Les vraies questions sont je pense les suivantes :

- la vente de musique sur internet est-elle possible et attractive ? Sous quelle forme ? Il est évident que plus de 90% de la musique circulant sur le net le fait gratuitement, et tenter de réguler intégralement ce flux me semble complètement illusoire. De plus il est faux de croire qu'un titre téléchargé gratuitement correspond à une vente manquée en magasin. L'énormité des flux auxquels nous assistons tient précisément au fait que c'est gratuit, et en restreindre l'accès ne veut pas forcément dire favoriser les ventes.

- si les CD continuent à exister comme supports à une oeuvre musicale enregistrée, qui les produira et qui les rendra accessibles aux consommateurs ? Les labels ont-ils un avenir ? Quelle sera leur distribution ? (signalons que le bruit court que la fnac envisage d'arrêter le commerce du disque début 2010)

- qui seront ces artistes enregistrés sur CD ? Artistes de masse ou au contraire confidentiels ?

- Les programmateurs de salle, d'émissions de radio, de télé, ne raisonnant qu'en fonction d'une "actualité" dont la densité s'estompe avec la chute des ventes de cd, vont-ils avoir recours à d'autres critères que ceux d'une médiatisation dont les outils de marketing s'avèrent de plus en plus inefficaces ? Et justement, quel rôle internet va-t-il jouer dans cette évolution ?

- Le concept d'une oeuvre musicale comprenant plus d'une chanson a-t-il une chance de survie dans les nouveaux mode de consommation ?

Le débat est grand ouvert.

jeudi 19 février 2009

Mieux que le bonheur

Les coïncidences existent aussi sur le net, puisque je viens de recevoir de mon bien aimé webmaster un agréable complément à mon entrée d'hier. Il s'agit d'une autre boîte de produits dérivés, mais qui se spécialise dans la reproduction en peluches, coussins et oreillers de synthés de légende. Le fan peut donc y poser sa tête ou tout autre partie de son anatomie sans risquer de l'abîmer, et goûter ainsi la chaleureuse présence de son clavier chéri. Vous pouvez voir ci-dessous une peluche du plus fameux d'entre eux, le mythique mini-moog. C'est quand même mieux que des avions en train de s'écraser !

leur site :

mercredi 18 février 2009

Gardons espoir

Il y a quelques semaines, un habile pilote de la US Airways sauvait ses passagers et son avion endommagé en amerrissant en catastrophe à New York sur la Hudson River. Invité par Obama et par toutes les grandes chaînes de télé nationales américaines, il se révéla être un homme simple, intelligent, courageux et sympathique.

Sorte d'anti-Joe the Plumber (ce héros de la droite américaine sorti de l'anonymat pendant la campagne présidentielle au cours d'un discours de John McCain qui le présentait comme le parfait américain méritant, et se révélant n'être ni plombier ni méritant mais un magouilleur imbécile et péremptoire), Chesley B. "Sully" Sullenberger III, parfaitement mis en scène par le story-telling merveilleusement rodé des médias américains, devint en quelques jours un symbole et un espoir de survie miraculeuse d'une nation en plein crash.

Je suis tombé sur ce document d'une boîte de marketing, qui en quelques jours a déposé la marque "Miracle On The Hudson" et propose une gamme très complète de jouets, papeterie, cravates et chaussettes à vendre, représentant sous diverses formes un aéroplane amerrissant sur fond de skyline new yorkaise, et dont bien entendu tous les bénéfices seront versés...à cette boite de marketing, propriétaire du nom.

Qu'on se rassure donc : en cas de crise, il y a toujours un miracle, et en plus on peut gagner de l'argent avec ! Elle est pas belle la vie ?

jeudi 29 janvier 2009

Petit Merveille

J'ai reçu par le truchement d'un ami bienveillant un document trouvé sur le net tout à fait extraordinaire.

Il s'agirait de notes manuscrites de Monk, deux pages arrachées à un carnet sur lesquelles il s'adresserait à un soliste devant rejoindre son orchestre et qui constituent un condensé miraculeux de ses convictions professionnelles, esthétiques et morales.

Comme il est difficile d'authentifier un document circulant sur la toile, je suis en train de remonter la piste pour obtenir une quelconque validation, et j'aurais aimé la poster sur ce blog avec le document en question, mais de nature impatiente, je ne peux m'empêcher de vous le faire partager tout de suite !

Si ces notes s'avéraient authentiques, au vu de la date consignée en haut de la page, je serais tenté de croire qu'il s'agit de notes écrites non par Thelonious, mais par un de ses contemporains énumérant ses propos sur le sujet. L'année 1960 étant celle où Steve Lacy a eu l'occasion de travailler avec Monk pendant l'été en petite formation, je ne serais pas surpris que ce soit lui l'auteur de ces notes, mais peut-être que je me plante complètement !

Je conseille vivement leur lecture à tous les musiciens, amateurs ou professionnels, ainsi qu'à tous les mélomanes qui auront dans ces notes l'occasion de saisir avec clarté non seulement le paysage intérieur d'un des musiciens les plus énigmatiques de l'histoire du jazz, mais aussi des préceptes musicaux dont l'emploi reste aujourd'hui aussi valide aujourd'hui qu'il y a cinquante ans.

La confidence qui me fait le plus marrer, c'est la dernière, qu'on pourrait essayer de traduire comme ceci : ils ont essayé de m'amener à détester les blancs, mais il y avait toujours quelqu'un pour arriver et tout foutre en l'air.

Ha ha ha !

Maintenant, assez de bla bla, voici les mots du Maître

lundi 26 janvier 2009

Exception

Je n'aime pas trop parler de politique sur ce blog. Tout d'abord parce que je n'ai pas d'idée très claire sur la société idéale et les moyens d'en convaincre mes contemporains, et ensuite parce que c'est un genre littéraire déjà très couru auquel ma prose n'apporte guère plus que la proverbiale goutte d'eau dans l'océan. Enfin, je me suis promis cette année de consacrer cette page à des sujets susceptibles de nous éloigner de nos soucis quotidiens dont l'importance ne fait hélas que s'accroître.

Ces précautions prises je ne peux m'empêcher de réagir à la récente nomination d'Eric Besson au poste de ministre de l'Immigration et de l'Identité Nationale. Créée par notre président lors de la constitution de son premier gouvernement, cette dénomination m'avait révulsé à l'époque. J'appartiens à une génération qui n'a pas connu la guerre, mais dont les parents en ont plus que bavé et j'ai été élevé dans une certitude : plus jamais ça. Or cette idée d'Identité Nationale me semblait exhaler des relents pétainistes jamais sentis depuis, et indiquait un retour aux idées nauséeuses que la France du Maréchal avait épousées avec un abandon suspect.

Il s'agissait bien entendu pour Nicolas Sarkozy de remercier la frange lepeniste de son électorat qui a délaissé son chef naturel pour voir enfin ses idées portées au gouvernement. En gros, en plaçant Brice Hortefeux à ce poste, on allait enfin se débarrasser de nos immigrés. Un ministère de l'Immigration aurait suffi, mais non il fallait donner à cette politique une patine conceptuelle qui comprendrait une réflexion sur l'identité nationale.

Comme il fallait s'y attendre, cette partie-là du programme n'a guère avancé. Les communiqués triomphants de notre ministre sur l'excellence de son travail d'expulsions, même s'ils étaient grossièrement trafiqués pour se plier à la sacro-sainte religion du résultat (dont nous voyons les effets néfastes dans l'écroulement de notre système bancaire et financier), n'ont guère offert d'avancées sur le volet théorique de sa tâche, pour la simple raison qu'aller plus loin aurait porté au grand jour les présupposés racistes et xénophobes d'une telle pensée.

Le temps s'écoulant, je vis avec stupéfaction Nicolas Sarkozy proposer aux écoliers français d'adopter la mémoire d'un enfant juif gazé par les nazis, alors qu'il employait contre les immigrés une terminologie issue du même régime de Vichy qui envoyait ces enfants dans les camps : nous étions dans un galimatias épouvantable d'images et de vocabulaire contradictoires (que pense le Front National des juifs, déjà ?) qui ne s'adressait non à la raison, mais à des slogans et des images d'une vacuité révoltante. Le fait que notre président, fils d'immigré, en partie juif, appuie avec une telle désinvolture sur tous les boutons disponibles de la culpabilité ou de la haine de l'autre dans ce qu'il croît être une idée positive de la grandeur et de la rectitude morale de la France m'avait semblé consternant.

Mais je dois admettre que cette inconséquence qui caractérise notre omni-président, plus préoccupé par les effets d'annonces et les victoires immédiates que par le bon sens et le goût des choses bien pensées et bien faites, a pris un tour que je ne peux m'empêcher de trouver savoureux. En effet lors de son récent remaniement ministériel j'ai eu la surprise de voir Eric Besson nommé à ce honteux ministère. Pour mémoire, Eric Besson est un ténor socialiste, auteur de pamphlets au vitriol, notamment sur l'immigration, contre Nicolas Sarkozy, et qui, sentant aux dernières élections le vent tourner, a trahi son camp sans états d'âme pour rejoindre celui qu'il dénonçait quelques semaines auparavant. Voilà un homme, me disais-je, qui n'a pas peur de son manque d'honnêteté. En récompense, il obtint une place confortable dans le gouvernement et je pensais que l'affaire s'arrêterait là.

Mais en lui confiant les clés de ce ministère, Sarkozy a fait preuve d'une grande clairvoyance et d'une délectable cruauté. J'ai du mal à croire qu'élevé dans la rhétorique socialiste, Besson n'ait pas une aversion pavlovienne pour le terme d'identité nationale. Mais notre président a su reconnaître en lui le vrai, l'authentique, l'éternel Traître Absolu, celui qui quitte la résistance pour rejoindre la milice, celui dont la honte et le ressentiment alimente une haine perpétuelle de soi et d'autrui. Le voilà maintenant publiquement marqué au sceau de l'infâmie et c'est Sarkozy qui en le mettant à table devant cette infecte soupe à la grimace a su le révéler à sa juste valeur.

Nul doute qu'il fera un excellent ministre.

dimanche 4 janvier 2009

VOEUX ET VISIONS

Hourrah ! Voici le nouvel an et sa moisson de voeux !



Comme chaque année, nous vivons ce moment altruiste où nous offrons nos voeux de bonheur, santé et prospérité à tous ceux que nous aimons, et même à ceux que nous aimons moins, car il faut bien le dire, offrir ses voeux ça ne coûte rien.

Etymologiquement, rien n'est plus faux. Le voeu se rattache à son verbe, vouer, qui ne veut pas dire espérer, souhaiter, désirer, mais promettre, consacrer, dédier. C'est toute la différence entre les bonnes intentions et l'engagement sans réserve, et ce glissement sémantique me semble illustrer parfaitement notre facilité à confondre vouloir et se vouer, volonté et dévotion.

L'année qui se présente nous est annoncée comme difficile et orageuse, et il faudrait être fou pour ne pas y voir une évidence. C'est une année où un très grand nombre de gens vont vouloir, car l'abondance est derrière nous et les miettes du festin seront âprement disputées. L'espoir va désormais se tourner vers le passé et non vers l'avenir et on souhaitera conserver ce que l'on a. Tout sera rogné, réduit, contraint.

C'est dans ce temps-là que nous devons nous réjouir d'être des artistes et nous souvenir que nous avons fait un voeu, que nous avons une vocation. Tout un monde s'écroule autour de nous qui manque cruellement de vision, et plus que jamais c'est à nous d'inventer, d'imaginer, de repenser notre avenir. De nous y vouer.

Il nous faudra trouver le noyau dur de l'essentiel sous les décombres du superflu. Il nous faudra être légers et insouciants, car sans sans cette grâce notre magie s'éteint. Il nous faudra être graves car voir l'abîme est un puissant moteur. Il nous faudra avoir le courage de désirer contre toute attente cette année qui vient ainsi que les suivantes, car leur vision nous revient et tout est à faire et à inventer.

Ce sont là mes voeux mes plus chers.

Et ce sont eux, chers lecteurs et trices de ce blog, que je vous souhaite !

dimanche 21 septembre 2008

Le Maître et le flipper

J'écoutais l'autre jour les oeuvres pour orgue d'Olivier Messiaen, d'une densité à couper le souffle, et je ne sais pourquoi cela me remémora une histoire que m'avait racontée l'excellente Martine Palmé qui a commencé sa carrière comme secrétaire particulière du Maître.

Celui-ci avait des élèves à qui il enseignait chez lui et voici qu'un jour l'un de ses étudiants arrive enfiévré à son cours. Maître, lui dit-il, il y a au café d'en bas une machine à faire de la musique aléatoire ! Ça s'appelle un flipper ! Intéressé, le compositeur promet de se rendre au café à la fin du cours pour découvrir cette intrigante invention.

Les voici donc une heure plus tard devant cette machine bien connue des piliers de bistrots, l'élève glisse une pièce dans la fente appropriée et commence à jouer devant Messiaen imperturbable. La boule s'élance, rebondit sur les champignons et autres bandes élastiques, déclenchant à chaque fois des cascades sonores dont on devine l'effet sur le cerveau magnifique du compositeur. A la fin de la partie, l'élève se tourne vers son professeur et lui propose d'essayer.

Messiaen se plante alors devant le flipper, actionne la tirette et le miracle se reproduit sous ses yeux ébahis : la boule s'agite en tous sens et en rebondissant elle produit les sons les plus saisissants qu'on puisse entendre. Seulement voilà, après son ballet frénétique de courte durée, la boule se met à redescendre en bas de la pente, il faut la ré-expédier là-haut dans les champignons sinon la partie est perdue, mais Messiaen médusé ne fait rien, il écoute, il regarde mais il ne bouge pas.

Et c'est alors que l'élève transi lui hurle :

MAIS FLIPPEZ, MAÎTRE, FLIPPEZ !

vendredi 25 juillet 2008

Espoirs et mensonges

L'industrie musicale ne va pas bien. Chez les Majors, hormis Universal, on continue les énièmes plans de licenciement et de restructuration. Chez les indépendants, certains flottent, d'autres coulent. Tout le monde serre les fesses. Le pire est sans doute qu'on commence à se rendre compte qu'il faudra entre trois et cinq ans, en étant optimiste, pour commencer à y voir un peu plus clair, mais à quel prix ? Combien de musiciens, de producteurs, de commerciaux devront sans faire d'histoires trouver un autre travail d'ici là ?

Pour tout arranger, quand on regarde ailleurs, les nouvelles ne sont pas franchement bonnes non plus. Notre planète suffoque sous la pollution. L'économie occidentale, d'une gloutonnerie maladive, est en train de se découvrir des crampes d'estomac fort désagréables. Le tout est orchestré par des médias anxiogènes, et nous avons une atmosphère contemporaine particulièrement délétère qui commence à me rappeler dans le Tintin "l'Etoile Mystérieuse" le bon vieux prophète Philippus annonçant la fin du monde et son cortège de peste et de choléra.

On espère cependant que le monde ne s'arrêtera pas de tourner, même s'il paraît en panne d'idéal et qu'il semble plus que jamais menacé par notre imprévoyance et notre aveuglement. Aussi il est important de ne pas se raconter d'histoires et de s'abrutir de mensonges prétendument palliatifs.

L'un d'entre eux que j'entends le plus souvent est le suivant : la vente de cd est moribonde, mais jamais la scène ne s'est aussi bien portée. Or, c'est complètement faux ! Les salles ont de plus en plus de mal à se remplir, c'est pourquoi certains programmateurs se rabattent sur des choix sûrs qui leur coûtent cher mais leur donnent encore quelques mois l'impression que tout est comme avant. Les autres bourrent leur salle d'invités comme autant de cache-misère, ou affrontent tout simplement des publics anémiques . Mais il faudra bien un jour ou l'autre faire face à cette réalité incontournable qui est que la musique dans son ensemble est en train de faire son deuil d'une époque dont les restes s'effritent sous nos yeux.

Ce n'est pas très gai, mais ce n'est pas une raison pour s'inventer des histoires, et ce n'est qu'en faisant face à la réalité que l'on pourra espérer avancer. Nous avons déjà perdu trop de temps à pourchasser des fantômes et à croire que notre simple puissance passée saura nous tirer d'affaire.

jeudi 5 juin 2008

A LA BONNE HEURE

Il y un peu plus d'un an, j'ai acheté au marché aux puces de Moscou une vieille montre qui me plaisait beaucoup. Toute simple, elle arborait discrètement la marque Poljot (une de ses grandes soeurs avait au poignet de Yuri Gagarin orbité autour de la terre, devenant ainsi officiellement la première montre à être allée dans l'espace), et dont un grand nombre de mauvaises copies attendent le premier pigeon venu pour le soulager de ses roubles.

J'hésitai le temps d'usage puis l'achetai et la mis à mon poignet. Un petit remontoir crénelé attendait le gras de mon pouce et de mon index pour réveiller la mécanique endormie. Je le tournai avec précaution car la montre était fine comme une femme et il ne fallait pas brusquer les ressorts... Je la portai à mon oreille, tic tac tic tac, elle avait l'air de marcher.

J'étais content, je l'aimais bien, et j'espérais maintenant qu'elle me donnerait une heure stable, ce qu'elle fit à travers trois décalages horaires successifs . Mais je n'arrêtai pas de la changer d'heure, ça ne voulait rien dire. Ce n'est qu'à mon retour à Paris que je pus tester sa fiabilité.

Elle fut décevante. D'un jour sur l'autre, elle accélérait de dix minutes, puis en perdait cinq. Je la remontai un peu tout le temps, je faisais des tests, en vain.

Je commençai à vérifier l'heure un peu partout, et puis voilà que je me rendis compte que l'heure de mon ordi, de mon portable, de ma moto, de l'horloge de la cuisine, de mon réveil, toutes étaient différentes... (je ne parle même pas des horloges dans les rues de Paris qui affichent des heures complètement fantaisistes).

Chacune accélère ou ralentit de façon constante selon sa petite logique propre, qu'elle soit mécanique ou électronique, chacune poursuit sa fébrile et microscopique erreur avec une obstination souterraine. Je fus tenté une seconde de METTRE TOUTES LES PENDULES À L'HEURE mais je me rendis soudain compte que l'idée même m'était très désagréable, tant par son totalitarisme que par l'inutilité de la démarche, car elles ne feraient que se décaler à nouveau tout aussi sournoisement.

Du coup j'ai commencé à aimer l'inexactitude de ma montre. Ayant des ancêtres russes, je me plais à imaginer qu'un peu de l'âme de mes aïeux, bouillonnants et fantasques, s'est lové dans ce petit boîtier et ordonne mes journées, tantôt languides, tantôt pressées. J'ai appris à la remonter aussi, matin et soir. Les écarts se sont calmés. Maintenant, elle se cale obligeamment sur l'une des autres heures de mon environnement, choisissant un jour l'une un jour l'autre.

Et puis elle entretient en toile de fond une incertitude permanente qui me semble tout à fait correspondre à mon paysage intérieur.