le blog de Laurent de Wilde

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mercredi 5 mai 2010

Citation

Entendu de la bouche de Billy Hart rue des Lombards :

" - Si on pointait un bazooka sur Chick Corea et qu'on lui disait : ok, motherfucker, maintenant tu choisis : le rythme ou l'harmonie ?

Il ferait arg, bon ben l'harmonie !

Si on pointait le même bazooka devant McCoy Tyner , il dirait euh grr bon ben le rythme...

Et si on disait à Herbie Hancock, alors enfoiré, tu choisis quoi, le rythme ou l'harmonie, en lui pointant le bazooka sur le nombril, tu sais ce qu'il répondrait ?

- non...

- SHOOT ME !"

mardi 4 mai 2010

Ouvrons l'oeil

Oh les amis j'en ai marre.

Je lis dans les journaux que la loi Hadopi sera bientôt opérationnelle, et qu'il appartiendra désormais aux internautes de répondre eux-mêmes de la sécurisation de leur adresse IP.

Pour cela il faudra théoriquement que chaque français installe sur son ordinateur un logiciel espion, fourni par le gouvernement, qui transmettra toutes ses données d'échanges à une officine privée chargée d'enquêter sur le téléchargement illégal.

C'est vraiment n'importe quoi. On est en plein délire Orwellien. Ce qui m'étonne, c'est que ça ne fasse tiquer personne...

Détail amusant : lors de la piteuse affaire dite des rumeurs de l'Elysée mettant en cause la fidélité des Premiers Epoux, le commissaire Péchenard (lauréat 2006 du Big Brother Award de l'ONG Privacy International) se hâta de déclarer publiquement que l'enquête avait été effectuée dans un cadre légal, sans doute pour se protéger du soupçon d'écoutes téléphoniques indues.

La preuve que tout était légal, a-t-il assuré, c'est que pour remonter la filière internet on s'est appuyé sur la loi Hadopi.

Voilà qui fait froid dans le dos. Pas même mise en application, cette loi sert déjà de justification à des enquêtes douteuses de moralité.

Bon courage pour la suite...

		

vendredi 23 avril 2010

A la lumière de mes récents déboires aéroportés...

...cette phrase attribuée à Phil Woods :

Swear to God, man, I play for free!

But they have to pay me a lot of money to take all this airline shit and get there!

Ce qui en français donnerait quelque chose comme :

Jte jure, mon pote, je joue gratos !

Mais ce qui leur coûte cher, c'est de me faire prendre tous ces putains d'avions pour y arriver !

jeudi 22 avril 2010

Imaginons

A l'instar de quelque 150 000 de mes compatriotes je me suis retrouvé quelques jours cloué au sol par la fureur du volcan. Heureusement c'était à La Corona en Espagne sous la bienveillante attention de l'organisateur Jordi Sunol, et ce fut l'occasion d'écouter de la merveilleuse musique, de rencontrer quelques collectionneurs passionnés, de boire de l'excellent vin et de découvrir ces étonnants et délicieux petits mollusques que sont les percebes, dont vous pouvez découvrir ci-contre toute la déconcertante étrangeté.

On les dirait vraiment venus de l'espace (ce qu'on ne voit pas sur la photo, c'est que ces espèces de becs de perroquet abritent...de minuscules tentacules !) . Avec mon esprit de l'escalier savonné par le vin blanc de Galice, je me suis pris à me demander : et si au lieu de venir des entrailles de la Terre, un évènement cataclysmique se produisait dans l'Espace ?

Bon, vous vous dites il va nous faire le coup de l'attaque des percebes venus d'ailleurs. Mais non, je pense à un truc un peu con genre une station spatiale qui explose, ou un gros météorite qui vient foutre le bazar dans nos petites affaires orbitales.

Et là, imaginons : plus de satellites. C'est-à-dire, plus de téléphone, plus d'internet, plus de télé, plus de navigation GPS, plus de surveillance. Un retour en arrière de quarante ans, sans les ressources alternatives de l'époque.

Autant dire un sacré foutoir.

Scénaristes, à vos plumes.

dimanche 18 avril 2010

le trac

Le trac est une chose terrible.

Je connais plusieurs musiciens d'une compétence et d'une musicalité sans reproches qui ont dû abandonner l'idée de faire de la musique leur métier, tant ce phénomène les paralysait au-delà de tout espoir.

Je suis moi-même sujet au trac (comme je l'imagine tous les "performing artists", je me souviens du batteur Tony Williams livide avant de monter avec son groupe sur la scène du Village Vanguard) et je suis conscient que ce trac est une forme d'auto-persuasion destructrice alimentée par des craintes que l'on se fabrique tout seul, sans raison objective. Ce trac apparaît souvent de façon inopinée, quand je ne m'y attends pas, souvent sans rapport avec l'importance de la performance. C'est normal d'avoir les choquottes quand on monte sur la scène du Châtelet, mais pourquoi dans un petit théâtre quand j'y joue le répertoire de Herbie Hancock ?

Néanmoins il faut bien y faire face.

Plusieurs techniques sont disponibles pour le musicien traqueur, la pensée positive, la respiration par le ventre, l'isolation avant le spectacle, voire le recours à des objets fétiches censés le protéger de cette calamité. Mais j'ai trouvé dans mon expérience personnelle une solution qui m'a bien aidé jusqu'à présent.

J'étais au lycée avec un garçon extrêmement brillant qui a fait une carrière universitaire impeccable. Spécialisé dans les vestiges de l'architecture militaire romaine, il a rapidement rejoint les rangs du CNRS où il continue d'exercer avec une sûreté indéniable ses multiples talents.

En discutant avec lui de l'organisation de ses journées de travail, voici le récit qu'il m'en faisait : le lundi, j'arrive au bureau que je partage avec mes collègues. Tout le monde lit l'Equipe en silence. Puis on va déjeuner, et quand on revient l'après midi, on discute des résultats sportifs du week-end.

Je ne saurai jamais assez le remercier de m'avoir raconté son emploi du temps du lundi. Me projetant mentalement dans son univers, il offre à mon imaginaire un monde exempt d'urgence ou de souci aux antipodes de ma terreur de monter sur scène. Et pour moi, ça marche.

Tant qu'il y aura des matchs le week-end.

C'est à dire jusqu'à la fin des temps.

vendredi 9 avril 2010

Le poulpe et le castor

J'ai vu à la télé un documentaire passionnant sur les poulpes. Ce sont des bêtes tout à fait extraordinaires. D'une intelligence rivalisant avec celle du dauphin, ce céphalopode n'est pas le prédateur de cauchemar qui hante notre imaginaire, mais au contraire un très paisible et discret sujet de la faune sous-marine.

Son utilisation défensive du fameux nuage d'encre est une merveilleuse trouvaille de non-violence efficace, il est capable de raisonnements logiques (ouvrir un bocal pour y chercher de la nourriture), il profite astucieusement des filets de pêcheurs pour y trouver son déjeuner captif et dispose autour de son habitat des coquillages et des bout de verre qu'on soupçonne à usage décoratif.

C'est surtout un animal timide qui adore se blottir dans des petits trous, bien à l'abri. C'est d'ailleurs ce qui fait son malheur car les pêcheurs, avertis de cette faiblesse, lui proposent de confortables petits pots de terre cuite au bout d'une corde qu'ils remontent prestement lorsqu'il s'y est installé. Une fois à la surface, le poulpe est tiré de son lit, sa peau retournée d'un geste brutal et définitif puis frappé sur la grève pour assouplir sa chair.

A l'opposé du poulpe, je vois le castor. L'entreprenant rongeur est un bâtisseur infatigable (au Canada il abat en moyenne 216 arbres par an) et n'hésite pas à détourner le cours d'une rivière pour s'assurer un logement sain. De nature sociable, il entretient avec les terriers voisins des relations pacifiques et dispose d'un éventail fourni de sons grâce auxquels il communique avec ses congénères.

Hélas ses remarquables talents d'architecte, qui ont pourtant émerveillé des générations de naturalistes, ont l'inconvénient de contrarier l'homme et son désir impérieux de contrôler le cours de choses en général et des rivières en particulier. Aussi fut-il déclaré nuisible et dûment exterminé pour cette impertinence, jusqu'à symboliser à ses dépens par la fameuse casquette en peau de castor de Davy Crockett le triomphe de l'homme sur la nature.

Pour moi le musicien de jazz est mi-poulpe, mi-castor. Il a la tranquillité solitaire et réflexive du poulpe qui cherche toujours un petit coin de label pour créer. Mais cela l'expose au risque de se voir un beau jour tirer la corde et de se retrouver à poil avec ses tentacules pour pleurer. Castor, il l'est aussi car il aime construire, détourner à grande échelle, mutualiser l'effort dans la réalisation. Mais aussi faut-il qu'il ait la sagesse de ne pas menacer les grands fleuves dont des gens très sérieux entendent contrôler le cours, faute de quoi il se retrouvera transformé en casquette de trappeur.

dimanche 13 décembre 2009

Citation du jour

Lu dans Le Gépard, de Guiseppe di Lampedusa, qui raconte le déclin annoncé d'un noble sicilien à la fin du XIXème siècle :

"Si on veut que les choses restent comme elles sont, il va falloir que ça change !"

jeudi 10 décembre 2009

De l'art d'être Français

Rien ne me surprend plus que le débat actuel autour de l'identité nationale.

Je trouve que poser la question, c'est déjà y répondre. En effet, il n'y a que des Français pour prétendre débattre d'un sujet aussi absurde.

Regardons un peu autour de nos frontières. L'Allemagne, la Belgique et l'Italie centralisées et unifiées telles que nous les connaissons sont issues d'un rêve républicain de la deuxième moitié du XIXème siècle. Leur identité nationale n'a au mieux guère plus de 150 ans. L'ancien royaume d'Espagne a basculé vers un régionalisme qui a conduit la Catalogne à une indépendance quasi totale. L'Angleterre, quant à elle, vient à peine de déposer les armes avec l'IRA. Tous ces pays seraient en droit de se poser la question de leur identité et ont tous ont connu des tensions très fortes menaçant leur intégrité nationale (séparation des deux Allemagnes, guerre civile espagnole, terrorisme irandais, mouvements séparatistes de l'Italie du Nord...). Je n'ai pourtant jamais entendu parler d'un grand débat chez nos voisins autour de leur identité nationale.

En revanche le France est solidement ancrée dans ses frontières plus ou moins définitives depuis Louis XIV, parachevant une lente unification entamée par Charlemagne 900 ans auparavant. Si à ce stade-là nous ne savons pas qui nous sommes, c'est que la France à son grand âge souffrirait d'Alzheimer collectif (ce qui n'est heureusement pas le cas) !

D'autre part si mon souvenir est exact, le débat est organisé par le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire (ouf). Cela voudrait-il dire que nous avons un ministre de quelque chose dont on ne sait pas ce que c'est ? Je suis résolument pour le questionnement philosophique, et je me réjouis à l'avance des Grands Débats Nationaux sur les intitulés des ministères : qu'est-ce que la Finance ? qu'est-ce que l'Education ? qu'est-ce que la Santé ? Nous y verrons certainement plus clair après !

Mais ce n'est là que discuter de la forme. Le fond est ailleurs, et tout le monde le sait. La vraie question posée est : l'immigration menace-t-elle notre identité nationale et si oui, comment l'en empêcher. Les calculs electoraux qui motivent ce débat sont clairs et on ne va pas s'appesantir dessus : Sarkozy essaie de rejouer le coup qu'il a fait au FN en 2007 et de leur piquer toutes leurs voix dès le premier tour. Mais là où le débat est absolument, typiquement et indubitablement Français, c'est que la question n'est pas posée directement, mais par insinuation. Et quand le malheureux maire d'un village de 40 habitants commet l'incroyable plouquerie de donner directement son avis (discutable) sur la question posée en disant qu'ils sont dix millions et qu'ils vont tous nous bouffer, alors la France entière, instigateurs du débat compris, lui tombe dessus à bras raccourci pour cause de faute de goût.

Aussi je pense que les plus inquiets d'entre nous pourront dormir sur leurs deux oreilles, car pratiquer l'art de la question posée pour ses sous-entendus à laquelle seuls les sots peuvent répondre, oui, ça , c'est vraiment Français !

mercredi 9 décembre 2009

Rassurant

De passage dans la belle ville de Toulouse, j'ai profité de l'occasion pour aller voir la cathédrale de Sainte Cécile d'Albi dont tout le monde me vantait la beauté unique.

Elevé au lait de Notre Sainte Mère l'Eglise, je peux dire en avoir visité un certain nombre. Si beaucoup m'ont frappé par leur splendeur architecturale, l'orgueilleuse démesure des cathédrales m'a toujours laissé une impression d'écrasement lugubre, comme s'il fallait rappeler à tout prix au fidèle l'insignifiante médiocrité de son existence et l'immense chemin qui le sépare de Dieu.

La construction de Saint Cécile débuta en 1277 pour sceller la fin de l'hérésie cathare dont Albi avait été l'épicentre. Après force tortures et passages au fil de l'épée, l'Eglise du Pape avait donc décidé de marquer le coup avec une construction qui attesterait de son indiscutable puissance. D'ailleurs, à la voir de l'extérieur, on dirait plus une forteresse qu'une cathédrale avec ses immenses façades de briques rouges et ses étroites meurtrières pour tout vitraux.

J'avoue que ce prologue ne me la rendait pas spécialement sympathique, et je garde de ma visite à Saint Pierre de Rome le souvenir d'un immense capharnaüm où s'entassaient comme à la foire des statues gigantesques de papes terrassant dragons et nègres avec un enthousiasme consternant.

Mais une fois passé le portail, tout change. L'architecture est de style gothique, mais sans les excès grandioses à la Notre Dame de Paris. Les proportions sont modestes, humaines, confortables. Tout ce qui peut l'être est peint, avec un modernisme du motif éblouissant et des scènes bibliques fraîches et vivantes. Le dôme au dessus de l'autel scintille d'un bleu vif qui n'a jamais été restauré depuis sa réalisation. Le choeur, ou jubé, est bordé de centaines de délicieuses petites statues de bois et de pierre, chacune différente, toutes expressives, incarnant les multiples prophètes de l'Ancien Testament et grands saints de l'Eglise, au milieu desquels trône Sainte Cécile à qui est dédié ce splendide édifice.

Ce qui est l'occasion de nous rappeler que sainte Cécile est la patronne des musiciens et qu'elle fut exécutée pour avoir enterré les corps des criminels condamnés à mort que le préfet Almachius jetait dans un charnier. Lorsque ce fut son tour d'être décapitée, le bourreau abattit sa hache à trois reprises sans réussir à terminer son sinistre ouvrage laissant saint Cécile se débrouiller toute seule sur la date de sa mort, qu'elle choisit trois jours après parce que c'est elle qui en avait envie.

Je pense que son martyr est familier à bien des membres de notre sympathique communauté de musiciens, et je tire un grand plaisir à savoir que notre sainte patronne est aussi splendidement logée. Pour ceux qui n'ont pas l'occasion de passer près d'Albi, voici l'adresse d'un site extraordinaire permet de la visiter en trois dimensions, prenez cinq minutes, vous ne le regretterez pas !

dimanche 20 septembre 2009

L'envers du discours

A l'occasion d'une exploration à travers la toile sur le pianiste mythique McCoy Tyner, je me suis retrouvé à rechercher un album fameux qu'il avait enregistré en 1975, intitulé Trident, dans lequel il joue du clavecin. En deux coups de souris je me retrouvai sur la page du site Universal qui vend cet album.

Et là, surprise : une reproduction de la couverture de l'album, une indication du temps total et les six titre du disque en écoute/vente. Qui joue quoi, où et quand le disque a été enregistré, sous quel label d'origine, par qui, qui sont les compositeurs des titres, tout cela n'est pas visible. Je clique sur "s'informer" et là un message s'affiche : cliquez sur le bouton “Écouter” ci-dessus pour accéder à la discographie de l'artiste. Je clique sur "écouter", ah merde je suis de retour sur la page d'avant. Je clique sur une des pistes : aucun son. Bon ça arrive parfois avec Safari, je change de navigateur et ré-essaye avec Firefox, même chose. Ah d'accord, encore un site qui marche pas pour les mac. Ah si, il faut cliquer sur "acheter", désactiver un pop-up et là le son se met en route. Super.

La coïncidence m'a frappé, c'était le jour où passait à l'Assemblée le texte sur Hadopi 2.

Je me suis alors souvenu des propos enflammés du président d'Universal, fort présent dans ce débat, au cours duquel il vantait les bienfaits de cette loi pour les artistes et la diversité de la musique en général. Que si seulement on donnait une chance à l'industrie contre la concurrence déloyale des pirates, on allait voir ce qu'on allait voir.

Moi je veux bien, mais je juge sur pièce.

Sur iTunes, qui survit depuis six ans dans la jungle du piratage, on me propose pour le même album un petit texte d'analyse qui cite les musiciens, donne la date de sortie et le label d'origine, plus une tribune libre aux utilisateurs.

Sur Amazon, pareil, sauf que les musiciens ne sont pas mentionnés, mais les avis d'internautes prennent le relais. Ah tiens essayons la Fnac. Alors là, c'est le pompon : le visuel de l'album, une tribune utilisateur désespérément vide et dans ce qui est appelé avec une ironie flagrante la fiche détaillée, on y voit : interprète McCoy Tyner, Editeur Universal, Date de parution juillet 95. Même pas les titres des morceaux, et une information erronée qui confond la date de sortie avec celle du rachat du catalogue par Universal...

Si ma mémoire ne me trahit pas, c'est l'ancien directeur général de la Fnac Denis Olivennes qui a mis en place son système de vente par internet. Détail amusant : lancé à grand renfort de communication, le site proposait à la vente en téléchargement des fichiers audio dotés des fameux verrous numériques (les DRM) dont tout le monde disait qu'ils étaient un obstacle à la vente et qui ont prouvé depuis leur inutilité. On rit moins quand on sait que ce sont les conclusions du fameux rapport Olivennes qui ont engendré les différentes moutures de la loi Hadopi.

Je ne pense pas que la saisie informatique des quelques infos de base concernant le produit qu'on veut acheter constitue un travail insurmontable pour des boîtes comme la Fnac ou Universal (pourtant propriétaire de l'enregistrement !). Avec une poignée de stagiaires, l'affaire est vite réglée.

L'ironie est que ces deux géants ont la chance d'être dominants sur le marché et pourraient à moindres frais montrer le bon exemple, voire même, soyons fous, proposer plus que les autres... Dans un environnement où le piratage contraint les sites légaux à proposer une valeur ajoutée, que faut-il donc penser de ceux qui ne vendent quasiment qu'un mp3 qu'on peut télécharger ailleurs gratuitement ou un disque dont on ne sait rien ? Les autres sites commerciaux le font mieux qu'eux, car ils considèrent avec raison que le contenu du produit qu'ils vendent est une information qu'ils doivent aux acheteurs, si ce n'est aux artistes.

C'est bizarre...Les deux plus vibrants avocats du droit des artistes sont ceux qui en pratique montrent le moins de respect pour eux, ainsi que pour les consommateurs en général...

Sont-ce à eux, avares en carottes mais prodigues en coups de bâton que nous devons confier les clés de notre avenir radieux ?

Et faut-il les croire quand ils réclament un droit qu'ils montrent si peu de goût à pratiquer ?

http://www.universalmusic.fr/artiste/mccoy--tyner/album/00025218672023=trident/

http://www.amazon.com/Trident-McCoy-Tyner/dp/B000000YXA/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=music&qid=1253358246&sr=1-1#moreAboutThisProduct

http://musique.fnac.com/a1692122/McCoy-Tyner-Trident-CD-album?Mn=-1&Ra=-28&To=0&Nu=1&Fr=0

dimanche 30 août 2009

Lignes de fuite

J'étais un peu ensuqué ce matin en arrivant à l'aéroport de Roissy. J'arrivais de Leeds où malgré mon réveil à 5h j'avais failli rater mon vol, et j'avais somnolé dans l'avion malgré l'odeur tenace des sandwichs au bacon chaud vendus à des prix exorbitants par des hôtesses au sourire d'un britannisme résolu.

Après une queue d'une demi heure pour passer les contrôles de police, je montais dans le cdgval (plus facile à prendre qu'à prononcer) qui m'extirpa du redoutable Terminal 3 réservé aux charters et autres locaustes pour me déposer en douceur au très civilisé Terminal 2F.

J'avais donc les yeux en chiffonette et les genous un peu faiblards en débarquant dans cet espace légèrement irréel, dur et lumineux, lorsque j'entendis des bruits de percussions, des chants et des cris. Je remarquai tout d'abord un bloc d'une vingtaine de CRS, noirs et luisants comme des hannetons mutants, qui constituait une sorte de bouchon humanoïde interdisant l'accès étroit à tout le pan arrière du bâtiment, puis je vis une petite foule de manifestants, visiblement des syndicalistes CGT dont certains étaient munis de petits drapeaux rouges aux insignes du syndicat, qui couraient dans tous les sens avec l'impétuosité d'un troupeau de chèvres survoltées. Enfin je découvris un cordon de policiers qui protégeait mollement l'accès au cdgval et à travers lequel s'aventuraient les voyageurs. Les percusyndycalistes dont on entendait les rythmes résonner dans tout l'aérogare étaient cachés par l'un des nombreux piliers du bâtiment qui interdisaient une vue globale de la scène et ajoutaient une touche sonore à l'irréalité de la situation. Un cameraman professionnel suivait les élans désordonnés du groupe et quelques voyageurs filmaient la scène avec leur portable.

Le plus étonnant était l'absence de violence dans ce spectacle pourtant d'une grande agitation. Les manifestants avaient l'air de beaucoup s'amuser. Les forces de l'ordre quant à elles ne semblaient pas particulièrement nerveuses, même si cette ébullition soudaine ne cadrait pas du tout avec l'ambiance hypersécurisée de nos aéroports.

Soudain, la horde désordonnée se rassembla et se mit à courir comme un seul homme en direction de la sortie du terminal en poussant des petits cris joyeux et en agitant ses drapeaux. Interloqués, les policiers restèrent quelques minutes en cordon qui ne protégeait plus rien du tout, puis se mirent à courir derrière les bruyants fuyards, les mains plaquées aux hanches pour empêcher le ballottement de leur encombrant équipement, mais pas comme des gendarmes après des voleurs, plutôt comme des gardiens de zoo derrière un troupeau de zèbres. Je les vis disparaître à leur tour, puis le bouchon de CRS s'émietta lentement en petites grappes d'individus redevenus humains et le calme revint dans le terminal.

Je n'étais plus très sûr de ne pas avoir rêvé la situation. Mais j'avais l'impression d'avoir vu quelque chose de très contemporain : une agitation générale qui sortait du cadre et qui se déplaçait vite, pour se fondre en quelques minutes dans une normalité qui tout à coup m'apparaissait comme bien fragile. Et je me demandais : cette ambiance bon enfant, le restera-t-elle très longtemps ?

vendredi 26 juin 2009

Papy prend le train

Confortablement installé dans un TGV matinal qui emmenait mon trio à vive allure vers Marseille, j'eus un geste malheureux qui me fit renverser le contenu d'une canette de coca en furieuse ébullition sur mon torse et mes jambes. La journée commençait bien.

Je me dirigeai en hâte vers les toilettes du train pour éponger les dégâts mais j'eus la surprise de constater que nous étions dans un TGV nouvelle génération dont le petit coin, comme on dit, était plus petit qu'il n'était possible d'imaginer. A vrai dire, j'avais l'impression de me trouver dans une navette spatiale. L'exiguïté y était d'une rigueur millimétrique et aucun robinet, aucun distributeur de papier n'étaient visibles. Seuls s'offraient à mon regard un bec verseur et le plan totalement lisse et intraitable d'un zinc étincelant.

En me penchant contre le robinet, je décelai un petit capteur infra-rouge à sa base : il fallait tout simplement mettre ses mains dessous pour faire couler l'eau. Tout automatique, c'est merveilleux. Je plaçai mes mains gluantes en position et attendis. Rien. Je les déplaçai légèrement de droite à gauche, toujours rien. D'avant en arrière, ah ça marche quand j'ai le bout de doigts qui touche la base du robinet. Merde, du coup l'eau me coule sur les poignets, je recule les mains, ça s'arrête.

Bon. Avec une main j'appuie sur le capteur pendant que de l'autre j'essaie de la rincer toute seule. Pas facile mais j'y arrive. Les doigts en petite coupole, je tente de me rincer le reste du corps en m'aspergeant de gouttelettes. Ça devient n'importe quoi. Du coup, mon coude fait un un angle bizarre avec mon corps et j'entends une soufflerie se mettre bruyamment en marche : j'avais excité un autre infra-rouge, celui du séchoir automatique qui lui marchait très bien et qui se mettait à caraméliser avec entrain le coca sur ma veste.

J'étais battu. Plusieurs choix s'offraient à moi.

1- retirer ma veste et mon pantalon, les plonger dans la cuvette des toilettes et tirer la chasse un bon coup pour les rincer

2- aller au bar, acheter une bouteille d'eau et taxer plein de serviettes en papier

3- tirer la sonnette d'alarme et attendre le contrôleur pour lui demander de me déposer en 1980, à une époque où aller aux toilettes ne constituait pas une aventure technologique aussi poussée.

Qu'auriez-vous fait à ma place ?

Indice : le bar était fermé à la suite d'une grève du personnel.

jeudi 25 juin 2009

Le petit prodige

De passage pour un concert dans la charmante ville de Tbilissi en Géorgie, il m'est arrivé quelque chose de très émouvant et inattendu, que je n'avais jamais vécu auparavant.

Après notre spectacle dans la très belle salle du conservatoire (sur un Steinway magnifique), les organisateurs nous invitèrent à dîner dans un restaurant des environs. Doté d'une large et accueillante terrasse nous nous apprêtions à y prendre nos quartiers nocturnes quand des tbilissiens du coin nous dirent non, non, come inside, come inside, alors nous sommes entrés.



Dans une salle toute en longueur trônaient au milieu un piano droit, collé contre le mur, une contrebasse dans un renfoncement et une batterie sur un petit tapis. Le batteur devait avoir soixante-dix ans, les cheveux tout blancs, tout sec, tout noueux, et il envoyait un swing serré et explosif dans le genre Roy Haynes. Le bassiste était tout jeunot, il tenait bien le temps et les harmos, la rythmique tournait ferme.

Au piano il y avait un môme en grosses baskets blanches qui arrivait visiblement à l'âge où les pieds et les mains poussent en premier. Il était tout brun tout menu et on me chuchota à l'oreille qu'il avait treize ans. Et ce que jouait ce gamin était monstrueux. Il improvisait sur "all the things you are" sur un tempo rapide et il jouait, il jouait, avec les harmos, le temps, sa rythmique, il jouait avec tout et c'était totalement sidérant de voir comment ce bout de chou avait tout compris de l'esprit du jazz.

Ce n'était pas un singe savant qui exécutait des sauts périlleux maintes fois répétés. Il jouait vraiment. C'était...prodigieux. Chacun de ses solos soulevait l'enthousiasme du maigre mais fervent public et quand il eut fini de jouer, il passa de bras en bras, qui le serrant contre lui, qui l'embrassant sur le haut de son petit crâne. Nous nous mîmes à discuter et il me demanda avec une intensité surprenante : c'est qui votre pianiste préféré ? Je rigolai et lui dis que ça changeait tous les jours mais que s'il y en avait un vivant pour qui j'éprouvais une immense et indéfectible admiration, c'était sans doute Herbie Hancock. Une ombre passa sur son regard et il me dit dans son anglais de cuisine : no ! jazz player ! I think Keith Jarret best jazz player of the world ! Nous continuâmes de parler et il m'apprit qu'il avait obtenu une bourse pour partir à la Juilliard School en septembre et que son professeur de modern jazz serait Kenny Barron.

Nul doute que cet enfant ne tardera pas à se faire remarquer à New York, et que son don ahurissant pour la musique lui donnera la possibilité de faire des choses immenses. Mais je demeure fasciné par l'aspect totalement arbitraire de ce talent prodigieux qui a fondu sur lui, un petit garçon de Tbilissi, Géorgie, et qui lui fait parler le jazz avec une sûreté aussi instinctive. C'est quasiment mystique, c'est un peu comme l'épiphanie pour les disciples de Jésus qui se retrouvaient à prêcher dans des langues qu'ils ignoraient la veille avec le petit feu follet du saint esprit au-dessus de la tête, on sent que c'est une force qui vient d'en haut, et ce môme a carrément une connection haut débit !

Je ne m'y attendais pas, et voilà : j'ai rencontré mon premier petit prodige du jazz !

Ah, j'oubliais ! Son nom : Beka Gochiashvili.

vendredi 17 avril 2009

L'affaire du rideau empoisonné

Enfumé par les vapeurs de ma grotte pythique, mes oracles n'ont pas tardé à me faire rougir. Au moment où j'écrivais l'entrée précédente de mon blog se dénouait une intrigue tout à fait cocasse à la chambre des députés, où 15 valeureux UMP s'apprêtaient à voter en douceur la fameuse loi Hadopi présentée comme un acte législatif capital.

Traîtreusement dissimulée derrière le tenture de l'entrée de l'amphithéatre, une vingtaine de députés socialistes a surgi à l'improviste au moment du vote et a ainsi obtenu une majorité contre le projet de loi.

Cette manoeuvre parlementaire d'une grande habileté tactique a le mérite de nous éclairer sur le décalage entre un Grand Débat National et la réalité du travail des députés. Car ce déraillage n'aurait pas été possible si, d'une part, les troupes UMP n'avaient été aussi tièdes (voire non concernées) sur le sujet, et d'autre part si l'Assemblée Nationale n'était en train de devenir une simple chambre d'enregistrement dont les représentants ne sont là que pour tamponner les voeux de notre bien-aimé président.

A ce dernier, on conseillerait donc d'affecter un peu moins de monde à sa sécurité personnelle (du jamais vu dans la cinquième république) et un peu plus à la défense de ses idées et de leur mise en oeuvre. Nul doute que ce cinglant affront stimulera chez lui sa mécanique propension à montrer ses biscotos et verrouiller de façon militaire le prochain vote de cette loi, remise à l'examen de l'Assemblée Nationale lors de sa prochaine session.

Ce n'est pas la première fois qu'un dérapage inattendu contrecarre les projets sécuritaires du gouvernement en matière de téléchargement illégal (on se souvient du déraillage inattendu de la loi DAVDSI la veille de Noël 2005), et il est difficile d'ignorer le fait que ce problème fondamental ne trouvera que difficilement une réponse adéquate de la part de nos législateurs, dont les convictions et les visions d'avenir semblent décidément bien désuètes et éloignées des solutions possibles à la résolution de cet épineux problème.

jeudi 9 avril 2009

Paris pétille

Insensible aux sombres mines qui hantent banques et ministères,

Paris fourmille, Paris frétille, Paris pétille !

Enchanté de participer à cette effervescence,

je convie mes amis parisiens à venir partager les bulles :

mardi 14 et mercredi 15 avril : PC Pieces Cité de la Musique de la Villette

avec la complicité vidéastique de Cedric Delport et d'Antoine Imbert ainsi que la présence d'un invité surprise sur quelques titres, Otisto 23 et moi-même vous présenterons en cet auguste lieu l'aboutissement de deux ans de tournée avec cette formation passionnante, avant de nous lancer dans l'enregistrement du très nécessaire volume II !

En première partie, le groupe Aufgang avec Rami Khalifé, Francesco Tristano et Aymeric Westrich

http://www.cite-musique.fr/francais/evenement.aspx?id=5460

vendredi 24 avril : Hommage à Freddie Hubbard au Divan du Monde

Dans le cadre de ma résidence mensuelle au Divan, je suis très fier de présenter cet hommage au trompettiste disparu avec un powerband exceptionnel : Stéphane Belmondo à la trompette, André Ceccarelli à la batterie et Thomas Bramerie à la contrebasse. Je pense que Freddie sera content.

http://www.divandumonde.com/agenda.html#2404

lundi 18 et mardi 19 mai : avec Eddie Henderson au Sunside

Ayant fêté tranquillement nos vingt ans de collaboration, Eddie et moi nous retrouvons au Sunside pour voir jusqu'où on peut aller après tant d'années. Son incroyable verdeur et son appétit de jouer me réjouissent à l'avance, et me rappellent qu'il est le dernier géant de la trompette de sa génération...

http://sunset-sunside.com

mercredi 20 mai : avec Alex Tassel "Movements" au Showcase

Festival "Esprit Jazz" de StGermain des Prés

Last but not least, je finis ce mois des trompettistes avec l'impérial Alex Tassel dont la pureté de son et la grâce mélodique ne cessent de m'émerveiller. Pour chauffer son bugle à blanc, il s'entoure pour cette soirée exceptionnelle de Jacques Schwartz-Bart au sax et... d'Eddie Henderson à la trompette ! Tous aux abris !

http://www.festivaljazzsaintgermainparis.com/festival-jazz-saint-germain-des-pres-paris-2009/fr/nuit-electro-jazz.html

vendredi 29 mai : avec Diane Tell au Divan du Monde

Ce concert exceptionnel présentera l'album que nous avons enregistré en février avec Diane. Cette chanteuse extraordinaire a exhumé des adaptations de paroles que Boris Vian a faites sur des standards de jazz de son époque, pour la plupart inédites, et sous la direction musicale de votre serviteur et superbement assisté de Laurent Robin, Darryl Hall et Christian Brun, nous avons accouché d'un album fort coquet !

http://www.divandumonde.com

samedi 30 mai : Trio Mystère au Sunside

Un mois de réjouissances ne saurait se terminer autrement que par un petit trio au Sunside et à l'heure où vous lisez ces lignes, le nom de mes partenaires n'est pas encore arrêté, et le répertoire non plus ! Eh oui c'est ça aussi le jazz !

http://sunset-sunside.com

Bon printemps !