Semaine cruciale

Pardon pour mon absence prolongée : les jours filent bien vite en ce moment...

J'aimerais revenir aujourd'hui sur mon sujet d'inquiétude permanent : le climat politique aux Etats-Unis. On ne s'en rend pas compte d'ici, mais la semaine qui se déroule en ce moment à Washington est d'une loufoquerie impensable en France.

Résumé des épisodes menant à cette semaine fatidique - rappelons que pour la première fois en quarante ans, et le Sénat et la Chambre des Députés sont en majorité Républicains.

Leur chef de groupe à la Chambre est Tom DeLay, surnommé "le Marteau", y fait régner une discipline de fer. Notoirement corrompu, il semblerait que sa majorité récente au Texas soit due à de multiples blanchiments d'argent et à un redécoupage avantageux de sa carte électorale.

Au Sénat, leur leader est Bill Frist, un chrétien conservateur de la plus belle eau, qui connaît également la bonne fortune d'être millionnaire. Théoriquement, son portefeuille, en grande partie investi dans la chaîne familiale d'hôpitaux privés, doit être géré par un "blind trust", c'est-à-dire des gestionnaires indépendants imperméables aux informations internes. Malheureusement, les dits gestionnaires ont vendu ses actions une semaine avant qu'elles ne connaissent récemment un affaissement notable, et ça sent le délit d'initié.

Le conseiller personnel de George Bush, Karl Rove, est l'homme-clé de son administration. Spécialiste en coups tordus, il n'hésite pas à diffamer ses opposants à coup de rumeurs infectes, à tel point que le bon George l'a surnommé "Turd Blossom", Fleur de Fiente ! Il est soupçonné d'avoir organisé une fuite dans la presse à l'encontre de Valérie Plame, le femme d'un employé de l'administration qui avait eu le culot d'écrire dans le New York Times que Saddam Hussein n'a jamais eu l'intention d'acheter de l'uranium enrichi au Niger, alors que Colin Powell dans son grand discours à L'ONU prétendait le contraire (ce qu'il regrettera amèrement et publiquement par la suite) ! Qui est cette Valérie Plame ? Une agent secrète de la CIA dont la couverture a explosé à la suite de cette fuite. Le crime est grave : un gouvernement qui expose à des fins politiciennes un de ses agents est coupable de trahison.

Dick Cheney, le Vice-Président, dont les pouvoirs et les idées vont beaucoup plus loin que celles de son Président-paravent, grand architecte de la guerre en Irak dont l'ex-compagnie Halliburton engrange miraculeusement les contrats frauduleux depuis son entrée à la Maison Blanche, est également soupçonné dans cette affaire, ainsi que son conseiller Lewis "Scooter"Libby

Reprenons : les deux chefs de majorité, le conseiller personnel du Président, le Vice-Président , son conseiller personnel, le tout premier cercle de George W. Bush, eh bien cette semaine, ils passent tous devant les juges ! Et ce ne sont pas des petits procés à l'amiable comme en France ! (vous imaginez Villepin, Sarkozy et Debré devant le juge la même semaine ?)Tom DeLay va laisser ses empreintes digitales, se faire tirer le portrait, libérer sous caution... Bill Frist est à un stade moins avancé dans la procédure, mais beaucoup disent que DeLay et lui sont cuits. Quant à Karl Rove, il est déja allé quatre fois chez le juge, et la dernière fois il faisait carrément la gueule en sortant... Que va décider l'impénétrable juge Fitzgerald, dont la détermination affole la Maison Blanche ? Une mise en examen de Libby, Cheney ou Rove serait dévastatrice à des degrés divers. Tout l'appareil Républicain pourrait s'écrouler. La réponse ? Cette semaine.

Le fond de cette enquête est également la façon dont l' administration Bush a délibérément menti sur les fameuses armes de destruction massives et amené l'opinion américaine à croire que Saddam Hussein était responsable des attaques du 11 septembre. Les américains sont en train de se réveiller avec une sacrée gueule de bois : le bourbier Irakien, l'Amérique sur-endettée, l'essence hors de prix, des désastres naturels en cascade gérés en dépit du bon sens, où sont les lendemains radieux promis par les néo-conservateurs ? 68% des américains pensent aujourd'hui leur pays va dans la mauvaise direction.

Cette semaine, une partie de ce drame va se dénouer.

Je place tout mon espoir dans ce pays qui, s'il a connu des moments noirs de son histoire, a toujours su réagir avec audace et volonté. J'espère que l'Amérique saura retrouver le bon sens qui lui a si cruellement fait défaut depuis que Bush a accédé à la présidence. Et que la poignée de profiteurs qui ont confisqué le pouvoir pour leur seul intérêt finiront par se plier à ce qui leur fait le plus horreur : la démocratie.

mar 18 oct 2005

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Laurent de Wilde

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