Résolution de la rentrée

Bon, j'ai arrêté de fumer. Ce n'est pas la première fois et, de tentative en tentative, je me suis rendu compte du bien fondé de cette lapalissade : ce n'est pas d'arrêter qui est difficile, mais de ne pas recommencer.

Quoiqu'il en soit, je suis redevenu beaucoup plus attentif à tout ce qui concerne la cigarette. Grâce à mon odorat retrouvé, je repère à vingt pas le fumeur invisible, dont l'arôme m'est porté par le vent. Je m'irrite contre celui qui allume à table sa troisième cigarette depuis le début du repas. Je surprends même le geste de celui qui cherche son paquet quand il rentre dans une pièce remplie de gens qu'il ne connaît pas. L'oeil, le nez sont à l'affût de ce que la bouche a répudié.

Par le mécanisme bien connu de défense mentale, tout fumeur est donc devenu à mes yeux une sorte de mort-vivant, sans la moindre conscience de son asservissement - sinon il arrêterait, n'est-ce pas ?

Mais il y a un geste que je prends toujours plaisir à voir, bien que ne l'ayant jamais pratiqué moi-même. On aperçoit parfois à la sortie d'un tabac un fumeur frapper avec véhémence le nouveau paquet du côté du filtre contre sa main à plat, plusieurs fois, bruyamment. Ceux qui le font disent que c'est pour mieux tasser le tabac contenu dans la cigarette, accroissant leur plaisir de fumeur.

Je n'y crois qu'à moitié. D'abord parce que quand on fait ça, on laisse au bout de la cigarette un petit rouleau de papier vide de tout tabac qui s'enflamme joyeusement quand on l'allume : gare aux sourcils ! Mais surtout parce que ça m'a toujours semblé être une sorte de punition pour la cigarette, comme une bonne correction que l'on donne d'une main ferme, nerveuse mais inflexible à ce paquet de clopes si mauvais pour la santé. Voilà comment on les traites, ces tiges de rien du tout. Et puis après, on les fume.

Mais ce que j'aime surtout, c'est cette façon sérieuse, latine, concentrée, de faire un petit rythme de quelques mesures qui exprime à lui seul tout l'énervement du fumeur qui se sait pris au piège. Et celui-là, faut pas l'emmerder.

jeu 7 sep 2006

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Laurent de Wilde

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