Réflexions estivales

Le disque est en train de mourir à petit feu. Oh, il continuera à vivoter, entretenu par des succès épisodiques ("coup de boule", star-ac...) qui tenteront de nous faire croire que la machine tourne encore, mais ne nous y trompons pas. D'ailleurs le SNEP (Syndicat National des Editeurs Phonographiques) a unilatéralement décrété qu'un disque d'or ne se gagnait plus à 100 000 mais à 75 000 ventes. Une dévaluation de 25% ! Grosses fissures dans la façade...

Mais l'économie du disque est structurée de telle façon que, pour que tout le monde puisse continuer à manger malgré les pressions financières énormes qui pèsent sur son avenir, eh bien le système doit continuer en l'état coûte que coûte.

Ce sont donc les petits qui font les frais de cette bataille darwinienne : le distributeur indépendant Night and Day vient de mettre la clé sous la porte, la FNAC centralise son bureau d'achat pour ne plus avoir à s'embêter avec les représentants des petits labels qui font du porte-à-porte dans chaque magasin, bref le système se débarrasse de ses maillons faibles pour conserver les gros de la chaîne.

Une bien étrange attitude qui consiste à croire qu'on peut garder le tronc sans les branches, le poulet sans les plumes et Monk sans les fausses notes.

A l'échelle d'un musicien de jazz, à quelques très rares exceptions près, le disque n'est plus une façon de vivre de sa musique, loin s'en faut. Atteindre le seuil de la rentabilité, c'est-à-dire ne pas perdre d'argent dans l'affaire est devenu un but honorable et méritoire en soi. Sortir un disque (abstraction faite du besoin d'enregistrer de la musique et de s'exciter sur des nouveaux projets) est une façon de rester tout simplement dans le circuit.

Car même si les CD ne se vendent plus, leur système de commercialisation demeure intact : label, marketing, presse, mise en place en magasin, promo, toutes ces étapes constituent un passage obligé pour continuer à décrocher des concerts qui, eux, aident à vivre au jour le jour artistiquement ET financièrement. Tel que le business est structuré aujourd'hui, nous sommes obligés de passer dans les tuyaux fatigués d'une vieille machine rouillée, percée par endroits, mais seule valide pour continuer à diffuser notre musique.

Et l'internet alors ? Que reste-t-il de la belle fièvre de l'an 2000, où AOL rachetait Time-Warner ? Où l'avenir du commerce s'imaginait en technicolor, ruisselant en source d'abondance dans les infinies arborescences du web ?

Pas grand'chose, il faut l'admettre. C'est une compagnie d'ordinateurs, Apple, qui a mis au point un système de vente de musique sur le web. Cinq ans après (l'iPod date de 2001), les majors se réveillent et tentent bien maladroitement de saper cette hégémonie en imposant une inter-opérabilité des formats qui casserait le monopole Apple. Cette inter-opérabilité (la possibilité d'écouter le fichier sur des supports différents), soit dit en passant, est une belle arnaque dans la mesure où elle assortie d'importantes limitations et programmes espions (DRM) qui communiquent à l'insu du consommateur moult détails personnels au label qui les exploite...

Pour compléter ce riant tableau, il me faut enfin évoquer un environnement politique et juridique extrêmement nébuleux. Ministres et legislateurs sont soumis à des pressions de lobbies dévastatrices qui font de l'Assemblée Nationale une sorte de Chambre de Enregistrements Secrets, avec des lois votées la nuit du 23 décembre, puis revotées car elles n'allaient pas dans le sens des majors, débattues puis piétinées par un Conseil Constitutionnel complaisant, répressives à un degré tel que le ministre lui-même intervient pour dire que la loi sera promulguée mais non appliquée aux particuliers (ça vous dit quelque chose ?). De toute évidence, tous les coups sont permis et la sottise vole en épaisses nuées.

BREF, n'attendons de secours ni de l'industrie, ni des politiques dont les intérêts parfois convergents ont depuis longtemps quitté les rives du bon sens et de la responsabilité. Malheureusement ce sont eux qui exigent le droit d'être à la barre de ce bateau dont ils convoitent les richesses mais en ignorent les pénibles exigences.

Tout ça pour dire que j'entends depuis quelques temps que l'internet développe les marchés de "niche". Qu'il facilite le commerce personnalisé. Fort bien, fort bien.

Essayons donc. D'ici septembre, je proposerai sur mon site des titres d'albums dont je suis propriétaires de droits (6 de mes 10 disques) et dont certains sont d'ailleurs introuvables car épuisés. Le format en sera du MP3 accessible à tous lecteurs, quitte à en rendre possible la copie.

En l'état actuel, le but de l'opération est non pas de gagner de l'argent, mais de ne pas en perdre (toute une philosophie), tout en découvrant et éprouvant ce nouveau système. Entendons-nous bien : je trouve que le CD est une invention formidable, qu'on devrait absolument continuer de l'utiliser, que le MP3 et immatériel, donc faillible, ténu, et peu digne de confiance. J'ai toujours mes vinyls et je garderai toujours mes CD. Pour moi le MP3 est un peu comme la mini-cassette de l'époque : une façon un peu cheap d'emmener de la musique partout avec soi. Que ce soit ce mode de consommation qui demande à s'imposer aujourd'hui est un fait navrant mais incontournable. Et comme on ne m'a pas demandé mon avis, je suis bien forcé de faire avec.

En avant, donc.

mer 2 août 2006

Commentaires (0)

aucun commentaire

Laissez-nous un commentaire

Auteur *
 
E-mail
L'email si vous le saisissez ne sera pas visible en ligne, mais nous permettra de prendre contact avec vous pour vous répondre.
 
Message *
 
Recopiez l'image clé
  • 0
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
 
 
 
 
 
 
 
Laurent de Wilde

Elements de navigation

Moteur de recherche