Périlleux répit

Dans quelques jours sera sans doute adoptée la loi Hadopi tentant de contenir le téléchargement illégal, responsable unique, s'il faut en croire le consensus général, de l'effondrement du marché de la musique.

En bien des points, son approche tactique me rappelle celle des grandes années Bush : attaque préventive, sécurisation du périmètre, instauration de la démocratie de marché (en général, c'est la première phase qui est la plus réussie).

D'un point de vue légal, je suis gêné par deux choses. D'une part le Parlement Européen s'apprête dans quelques mois à débattre d'une loi allant à l'encontre de la coupure internet préconisée par la loi française, ce qui la rendrait incompatible avec le droit européen. Bon, la loi n'est pas encore votée, on verra bien.

Mais le plus inquiétant est le principe généralisé de la justice automatique qui a connu ces dernières années avec les radars routiers un essor spectaculaire. Il me semble que les mots justice et automatique ne font pas bon ménage, et la banalisation progressive de leur association me rend très inquiet sur leur expansion future à d'autres champs de criminalisation.

D'un point de vue pratique je comprends le désir de l'industrie de se ré-approprier un marché qui lui échappe depuis un moment. Les mesures répressives auront certainement un effet dissuasif pendant deux ou trois ans, après quoi la vague internet reprendra le dessus avec une légère correction de course imprimée justement par ces quelques années qui viennent.

En définitive, les instigateurs de cette loi ont bataillé chèrement pour avoir le droit de reprendre la direction des évènements. Cette bouffée d'oxygène temporaire devrait leur servir à proposer des modèles de consommation intelligents, ouverts et économiques, mais c'est un sursis dont il leur faudra profiter avec diligence. La piètre qualité d'adaptation qu'ont démontré ceux-là mêmes qui entendent nous montrer où va l'avenir ne plaide pas en leur faveur, et rien ne dit que de retour aux affaires leur gloutonnerie en sera calmée.

Espérons donc que ce sursis sera fertile, faute de quoi le divorce sera consommé.

mer 8 avr 2009

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Laurent de Wilde

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