Le trac

Le trac est une chose terrible.

Je connais plusieurs musiciens d'une compétence et d'une musicalité sans reproches qui ont dû abandonner l'idée de faire de la musique leur métier, tant ce phénomène les paralysait au-delà de tout espoir.

Je suis moi-même sujet au trac (comme je l'imagine tous les "performing artists", je me souviens du batteur Tony Williams livide avant de monter avec son groupe sur la scène du Village Vanguard) et je suis conscient que ce trac est une forme d'auto-persuasion destructrice alimentée par des craintes que l'on se fabrique tout seul, sans raison objective. Ce trac apparaît souvent de façon inopinée, quand je ne m'y attends pas, souvent sans rapport avec l'importance de la performance. C'est normal d'avoir les choquottes quand on monte sur la scène du Châtelet, mais pourquoi dans un petit théâtre quand j'y joue le répertoire de Herbie Hancock ?

Néanmoins il faut bien y faire face.

Plusieurs techniques sont disponibles pour le musicien traqueur, la pensée positive, la respiration par le ventre, l'isolation avant le spectacle, voire le recours à des objets fétiches censés le protéger de cette calamité. Mais j'ai trouvé dans mon expérience personnelle une solution qui m'a bien aidé jusqu'à présent.

J'étais au lycée avec un garçon extrêmement brillant qui a fait une carrière universitaire impeccable. Spécialisé dans les vestiges de l'architecture militaire romaine, il a rapidement rejoint les rangs du CNRS où il continue d'exercer avec une sûreté indéniable ses multiples talents.

En discutant avec lui de l'organisation de ses journées de travail, voici le récit qu'il m'en faisait : le lundi, j'arrive au bureau que je partage avec mes collègues. Tout le monde lit l'Equipe en silence. Puis on va déjeuner, et quand on revient l'après midi, on discute des résultats sportifs du week-end.

Je ne saurai jamais assez le remercier de m'avoir raconté son emploi du temps du lundi. Me projetant mentalement dans son univers, il offre à mon imaginaire un monde exempt d'urgence ou de souci aux antipodes de ma terreur de monter sur scène. Et pour moi, ça marche.

Tant qu'il y aura des matchs le week-end.

C'est à dire jusqu'à la fin des temps.

dim 18 avr 2010

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Laurent de Wilde

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