Le captif du silence

Entravé à son lit, Antoine entendit résonner les pas désormais familiers de son étrange ravisseur. N'était cette chaÎne qui lui rappelait par son constant cliquetis sa condition de détenu, il n'avait pas à se plaindre d'une captivité qui lui évoquait un repos forcé dans un hôtel de luxe. La porte s'ouvrit et le visage connu s'afficha dans l'encadrement. Comme chaque jour, l'homme tira une chaise en face d'Antoine et se mit à lui parler comme si leur conversation quotidienne n'était interrompue que par les intrinsèques vicissitudes de la vie.

Voyez-vous Antoine, dit-il en passant sa main sur sa calvitie luisante et tachetée, il y a plusieurs sortes de silence. Je pense même qu'il y en a un nombre infini. Au départ il est notre condition primordiale, celle d'un être seul au monde, que le nouveau-né s'empresse de conjurer par ses vagissements frénétiques. Et puis en société, nous inventons le silence à plusieurs, et cela mon cher est une invention diabolique. Alors il y a le silences désirés, qui sont comme une sorte de jardin d'Eden avant la pomme, les silences courroucés, les silences lourds, les silences mutins, les silences bourrés de sous-entendus, les silences de consentement, les silences de déni, les silences d'hébétude, la liste est inépuisable. Le silence est comme un mot qui voudrait dire tous les autres mais qu'on entend pas. Vous me concèderez que c'est très troublant. Surtout quand on prend en compte celui qui rôde à toute heure et en tout temps, celui qui nous taraude la nuit et nous hante le jour : le silence qui ne veut rien dire.

dim 26 fév 2012

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Laurent de Wilde

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