La vie des songes

Il y a quelques semaines, nous nous sommes produits au Palace Akropolis de Prague. Le concert était super, la ville saisissante de calme et de beauté, le public enthousiaste et l'accueil chaleureux, bref c'était parfait.

J'aimerais cependant m'attarder sur un détail certes périphérique à la musique mais d'une trivialité incontournable : les draps de couchage. Mes voyages dans les pays dits "de l'Est" m'ont instruit de bien étranges coutumes intimes dont les plus troublantes sont sans doute l'absence de rideaux aux fenêtres (Skopje en Macédoine) ou encore des chambres plus hautes que larges, à la suite du rédécoupage de volumes somptueux témoins d'une splendeur passée (Russie).

Mais le mystère le plus impénétrable demeure celui des couettes de lit. Mettons-nous d'accord : je suis moi-même un adepte de la couette que je considère en tous points supérieure à notre combinaison drap de dessus-couverture (accompagnée dans les hotels de province par l'impayable polochon, sujet lui-même de bien des étonnements étrangers). La conservation de la chaleur est plus efficace, la modulation accessible à tous types et tailles de dormeurs et le lit est plus vite fait. Le seul argument en faveur de la couverture est son volume de rangement plus réduit que celui de l'encombrante couette (quoique j'aie fait l'acquisition de housses en plastique qu'on met sous vide avec un aspirateur, mais on s'éloigne du sujet).

Nos voisins orientaux ne s'y sont pas trompés, qui utilisent tous ce moyen de couchage parfaitement abouti. Mais à la différence de nos amis suisses, allemands et scandinaves qui conçoivent des couettes amples dont la housse comporte une petite queue pour la border au bout, on trouve dans les pays de l'Est des couettes qui font EXACTEMENT la taille du lit. Pas moyen de border ce maudit drap ni sur un côté (trop court) ni au bout (trop court). Le dormeur qui se retourne dans son sommeil entraîne ainsi avec lui un chiffon furtif qui, prétendant le couvrir, laisse exposé au froid plus d'une partie intime de son anatomie assoupie.

J'ai le souvenir d'une nuit particulièrement glaciale de janvier dans un hôtel en Pologne où, trouvant consciencieusement pliées côte à côte sur mon lit une housse de couette et une couverture (toutes deux aux dimensions millimétriques de la surface du matelas), j'ai dû réveiller le gardien de nuit pour obtenir une deuxième couverture, seul moyen d'assurer un couchage fiable. Dédaignant en effet la combinaison proposée (mettre la couverture dans la housse) dont j'avais déjà expérimenté les défaillances, je me suis introduit dans le drap ainsi transformé en sac de couchage et me suis recouvert des deux couvertures bordés en travers des deux cotés du lit.

Je comprendrais un tel système s'il s'appliquait à des gens de petite taille, mais les gens de l'Est sont d'une moyenne plutôt grande, et je crois savoir que les Yougoslaves comptent parmi les meilleurs basketteurs de la planète. Il est physiquement impossible de passer la nuit sous ces couettes sans avoir une jambe, un bras ou pire qui dépasse à un moment de la nuit. Le résultat est qu'on dort chichement et qu'on se réveille transi et chiffonné, dans un état qui rappelle ce que j'imagine être l'ambiance dépressive des années soviétiques.

Le lit étant l'endroit le plus fréquenté dans la vie d'un être humain, je suis sincèrement convaincu que son agencement est un facteur fondamental de l'existence. Entretenir une telle insécurité dans l'expérience la plus intime qui soit, le sommeil, relève pour moi d'un sadisme profond.

J'ai posé la question à plusieurs adeptes de la Couette Millimétrique. Eh bien ils m'ont tous répondu la même chose : on s'y habitue très bien.

mar 22 nov 2005

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Laurent de Wilde

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