Exception

Je n'aime pas trop parler de politique sur ce blog. Tout d'abord parce que je n'ai pas d'idée très claire sur la société idéale et les moyens d'en convaincre mes contemporains, et ensuite parce que c'est un genre littéraire déjà très couru auquel ma prose n'apporte guère plus que la proverbiale goutte d'eau dans l'océan. Enfin, je me suis promis cette année de consacrer cette page à des sujets susceptibles de nous éloigner de nos soucis quotidiens dont l'importance ne fait hélas que s'accroître.

Ces précautions prises je ne peux m'empêcher de réagir à la récente nomination d'Eric Besson au poste de ministre de l'Immigration et de l'Identité Nationale. Créée par notre président lors de la constitution de son premier gouvernement, cette dénomination m'avait révulsé à l'époque. J'appartiens à une génération qui n'a pas connu la guerre, mais dont les parents en ont plus que bavé et j'ai été élevé dans une certitude : plus jamais ça. Or cette idée d'Identité Nationale me semblait exhaler des relents pétainistes jamais sentis depuis, et indiquait un retour aux idées nauséeuses que la France du Maréchal avait épousées avec un abandon suspect.

Il s'agissait bien entendu pour Nicolas Sarkozy de remercier la frange lepeniste de son électorat qui a délaissé son chef naturel pour voir enfin ses idées portées au gouvernement. En gros, en plaçant Brice Hortefeux à ce poste, on allait enfin se débarrasser de nos immigrés. Un ministère de l'Immigration aurait suffi, mais non il fallait donner à cette politique une patine conceptuelle qui comprendrait une réflexion sur l'identité nationale.

Comme il fallait s'y attendre, cette partie-là du programme n'a guère avancé. Les communiqués triomphants de notre ministre sur l'excellence de son travail d'expulsions, même s'ils étaient grossièrement trafiqués pour se plier à la sacro-sainte religion du résultat (dont nous voyons les effets néfastes dans l'écroulement de notre système bancaire et financier), n'ont guère offert d'avancées sur le volet théorique de sa tâche, pour la simple raison qu'aller plus loin aurait porté au grand jour les présupposés racistes et xénophobes d'une telle pensée.

Le temps s'écoulant, je vis avec stupéfaction Nicolas Sarkozy proposer aux écoliers français d'adopter la mémoire d'un enfant juif gazé par les nazis, alors qu'il employait contre les immigrés une terminologie issue du même régime de Vichy qui envoyait ces enfants dans les camps : nous étions dans un galimatias épouvantable d'images et de vocabulaire contradictoires (que pense le Front National des juifs, déjà ?) qui ne s'adressait non à la raison, mais à des slogans et des images d'une vacuité révoltante. Le fait que notre président, fils d'immigré, en partie juif, appuie avec une telle désinvolture sur tous les boutons disponibles de la culpabilité ou de la haine de l'autre dans ce qu'il croît être une idée positive de la grandeur et de la rectitude morale de la France m'avait semblé consternant.

Mais je dois admettre que cette inconséquence qui caractérise notre omni-président, plus préoccupé par les effets d'annonces et les victoires immédiates que par le bon sens et le goût des choses bien pensées et bien faites, a pris un tour que je ne peux m'empêcher de trouver savoureux. En effet lors de son récent remaniement ministériel j'ai eu la surprise de voir Eric Besson nommé à ce honteux ministère. Pour mémoire, Eric Besson est un ténor socialiste, auteur de pamphlets au vitriol, notamment sur l'immigration, contre Nicolas Sarkozy, et qui, sentant aux dernières élections le vent tourner, a trahi son camp sans états d'âme pour rejoindre celui qu'il dénonçait quelques semaines auparavant. Voilà un homme, me disais-je, qui n'a pas peur de son manque d'honnêteté. En récompense, il obtint une place confortable dans le gouvernement et je pensais que l'affaire s'arrêterait là.

Mais en lui confiant les clés de ce ministère, Sarkozy a fait preuve d'une grande clairvoyance et d'une délectable cruauté. J'ai du mal à croire qu'élevé dans la rhétorique socialiste, Besson n'ait pas une aversion pavlovienne pour le terme d'identité nationale. Mais notre président a su reconnaître en lui le vrai, l'authentique, l'éternel Traître Absolu, celui qui quitte la résistance pour rejoindre la milice, celui dont la honte et le ressentiment alimente une haine perpétuelle de soi et d'autrui. Le voilà maintenant publiquement marqué au sceau de l'infâmie et c'est Sarkozy qui en le mettant à table devant cette infecte soupe à la grimace a su le révéler à sa juste valeur.

Nul doute qu'il fera un excellent ministre.

mer 28 jan 2009

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Laurent de Wilde

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