Du sexe des pommes

De passage récemment dans la bonne ville de New York, je me disais combien cet endroit était peu sexy. C'est quelque chose que j'ai toujours senti sans en être conscient, et le fait de ne pas y retourner pendant quelques années m'a donné le recul nécessaire pour en réaliser l'énormité.

Comment, New York, capitale du monde libre ? Pas sexy ? Cette ville où tout se crée, tout se décide ? Où les Arts disputent à la Finance la créativité, le panache, la toute-puissance ?

Eh bien oui, je le répète, je trouve que New York n'est pas sexy. Tout d'abord à cause du comportement des gens. On est très méfiant à New York. L'intimité ne se dévoile pas comme ça, car c'est le seul ressort qui doit tenir dans cette immense machine à nourrir ou piétiner les ambitions. Et puis les rapports entre les sexes sont je trouve pour un Français incroyablement antagonistes, comme s'il était écrit qu'il fallait pour s'aimer que les hommes se vengent des femmes et vice-versa. Aimer, ce serait soumettre ?

Mais c'est surtout la ville elle-même qui me donne cette impression. En fait tout y est érection. Les gratte-ciels, les grandes avenues, le traffic, le business, les gens, tout est tendu, dur, efficace. Les fenêtres des immeubles, par exemple : elles sont à fleur de façade, à guillotine, comme on dit. A l'opposé des fenêtres à battants qui s'ouvrent vers l'intérieur ou l'extérieur et qui créent cet espace imprécis, ambigu, ni dedans ni dehors, où les femmes s'accoudent les soirs d'été et où l'intime se suggère sans se donner, les fenêtres new-yorkaises sont claires et nettes, ouvertes ou fermées, lisses, sans volets.

Et puis on marche vite à Manhattan. Le quadrillage arithmétique des rues et des avenues permet à l'esprit de se projeter avec aisance dans l'espace et le temps. Un bloc de rue égale deux minutes, un bloc d'avenue cinq minutes, on détermine les distances et les trajets avec facilité et précision. Et puis il y a quasiment toujours des taxis. On se matérialise d'un bout à l'autre de la presqu'île comme par magie, c'est le triomphe de la volonté sur la matière.

L'ironie veut que Manhattan ressemble sur la carte à une verge au repos. Mais quand on y est pour de vrai, c'est là qu'on voit que ce phallus est en érection constante, que chacun s'abreuve de cet enivrant désir de dureté, de puissance propre et lisse, tout gonflé de cette semence qui fécondera le monde... C'est génial, d'être en érection comme ça, tout le temps, en état de priapisme urbain, et l'on comprend pourquoi cette ville fascine tant l'imagination.

On comprend comment aussi comment ailleurs dans le monde cette virile énergie se dissout jour après jour dans la complexe ambiguïté des amours androgynes qui font tout le charme de nos vieilles cités.

mar 25 mar 2008

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Laurent de Wilde

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