De la politesse française

Une récente étude publiée dans la presse a organisé un classement des comportements au volant en Europe. Surprise ! La France arrive en dernier, ou plutôt en première place des plus mal-polis. Ça ne m'étonne pas le moins du monde. Bien lointain est le temps où le français était la langue des diplomates et des têtes couronnées, et où l'imparfait du subjonctif suggérait un monde de nuances et d'amabilités.

La survivance de cet âge d'or ne subsiste plus que par une parodie de politesse dont on ne perçoit plus aujourd'hui que la menace en creux. Un exemple. J'étais il y a quelques semaines au restaurant avec un copain en province. Assis à une table derrière nous se trouvaient un homme d'une quarantaine d'années, plutôt relax, jean - chemise, et ce qui semblait être sa vieille maman.

Peu après nous être installés, l'homme nous signala gentiment que la veste de mon copain était tombée par terre et la ramassa pour nous : les chaises du resto avaient un dossier arrondi, et il était impossible d'y suspendre un vêtement. Tenez, dit-il, votre veste, elle est tombée. Puis il assortit cette amabilité d'un commentaire que je trouvai parfaitement français : je vous préviens, ajouta-t-il, c'est la dernière fois que je vous la ramasse...

Cette mise en garde contredisait directement le geste qu'il venait de faire. Il nous signifiait que sa politesse était forcée, qu'il y avait des limites, et qu'il ne fallait pas le prendre pour un con. Et c'est là qu'est tout le problème. En voyageant à l'étranger, je me suis vite rendu compte qu'on peut facilement repérer les Français dans un groupe d'occidentaux : ce sont ceux qui ont peur d'être pris pour des cons. Mettez deux couples de Français qui ne se connaissent pas dans un wagon de métro new yorkais et vous les verrez se fuir consciencieusement. D'ordinaire, le touriste est grégaire, et il aime retrouver des compatriotes en milieu plus ou moins hostile. Pas le Français. Il a trop peur d'être pris pour un con.

L'arrogance française connue dans le monde entier ne serait-elle qu'une peur maladive d'être mal jugé et de se faire rouler par excès de naïveté ? Je vous laisse vous faire votre propre idée et vous laisse sur une nouvelle question. Vous avez sûrement remarqué ce dernier geste de courtoisie française d'usage quotidien dans le métro parisien : vous êtes dans un couloir à une vingtaine de mêtres d'une porte, et voilà que gentiment quelqu'un qui sort vous la tient. Seulement la distance est grande, et la personne qui vous oblige est pressée, ça commence à faire longtemps qu'elle tient la porte alors vous pressez le pas, vous êtes impliqué sans avoir rien demandé dans un échange de politesses qui maintenant vous oblige à aller vite, mais vous n'y êtes pas encore...

Et ces dernières secondes avant d'atteindre la porte ?

Vous ne les trouvez pas... ambiguës ?

mar 16 mai 2006

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Laurent de Wilde

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