De l'art d'être Français

Rien ne me surprend plus que le débat actuel autour de l'identité nationale.

Je trouve que poser la question, c'est déjà y répondre. En effet, il n'y a que des Français pour prétendre débattre d'un sujet aussi absurde.

Regardons un peu autour de nos frontières. L'Allemagne, la Belgique et l'Italie centralisées et unifiées telles que nous les connaissons sont issues d'un rêve républicain de la deuxième moitié du XIXème siècle. Leur identité nationale n'a au mieux guère plus de 150 ans. L'ancien royaume d'Espagne a basculé vers un régionalisme qui a conduit la Catalogne à une indépendance quasi totale. L'Angleterre, quant à elle, vient à peine de déposer les armes avec l'IRA. Tous ces pays seraient en droit de se poser la question de leur identité et ont tous ont connu des tensions très fortes menaçant leur intégrité nationale (séparation des deux Allemagnes, guerre civile espagnole, terrorisme irandais, mouvements séparatistes de l'Italie du Nord...). Je n'ai pourtant jamais entendu parler d'un grand débat chez nos voisins autour de leur identité nationale.

En revanche le France est solidement ancrée dans ses frontières plus ou moins définitives depuis Louis XIV, parachevant une lente unification entamée par Charlemagne 900 ans auparavant. Si à ce stade-là nous ne savons pas qui nous sommes, c'est que la France à son grand âge souffrirait d'Alzheimer collectif (ce qui n'est heureusement pas le cas) !

D'autre part si mon souvenir est exact, le débat est organisé par le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire (ouf). Cela voudrait-il dire que nous avons un ministre de quelque chose dont on ne sait pas ce que c'est ? Je suis résolument pour le questionnement philosophique, et je me réjouis à l'avance des Grands Débats Nationaux sur les intitulés des ministères : qu'est-ce que la Finance ? qu'est-ce que l'Education ? qu'est-ce que la Santé ? Nous y verrons certainement plus clair après !

Mais ce n'est là que discuter de la forme. Le fond est ailleurs, et tout le monde le sait. La vraie question posée est : l'immigration menace-t-elle notre identité nationale et si oui, comment l'en empêcher. Les calculs electoraux qui motivent ce débat sont clairs et on ne va pas s'appesantir dessus : Sarkozy essaie de rejouer le coup qu'il a fait au FN en 2007 et de leur piquer toutes leurs voix dès le premier tour. Mais là où le débat est absolument, typiquement et indubitablement Français, c'est que la question n'est pas posée directement, mais par insinuation. Et quand le malheureux maire d'un village de 40 habitants commet l'incroyable plouquerie de donner directement son avis (discutable) sur la question posée en disant qu'ils sont dix millions et qu'ils vont tous nous bouffer, alors la France entière, instigateurs du débat compris, lui tombe dessus à bras raccourci pour cause de faute de goût.

Aussi je pense que les plus inquiets d'entre nous pourront dormir sur leurs deux oreilles, car pratiquer l'art de la question posée pour ses sous-entendus à laquelle seuls les sots peuvent répondre, oui, ça , c'est vraiment Français !

mer 10 nov 2010

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Laurent de Wilde

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