Adieu Joe

J'apprends ce matin par un triste sms de son éditeur et ami Jean-Marie Salhani la disparition de Joe Zawinul. C'est vraiment une terrible nouvelle. Sa femme, amour de toute une vie, avait disparu l'année dernière, et on imagine que les derniers mois de sa vie ont dû être douloureusement affectés par cette perte. Il a lutté bravement contre un cancer de la peau, un des plus vicieux, et espérait plus que tout avoir encore le temps de jouer en duo avec Wayne Shorter pour le Festival de la Villette. Malheureusement, la maladie a encore une fois gagné la partie.

Zawinul était vraiment un caractère. Quand il n'avait pas son petit calot sur la tête, on aurait pu le prendre pour un maçon calabrais, avec ses larges épaules, ses petits yeux rapprochés et son air obstiné. Il s'est embrouillé avec un nombre incalculable de musiciens, et s'est pourtant lié d'amitié avec un encore plus grand nombre. Je venais de réaliser dans le Jazz Magazine de ce mois de septembre (http://www.jazzmagazine.com/) une longue interview de cette immense bonhomme, dans laquelle il s'était déboutonné avec une désarmante cordialité.

Quel artiste ! De nombreux critiques ont cru bon de le bouder car il aurait été un des inventeurs du jazz-rock (le mot donne encore des frissons aux intégristes en la matière). Autant je comprends qu'on puisse éventuellement se lasser des phrasés en double croche à l'unisson batterie-basse-guitare-saxophone-trompette qui pour moi constituent l'écueil de cette musique (et pourtant dieu sait s'il y a de bons moments avec cette formule), autant pour moi Zawinul est à l'opposé de cette caricature honnie par les puristes. C'était un vrai inventeur de musique ! Pas de formules, juste des sons, des matières, des idées !

Ses contemporains Herbie Hancock, Chick Corea, McCoy Tyner ou Keith Jarret, pour ne citer qu'eux, ont chacun développé une voix personnelle au piano et pour certains d'entre eux ont énormément contribué au développement du jazz rock. Mais aucun n'a su comme lui créer un univers aussi complet, dont on ne trouve l'équivalent durable que chez un artiste comme Miles Davis. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est lui qui a composé "In a silent way", un des morceaux phares du passage de Miles à la musique électrique...

Nous perdons avec Zawinul une immense figure du jazz, qui aura su lui insuffler une incroyable joie de vivre, d'une confondante évidence, avec un souci constant d'en repousser les limites. L'aspect spirituel de la musique était pour lui fondamental, et il croyait dur comme fer à la contribution de celle-ci à un monde meilleur, plus juste, plus humain. Un vrai moderniste, toujours dévoué à l'essentiel du jazz dans ce qu'il a de plus attachant, de plus généreux, de plus inventif. Nous perdons un grand maître.

http://www.zawinulmusic.com/

mar 11 sep 2007

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Laurent de Wilde

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