Chick Corea

Interview Chick Corea

J'étais très ému à l'idée d'interviewer Chick Corea. Il fut une de me toutes premières idoles, et quand Frédéric Goaty me proposa de le rencontrer, j'étais absolument enthousiaste. Seulement voilà, Chick ne donne pas beaucoup d'interviews, et pendant deux semaines Jazz Magazine et le Festival d'Enghien ont tricoté des e-mails, laissé des messages sur des répondeurs et harassé son management pour obtenir un rendez-vous, sans aucune réponse définitive, et quand je suis allé l'écouter le soir de son concert, je ne savais toujours pas si j'aurais une chance de lui voler une petite heure de son du temps précieux.

C'était en piano solo qu'il se produisait ce soir-là et dès son entrée en scène, il nous révéla le fil conducteur de la soirée : il jouerait des compostions de grands pianistes et espérait nous faire partager son amour pour son instrument. Son ton à la fois sérieux et décontracté était immédiatement plaisant, juste, et il émailla la soirée de commentaires sur les pièces qu'il avait jouées, donnant l'impression d'être assis avec le public bien tranquillement au coin du feu. Il interpréta des pièces de Monk, de Bill Evans, Bud Powell, Scarlatti, Scriabine ainsi que quelques-unes de ses propres oeuvres, et invita même en surprise pour trois morceaux Jean-Luc Ponty. Ce fut un concert brillant, précis, libre et inspirant.

Quand le spectacle fut fini, grâce à la complicité du Festival et du tourneur de Corea Jean-Noël Ginibre, je lui fus finalement présenté comme le pianiste qui voudrait l'interviewer. Il me dévisagea une seconde et dit : ok ! on fait ça maintenant, c'est le bon moment ! J'avais heureusement pris la précaution de glisser dans ma poche avant de partir mon petit dictaphone et l'entretien à bâtons rompu que nous eûmes est donc celui que vous pouvez lire dans ces lignes :

L2W - Pourquoi faire une tournée en piano solo, une envie, un projet particulier ?

CC - Tu sais, ce que le public souvent ne comprend pas bien c'est qu'à moins d'être Michael Jackson, paix à son âme, la plupart des musiciens ne choisissent pas comme ça leurs concerts. Ce qui se passe c'est qu'on est invité et qu'on accepte ou pas. Pour la plus grande partie des deux dernières années, j'ai été très occupé à organiser des orchestres : il y eu la réunion de mon groupe Return To Forever, j'ai ressorti la musique des tiroirs, on l'a beaucoup répétée, il a fallu m'équiper de claviers, on a beaucoup tourné, 54 concerts, et puis il y a eu aussi ce merveilleux projet avec John McLaughlin, The Five Piece Band, il a fallu écrire la musique, l'arranger, et on a aussi fait le tour du monde avec cet orchestre...

Aussi je me suis dit que ce serait une pause bienvenue de jouer en piano solo. En fait, quand je joue avec autant de musiciens exceptionnels, je me perds en eux. Pas d'une façon négative, positive, j'apprends tellement de leur maîtrise, de leur génie, j'apprends tous les soirs ! C'est un de mes plus grands plaisirs que de faire partie d'un orchestre comme ça...
Mais au bout d'un moment, j'ai envie de retrouver un sentiment de moi-même et de me poser la question : où est-ce que moi j'en suis, tout seul ? Quel est mon intérêt propre, quel est l'univers musical personnel que je veux développer ?

C'était donc le bon moment pour moi, mon tourneur m'a dit que ça marcherait bien si je tournais en solo en Europe cet été, j'ai dit on y va ! Et sur une formule simple comme ça, il a organisé les choses du mieux qu'il a pu...
Du coup maintenant j'ai la chance, comme je le disais au public ce soir, de pouvoir pratiquer (practice) mon instrument tous les soirs...

L2W - Justement, vous arrive-t-il de pratiquer en dehors d'un concert ?

CC - L'excuse principale que j'ai pour pratiquer c'est de me préparer à une performance. Quand je monte sur une scène et joue pour le public, je veux qu'ils aient le meilleur concert que je puisse leur donner, je ne veux pas leur présenter quelque chose de...pas bien, pas complet. Mais ceci à l'exception du piano solo. C'est la seule configuration dans laquelle je peux monter sur scène pas trop préparé. C'est un état d'esprit que j'aime bien entretenir, et sentir le public me suivre. Mais pour n'importe quelle autre performance, j'aime bien donner beaucoup au public et pour ça je dois me préparer et donc pratiquer...

Je te donne un exemple : quand j'ai écrit la musique pour le Five Piece Band et ça m'a pris un certain temps. Après il a fallu que j'apprenne la partie de piano et là j'ai commencé à pratiquer. Ou encore il y a trois ans on m'a fait une commande merveilleuse d'écrire un concerto pour piano avec un ensemble viennois pour l'anniversaire de la naissance de Mozart. On me demandait d'écrire dans l'esprit de Mozart. Je leur ai dit, je ne peux pas copier Mozart, mais je peux certainement essayer d'écrire dans cet esprit... Du coup, j'ai écrit une pièce de musique d'une heure, et il a fallu que je la répète, c'était très dur ! En outre je devais interpréter le même soir un vrai concerto de Mozart, et j'ai passé encore plus de temps à le répéter !

Pour résumer, je dirais que c'est en me préparant pour un spectacle que je pratique...parce que l'idée d'un show, d'un répertoire, c'est facile, tu es assis bien tranquille et tu te dis oh j'adorerais jouer le 4ème concerto de Mozart en do mineur, super on va le faire ! Et après tu te dis : oh...maintenant il faut que je l'apprenne...

L2W - Est-ce que vous improvisez toujours des cadences à l'endroit des concertos où les solistes de l'époque improvisaient déjà ? Je vous avais entendu le faire à New York il y a plus de vingt ans...

CC - Oh j'ai fait des progrès depuis ! Il y a vingt ans je ne reprenais dans mes cadences aucun des éléments harmoniques ou mélodiques du concerto, je me contentais d'aller...en Alaska ! J'improvisais quelque chose qui n'avait rien à voir, les amateurs de Mozart étaient choqués ! Mais depuis j'ai appris et j'aime cette approche qui consiste à reprendre les thèmes et les marches harmoniques exposés dans la pièce, à créer de la musique autour de ça.

L2W - Est-ce que vous modifiez le répertoire d'une soirée à l'autre quand vous êtes en solo ?

CC - Un petit peu... Je pars du concept de jouer des compositions de grands pianistes, Duke Ellington, Bill Evans, Thelonious Monk, Bud Powell, Scarlatti, Bartok, Scriabine, j'ai aussi une pièce, je l'ai presque jouée ce soir, d'Henri Dutilleux, j'adore sa musique pour piano, je suis un vrai fan, quand je suis à Paris, je pense tout le temps à lui, il est toujours vivant n'est-ce pas ?

L2W - Oui, il est très âgé maintenant...

CC - S'il lit cet article dis-lui que je suis un très grand fan ! Mais Monk, par exemple, je connais vingt ou trente de ses compositions, cinq ou six de Bill Evans, je varie le programme comme ça...et puis je joue aussi mes propres compositions...

L2W - Vous disiez pendant le concert que vous aviez eu l'occasion en arrivant à New York de voir Bud et Monk jouer, y avait-il quelqu'un que vous cherchez à imiter à vos débuts ?

CC - Tu sais, le piano est tout un univers, et quand je me suis intéressé au piano, même tout petit, j'ai toujours senti ça comme un grand club. Et ça a continué toute ma vie, je parle ce soir de Dutilleux mais j'écoute aussi beaucoup de jeunes pianistes, Rubalcaba, Brad Meldau sont incroyables, j'adore Geoff Keezer, il y en a tellement ! C'est toute une culture, c'est comme un club ! Mais quand j'ai commencé à jouer, le premier que je reconnaissais à coup sûr c'était Bud Powell parce qu'il était sur des albums que mon père avait. Mais c'était du bebop rapide, et j'étais trop petit pour pouvoir faire quelque chose avec...le premier que j'ai pu approcher, dont je pouvais tenter de rejouer les morceaux, c'était Horace Silver. J'ai commencé à retranscrire ses compositions, puis ses solos, puis les solos de Blue Mitchell... Le truc marrant c'est qu'en 1965 j'ai eu l'occasion de remplacer Horace dans le groupe de Blue Mitchell !

Mais après Horace, je dirais que j'écoutais tous les pianistes qui avaient fait partie du groupe de Miles Davis, et tout spécialement Red Garland et Wynton Kelly. Et puis Ahmad Jamal...et aussi Bill Evans, bien sûr. Mais j'étais tellement à fond dans Wynton Kelly à un moment que quand j'habitais Cheslea, à côté de Boston, j'allais souvent au club de George Wein, le Storyville, au Coffee Square Hotel à Boston, et un soir il y avait le sextet de Miles Davis, c'était Miles, Coltrane, Cannonball, Jimmy Cobb aux drums et Paul Chambers à la basse. Et au moment où l'orchestre est monté sur scène, j'ai vu ce Blanc qui ressemblait à un prof, avec des lunettes en écaille, j'étais affreusement déçu ! J'étais là et je me disais : et Wynton Kelly ? Merde, mais il est où Wynton Kelly ? La sonorisation était mauvaise ce soir-là, et je n'ai pas entendu une seule note de piano de tout le concert, je suis reparti très contrarié...

Hé hé ce fut ma désolante introduction au jeu de Bill Evans ! Bien sûr quand j'étais à New York dans les années 60, je suis très souvent allé l'écouter avec son trio et j'ai même eu la chance de le connaître un petit peu...

L2W - Vous connaissiez Lennie Tristano à cette époque ?

CC - Je n'éprouvais pas d'attirance pour la musique de Tristano même si je la trouvais formidable. J'étais plus attiré par le jeu de Lee Konitz. Les enregistrement que Lee a fait avec Miles sont encore aujourd'hui de très grands disques... D'ailleurs dans la série des disques de Miles pour Prestige, c'est son nom qui est mis en avant, mais pour certains d'entre eux, je crois que c'était Lee le leader. Mais bien sûr, Miles Davis, c'est Miles Davis !

L2W - Monk est le compositeur, hormis vous, que vous avez le plus joué ce soir. Qu'est-ce qui vous attire particulièrement dans sa musique ?

CC - La même chose qui m'attire chez la plupart des artistes... Tu sais c'est un peu comme quand on dit : entre les français, les espagnols et les japonais, qu'est-ce que tu préfères ? C'est une mauvaise question. Quand on essaye de vivre sa vie au maximum, on se rend compte que le monde créatif n'a pas besoin d'un artiste meilleur que tous les autres, il y a tant de formes possibles d'expression ! En ce qui concerne Monk, je dirais qu'il avait une façon très personnelle d'exprimer la liberté. Je pense que ce qu'on aime dans l'art en général est la liberté spirituelle d'expression. Quand les gens ont un boulot fastidieux, harassant et qu'il voient de l'art ils voient leur propre nature et la liberté de son expression, là je parle de trucs très élevés.

Et Monk, dans cet environnement d'africains-américains vivant à New York dans les années 40 et 50, toute l'atmosphère raciale, il était une incroyable expression de liberté ! Il créait un monde totalement unique avec ses compositions, ses orchestres, la façon dont il jouait du piano... Les gens disaient qu'il était...étrange, mais en fait il était un très grand homme de spectacle (entertainer), et c'était son intention de l'être. Il était très amusant et intéressant (entertaining) à voir jouer, et en plus il a laissé un héritage musical d'une grande profondeur. J'ai eu le plaisir de le côtoyer dans les années 60 et pour moi il était un grand exemple de liberté d'expression, il avait une façon de faire les choses à sa manière. Il pouvait prendre un standard comme "Sweet And Lovely" ou "Tea For Two" et il en faisait des chansons à lui !

L2W - Je n'ai jamais vu Monk en vrai, mais quand j'ai vu le film de Charlotte Zwerin "Straight No Chaser", j'ai compris pourquoi j'avais du mal à rejouer au piano ce qu'il faisait : il avait une technique pianistique très particulière sans laquelle ce n'est pas possible. Est-ce que son approche du clavier vous donnait des idées à l'époque ?

CC - Tu sais je l'ai vu jouer tant de fois, sa façon de bouger, des croiser les mains sur le clavier, tout ça, ça ne me semblait pas inhabituel, ça faisait un tout. C'était sa façon de jouer à lui.

L2W - En parlant de croisement de main sur le clavier, vous êtes un des rares pianistes à utiliser fréquemment cette technique. Vous êtes-vous inspiré de quelqu'un en particulier ?

CC - Non pas vraiment. C'est ma façon à moi d'utiliser un clavier de piano comme une batterie à 88 éléments. J'adore la batterie, quand j'écoute de la musique, c'est surtout les drums auxquelles je fais attention en premier. J'ai toujours une batterie près de mon piano, depuis que je suis un petit garçon. J'en joue un petit peu tous les jours. Je pense que le rythme est sans doute la dernière frontière pour de nouvelles possibilités, l'harmonie et la mélodie ayant été explorées de façon exhaustive. Et c'est comme ça que je vois un clavier de piano (il tapote des doigts sur la table).

Mais puisque tu n'a jamais vu Monk en vrai, je voudrais partager avec toi deux histoires sur lui. La première, c'est celle-là : j'avais un engagement de deux semaines à l'Apollo Theater, c'était en...1961, ou peut-être 1960, j'étais avec Mongo Santamaria. Le show, c'était Mongo Santamaria, Thelonious Monk Quartet et le Maynard Ferguson Big Band. On faisait deux shows par soir, trois pendant les week-ends. Le quartet de Monk, c'était Charlie Rouse, John Ore et Frankie Dunlop, sans doute une de mes formations favorites de Monk. Par un heureux hasard, son piano était contre un rideau au fond de la scène, et il y avait un trou dans le rideau juste à la bonne hauteur pour que je puisse voir le piano, il était juste là, Monk était assis à son piano à 60 centimètres de moi. Alors je l'ai regardé comme ça, à chaque set, pendant deux semaines. Une fois, et c'est là l'histoire que je veux te raconter, ils commencent par jouer "Rythm-a-ning" (il le chantonne et le joue sur la table). Ils en jouent une version de bien quinze, vingt minutes, tout le monde prend un solo, drums solo, boum boum, ils jouent le thème de sortie (il joue et chante les dernières notes). Applaudissements, applaudissements, applaudissements. Monk reste assis là, les applaudissements s'éteignent, on dirait qu'il est en train de réfléchir et il fait : (il rejoue et rechante le thème). Même morceau, même tempo, encore quinze vingt minutes, tout le monde joue des solos bien frais et à la fin le public devient encore plus enthousiaste ! Et... oui, il l'a joué une troisième fois ! Trois versions de "Rythm-a-ning" au même tempo, c'était ça son concert ! Hé hé je ne connais personne d'autre qui ferait un truc pareil, en tout cas c'était un show exceptionnel !

Et voilà la deuxième histoire : dans un petit club dans le East Side, j'étais allé écouter le quartet de Monk un soir, j'étais assis au bar, un peu en hauteur, et j'observais l'orchestre. Et puis tout à coup en plein milieu d'un solo de piano, une sonnerie s'est mise à retentir et j'ai vu qu'il y avait un gros réveil dans le piano avec deux énormes cloches qui faisait dingidingidingidingidingiding ! Monk a arrêté la sonnerie, l'orchestre s'est arrêté et ils sont tous sortis de scène. J'ai demandé à un musicien mais c'est quoi cette histoire de sonnerie de réveil ? Et il m'a dit que le patron voulait que l'orchestre joue pendant une demi-heure et s'arrête pendant une demi-heure, pour faire marcher la buvette. La solution que Monk avait trouvée pour se conformer à ses exigences et pour être sûr de ne pas dépasser était de mettre un réveil dans le piano ! Ha ha ha !!

L2W - Qu'est-ce que vous aimez chez un batteur ? Est-ce que vous attendez quelque chose de lui ?

CC - Hum... ça dépend... mais je n'attends rien ! Ca dépend des situations, de ce dont j'ai besoin. Si je joue en trio, je recherche une sensibilité particulière, quelqu'un qui peut jouer avec beaucoup d'émotion tout ce qu'il aime, tout en sachant se fondre avec le piano, ce que tous les batteurs ne sont pas capables de faire. Il y a beaucoup de sections rythmiques qui utilisent des retours très forts sur scène, moi je ne peux pas jouer dans une configuration comme ça, sauf par contre dans un contexte électrique mais c'est très différent. Mais pour les batteurs de trio, en haut de ma liste, il y a Brian Blade et Jeff Ballard. Il y en a bien sûr beaucoup d'autres, mais j'ai joué récemment avec Brian et John McLaughlin, et lui c'est vraiment le genre de batteur avec qui j'aime jouer. Mais tu sais je recherche chez un batteur les mêmes qualités que pour les autres musiciens : une capacité de communiquer et de se mélanger aux autres pour jouer avec eux.

L2W - Ce soir quand vous avez commencé à jouer j'ai eu l'impression que le piano n'était pas sonorisé dans la salle, ce qui n'était pas gênant, on vous entendait très bien, mais à la fin du concert je me suis rendu compte qu'il était sonorisé, ce qui était devenu très bien aussi. Est-ce une volonté particulière de votre part ?

CC - Oh ! Bernie Kirsh a été mon ingénieur du son en studio d'enregistrement et en tournée depuis quasiment le début de ma carrière. On est de vieux amis, c'est un artiste incroyable. On a une méthode très simple qu'on suit dans toutes les situations : Bernie essaye de comprendre quelles sont mes intentions et ce que je veux faire passer au public, et il le met en son. Par rapport au piano solo, je ne peux pas entendre les subtilités de sa sonorisation depuis la scène, mais je sais que c'est dans cet esprit qu'il travaillait.

L2W - Y a-t-il un instrument que vous détesteriez jouer ?

CC - Non, mais en matière de claviers, je n'ai jamais vraiment approfondi ma relation avec l'orgue. Je ne me suis jamais senti attiré par la musique pour orgue. Peut-être que c'est quelque chose que je devrais découvrir. Le seul organiste jazz de l'ancien temps que j'aime vraiment beaucoup, c'est Larry Young. Je ne sais pas comment il faisait, mais ça ne sonnait pas comme un orgue peut-être presque comme un piano... Mais Jean-Luc Ponty m'a dit aujourd'hui que je devais écouter les pièces pour orgue de Messiaen. Mais bon en définitive, l'important ce n'est pas l'instrument mais qui le joue. Par exemple il y a plein de blagues sur l'accordéon, mais je connais des gens qui jouent de l'accordéon de façon incroyable. Mais après le piano, mes instruments préférés son la batterie et les marimbas.

L2W - Vous jouez les marimbas avec les quatre mailloches ?

CC - Je pratique un peu avec les quatre, mais je ne vais pas très profond dans l'instrument. Mais j'ai de très beaux marimbas à la maison, et j'ai même transcrit quelques solos de Milt Jackson !

L2W - Vous avez une tonalité de préférence ?

CC - Pas vraiment... En vieillissant j'ai appris à apprécier les différents... effets que peuvent avoir chaque tonalité. Et ce n'est pas juste moi, c'est un fait constaté, les tonalités ont effet subconscient sur les gens. Par exemple si tu prends la tonalité de mi majeur, elle a un effet très différent de celle de fa...

L2W - Vous avez beaucoup joué de claviers dès qu'ils ont commencé à apparaître dans les années 70, synthés, Rhodes... Ces dix dernières années ont vu arriver un nouvel instrument : l'ordinateur. Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous l'utilisez vous-même ?

CC - Pour moi, ce sont des outils. Tout comme je le disais au public ce soir, le piano est mon premier outil, mon instrument favori. Mais si tu veux faire un film à la Star Wars, tu vas être obligé d'avoir recours à des effets spéciaux, sinon ça va avoir l'air très démodé, ha ha ha ! Je n'ai jamais été un puriste du genre j'ai UN son à moi et le public aime ou n'aime pas. Ma philosophie, c'est plus qu'une musique doit être une expression qui communique quelque chose et donne du plaisir au public. Quand je vois des gens qui sourient, débarrassés de leurs soucis quotidiens, là je suis heureux. Et peu importe ce que je dois faire pour y arriver ! Bien sûr il faut que ce soit une musique qui m'intéresse, pas quelque chose qui ne me plaît pas !

L2W - Le mini-Moog n'était pas plus qu'un outil ?

CC - Un piano est un outil. Un corps est un outil. C'est dans ce sens-là que je voulais dire. Le monde physique est notre instrument, après c'est une question de choix. Le piano est un outil classique, et c'est celui avec lequel je prends le plus de plaisir. Mais le public aime bien entendre d'autres choses, alors.. Mais en tant que musicien j'ai commencé à utiliser l'ordinateur pour composer et j'ai trouvé des façons différentes de travailler, des nouvelles orchestrations et je trouve des sons qui conviennent bien aux émotions dont les gens sont familiers... En fait j'utilise tout ce que je peux ! Bon, l'inconvénient avec ma démarche aux claviers, c'est que je me retrouve toujours avec ou bien un son de Mini-Moog ou bien un son de Rhodes, il faut croire que c'est ça que j'aime ! Mais il y avait quelqu'un qui savait très bien s'en servir, c'était Joe Zawinul, c'était incroyable...

L2W - Vous programmez vos sons tout seul ou vous avez recours à un programmateur ?

CC - Quand c'est des choses simples, je le fais moi-même, sinon j'utilise un vrai programmateur...

L2W - Dernière question : vous avez déjà derrière vous une carrière prolifique, très variée, extraordinairement remplie. Reste-t-il quelque chose que vous désiriez et que vous n'auriez pas déjà fait ?

CC - En fait ta question, c'est : est-ce que tu veux vivre ou est-ce que tu veux mourir ? Hé hé je t'en veux pas, je sais que ce n'est pas ce que tu voulais dire, mais pour moi c'est cela qu'elle signifie. Et la réponse est que j'ai bien l'intention de vivre ma vie au maximum. To the fullest.

 
 

dim 1 jan 2012

 
 
 
Laurent de Wilde

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