Amon Tobin

Interview Amon Tobin

- L2W : Avec quoi travailles-tu ?

- AT : Des disques. Pas nécessairement des disques rares et recherchés… en fait, j’aime bien utliser des disques considérés comme… inintéressants.

- Tu n’as pas de problème de droits d’auteur pour les échantillons utilisés ?
- Non. A quelques rares exceptions près, j’utilise des sons très courts ; extraits de leur contexte, il est impossible de les identifier. S’il fallait demander l’autorisation pour chaque sample, ça prendrait un an à un étage entier d’avocats… ce serait ingérable ! Je ne pourrais pas continuer à faire cette musique… Mais je sais qu’il y a des des grands amateurs de jazz qui reconnaissent une ligne de basse, un son particulier, et je me réjouis qu’ils puissent l’entendre, surtout dans un contexte différent de l’original, ça lui donne un autre relief…

- As-tu un « son »jazz de prédilection, Blue Note, Atlantic, ECM… ?
- Euh… pas vraiment… ça change tout le temps… Quand j’ai commencé à écouter du jazz – pas depuis très longtemps, pour être honnête- ce qui m’a plu, c’est le côté vieux films en noir et blanc, les pièces enfumées… les clichés, en somme… J’aime bien les clichés parce qu’ils sont associés dans notre esprit à un certain contexte historique et musical, et quand on les utilise aujourd’hui, ce sont des émotions… intactes. La musique permet ça : d’instaurer un dialogue du présent avec le passé… Sinon, j’ai écouté Duke Ellington, du bebop… surtout quand j’ai fait Adventures in Foam, ou Bricolages … des vieux sons bebop, des walking bass…

- J’ai remarqué que tu a laissé tombé la contrebasse dans tes derniers albums…
- Oui ! J’ai l’impression d’avoir dit ce que j’avais à dire sur le sujet ! Et puis je ne tiens pas à m’enfermer dans un son. Dans Supermodified, je cherchais plutôt des sonorités électroniques psychédéliques, avec un son plus pop, des guitares… Tu sais, je suis un échantillonneur, je ne suis pas un musicien, je n’ai pas un instrument que j’adore et que je pratique tous les jours…

- Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
- J’essaie de trouver des lignes de basse et des mélodies dans de la musique vraiment pas bonne . J’achète beaucoup de rock progressif, des trucs épouvantables, genre Faust, le groupe allemand. Mais dedans il y a des moments super…

- Tu n’utilises jamais de vrais musiciens sur tes albums. Ca t’intéresserait ?
- Non ! Pas du tout. Ce n’est pas de jouer en live qui m’attire dans la musique, c’est d’arranger, de choisir les sons, de les manipuler…

- Mais pourtant, il t’arrive de mixer en live, devant un vrai public !
- C’est vrai… au début je détestais ça. Maintenant j’aime bien… mais disons que ce n’est pas ce que j’aime le plus… Il m’arrive parfois de mixer pour des réunions énormes, 60 000 personnes,c’est très bizarre, il y a tellement de gens qu’on se sent encore plus isolé sur scène… j’entends le son dans mes retours, et pas celui de la façade, tournée vers le public… Il m’arrive souvent de penser que ce qui fait danser tous ces gens, c’est le contact ténu du saphir sur le disque, ce seul contact. Si l’aiguille saute, il n’y a plus aucun son, 60 000 personnes connectées à ce contact minuscule… c’est vraiment très étrange…

- As-tu un tempo de prédilection ?
- Pas vraiment. Je n’aime pas quand ça va trop vite : à 180 bpm, il y a l’énergie, mais plus trop de place pour entendre toutes les finesses rythmiques. En fait, je suis souvent autour de 165 bpm. D’ailleurs, mon album Permutations tourne entièrement à 165 ou ses multiples. Tout l’album.

- Parlons d’équipement : qu’est-ce que tu utilises dans ton studio ?
- Vraiment pas grand chose : un Mac avec Cubase VST, un sampler Akai 6000, une table Mackie, des enceintes Dynaudio, quelques filtres comme le Mutronics Mutator, une TC Fireworks, peu d’équipement, mais de bonne qualité.

- Tu travailles en midi ou tout de suite en audio ?
- En midi. Beaucoup plus de précision et de souplesse. Quand je veux utiliser des effets de l’ordi, j’enregistre mon échantillon dans Cubase, j’applique l’effet, et je le renvoie dans mon sampler. Quand le morceau est fini, je mixe le tout sur ma table et je l’envoie en stéréo 24 bits dans mon ordi. J’adore le sampler. Il permet de faire des choses qu’on n’a jamais entendues, c’est lui qui m’a fait basculer dans la musique. Au début, je n’avais que çà : huit sorties disponibles. En fait, Adventures in Foam a été fait sur huit pistes…

- As-tu un maître en électronique ?
- Oui ! Un type qui s’appelle T Power, je l’ai découvert vers 1993… il faisait de la jungle comme tout le monde, mais c’était le seul à avoir lu le manuel, il était vraiment en avance sur son temps. Je l’ai rencontré depuis, et il est exactement comme je l’espérais : très froid, très british, aucune émotion visible. Quel musicien !

- Est-ce que tu archives tes échantillons ?
- Non, je crois à l’influence bénéfique du chaos sur mon travail. On trouve parfois par erreur des choses extraordinaires ! Je n’archive pas, et je garde peu. T Power, encore lui, efface tous les échantillons de son disque une fois qu’il est fini. C’est une règle. Je trouve ça très bien, comme esthétique. Moi, je le fais plus par négligence que par volonté…

- Des projets pour l’avenir ?
- Oui, je déménage à Montréal, là-bas on trouve plein de vinyls, il y en a trop peu à Brighton, je vais pouvoir acheter et sampler dans la même journée !

- Des rêves ?
- Faire de la musique de film. On m’a approché plusieurs fois, mais ça n’a jamais marché. Il y avait toujours quelqu’un dans la chaîne de décision qui voulait tout changer, ou faire carrément autre chose… On a utilisé un titre à moi pour la bande annonce de Spiderman, mais ce n’est jamais allé plus loin. J’attends et j’espère trouver le rélisateur qui voudra bien utiliser ma musique…

 
 

dim 1 jan 2012

 
 
 
Laurent de Wilde

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