Ahmad Jamal

Interview Ahmad Jamal

Lorsque le très honorable directeur de la rédaction de Jazz Magazine me proposa d'interviewer Ahmad Jamal, ma première réaction, bien stupide, fut de répondre : mais je l'ai déjà fait ! En quatre-vingt treize, me répondit judicieusement mon honorable correspondant, il y quinze ans...

Il avait raison. Tant d'eau avait coulé sur les ponts. Beaucoup de musique, l'acquisition d'une section rythmique parfaite (Idriss Muhammad et James Cammack), de nombreux albums, une association confiante et durable avec un producteur français, Jean François Deiber, interrompue par la triste disparition de celui-ci en 2005, il s'était passé beaucoup de choses !

Et puis l'occasion de discuter à bâtons rompus avec le Maître... quand même... cinquante ans, mois pour mois, après la sortie de son premier tube Live At The Pershing... J'eus vite fait de ravaler ma langue et d'accepter une si alléchante invitation.

L'occasion était la sortie de son nouveau disque pour Dreyfus, justement dédié à la mémoire de Jean-François. Ayant un tout petit peu côtoyé cet attachant producteur, j'en garde le souvenir d'un homme passionné, direct mais respectueux, et le tribut de Jamal à celui qui a relancé sa carrière en Europe a aussitôt aiguisé ma curiosité musicale. Pour ne rien gâcher, au bout de quelques jours à tripoter les plannings des uns et des autres, l'évidence s'est imposée : il faudrait que j'aille l'interviewer chez lui en Pennsylvanie. Ce qui signifiait un bien agréable petit week-end à New York. On a vu pire !

Quelques jours plus tard je me retrouvais donc à la Grosse Pomme où, à la sortie de l'avion, j'allais jeter une oreille aux excellents pianistes Frank Kimbrough et Kevin Hayes, et finis la soirée au Smoke où régnait cette bonne ambiance after hours qui fait indéniablement de ce club un des Relais et Châteaux du jazzman itinérant.

Le lendemain, deux heures et demi de route vers le nord m'attendaient pour un petit village tranquille et cossu à la limite de l'état de New York. Le trajet en voiture fut splendide, c'était une de ces journées bleues et glacées de l'hiver sec New Yorkais, les paysages se couvraient progressivement de neige et la radio jazz WKCR me fit découvrir en chemin un pianiste invité dont j'ignorais tout, Russ Kassoff (dix ans chez Sinatra, autant chez Liza Minelli), un gars extrêment drôle, merveilleux musicien et arrangeur, au swing impeccable et communicatif.

Arrivé à destination, je m'arrêtai devant une vaste maison en bois quasiment adossée à l'église du village, une belle grande maison de notable. Impressionné, je descendis de voiture et sonnai à la porte. Pas de réponse. J'insistai - toujours rien. Puis des chiens se mirent à aboyer, et une voisine mit le nez à la fenêtre pour m'informer que les propriétaires n'étaient pas là, et qu'ils ne s'appelaient certainement pas Jamal, un nom qu'elle n'avait jamais entendu. Je m'étais trompé d'adresse ! J'avais oublié le East de " E Main Street"... Je fis demi-tour et me rendis finalement au bon endroit, une sympathique petite maison un peu à l'écart jouxtant un bosquet, à la porte de laquelle apparut mon hôte dès qu'il entendit le bruit de ma voiture.

Tout sourire, il m'accueillit chez lui avec une hospitalité sincère. Il y faisait délicieusement chaud, et pendant qu'il me préparait un café bien fort pour accompagner l'assiette de cookies qu'il avait préparée à mon intention, il m'invita à jouer l'un des deux Steinway D de concert qui se trouvaient l'un contre l'autre dans la pièce de musique. Très impressionné, je laissai courir mes doigts sur le somptueux instrument et jouais le premier morceau qui me vint à l'esprit. Ah ha ! You've Changed ! l'entendis-je dire depuis la cuisine, un de mes morceaux favoris !

L'entrevue commençait bien. Nous passâmes quatre heures ensemble où nous parlâmes de beaucoup de choses, y compris de religion et de politique (propos qu'il me demanda de ne pas publier, me faisant remarquer fort justement que ses opinions philosophiques ne concernaient que lui et qu'il ne voulait en aucun cas servir de plate-forme publique à un quelconque débat religieux) et il se prêta de fort bonne grâce au jeu de l'écoute rétrospective au cours duquel je lui ai fait écouter une sélection de cinquante ans de sa production discographique. Il était détendu, confiant, et s'était défait d'un certain dogmatisme qui teintait certains de ses propos quinze ans auparavant. Le temps passa très vite, et une fois l'entrevue terminée, il me laissa partir en me donnant son nouveau CD, non sans avoir bourré mes poches de bananes et de biscuits pour la route jusqu'à l'aéroport.

Sur le chemin du retour, j'écoutais finalement ce disque dont il venait de recevoir l'épreuve mastérisée et découvris un album somptueux, tantôt intimiste, tantôt éclatant, le meilleur depuis le Pershing m'avait-il dit. J'y retrouvais plutôt l'esprit de cet autre splendeur enregistrée dans les années 70, The Awakening, et pendant que la musique tournait en boucle dans la voiture, légèrement étourdi par ces moments d'exception, je me disais que la fontaine de jouvence du vieux maître était bien loin d'être tarie.

ahmad's blues

L2W Pourquoi l'appeler comme ça alors que sa forme n'est pas un blues ?

AJ Hé hé c'est un blues "inside outside" (dedans dehors)... En fait je l'ai appelé comme ça car quand je l'ai composé en 48, j'étais dans une période de ma vie très déprimante. J'étais accompagnateur pour les Caldwells, un spectacle de danse et de chant qui venait d'East St Louis, je devais gagner au maximum 70 dollars la semaine. Il y avait Ray Bryant qui était aussi leur pianiste à l'occasion - ils avaient vraiment de bons pianistes. Mais l'emploi ne me plaisait pas, et puis pour pleins de raisons c'était une période dramatique de ma vie, alors j'ai appelé ce morceau Ahmad's Blues ! J'ai aussi écrit un "Excerpts from Blues", qu'on peut entendre en bande son du film de Robert Hershfeld , Miles est dedans aussi, ainsi que Ben Webster, ça s'appelait Atlantic Vision, c'était dans les années 60. C'était vraiment un modèle de vidéo musicale qui a été repris partout par la suite. Bon c'est pas non plus un blues, mais j'aime bien appeler mes morceaux comme je veux, ha ha ha !

L2W j'ai lu sur wikipedia que vous étiez un cousin éloigné de Malcom X, est-ce que c'est vrai ?

AJ Un mensonge complet. Ma fille a passé deux heures à documenter ce qui devait être changé sur leur site. C'est l'exemple type du crime de confusion. Les ordinateurs ont beaucoup apporté, mais il y a aussi des aspects lourdement négatifs. C'est incroyable que les gens prennent une telle liberté ! J'ai dû prendre un avocat... la fille de Grant Green a écrit un livre de mémoires, et si je devais la poursuivre en justice sur tous les détails erronés, je serais obliger d'arrêter ma carrière de pianiste ! Même chose pour Leonard Feather qui dans son encyclopédie m'a fait naître en 1920, dix ans trop tôt ! Le grand danger, que ce soit pour moi, Leonard Feather, un journaliste, n'importe qui, c'est la gratification immédiate, qui est en fait un désastre qui ne demande qu'à s'accomplir. L'internet, c'est pareil ! Pour Leonard Feather, j'imagine qu'il était pressé par son éditeur, qu'il a rédigé l'entrée à la hâte, c'est ça le problème.
Pour en revenir à El-Hajj Malik El Shabbaz, puisque c'est le nom de Malcom X, c'est un ami à moi qui a parrainé son voyage à la Mecque et l'a ainsi introduit à l'Islam, mais c'est la seule connection. Ce qui n'empêche pas que j'ai un grand respect pour lui, comme je sais qu'il en avait pour moi, mais nous ne nous connaissions que par réputation.

autumn leaves


AJ Hé hé, Ray Crawford était connu pour ça (pour faire à la guitare des cocottes rythmiques qui sonnent comme de bongos), tu sais il était de Pittsburgh, lui aussi, il a longtemps habité dans la maison de ma mère. Un musicien extraordinaire, il était né saxophoniste, mais il a eu des problèmes aux poumons alors il a changé pour la guitare, c'est lui le guitariste original des Four Strings. Oscar Peterson est venu avec son groupe nous écouter un soir à Chicago, il y avait Barney Kessel qui a repris l'idée, et puis tout le monde s'est mis à faire la même chose... Il m'est arrivé la même histoire avec mon arrangement de Billy Boy, qui était une chanson en vogue à l'époque, j'aurais dû avoir la présence d'esprit de déposer l'arrangement ! Red Garland, Ramsey Lewis, Oscar Peterson, Dave Grusin, ils ont tous commencé à le jouer comme moi...

L2W C'est Israel Crosby qui joue de la basse. Quelle différence avec Eddie Calhoun ?

AJ Eddie Calhoun a fini sa carrière avec un de mes "pays", Errol Garner, certainement une très grande inspiration dans ma vie. Eddie était un grand bassiste, très différent d'Israël. Il faisait des solos superbes à l'archet.
Ceci dit au début c'est moi qui étais son pianiste à Israël, c'est lui qui m'a engagé ! On était en trio avec Jonnhy Thompson au sax, lui et moi, une formation très originale, c'était une expérience formidable. Israël couvrait un spectre très large, il écrivait très bien, c'était un des premiers musiciens afro-américains à travailler dans les studios à New York, et puis bien sûr il jouait avec Benny Goodman, et j'étais son pianiste ! Du coup j'ai mis beaucoup de temps à le prendre dans MON groupe, tant il était occupé... Pareil pour Vernel Fournier, qui avait du boulot tous les soirs !

Poinciana

L2W Est-ce que Vernell Fournier était gaucher ?

AJ Hé hé, pas que je sache... Mais je sais que beaucoup de gens ne comprenait pas comment il faisait, on m'a souvent demandé qui étaient les deux batteurs qui jouaient sur ce disque... Voilà un grand batteur de la nouvelle Orléans, ce qu'il faisait était incroyable !

L2W Comment avez-vous travaillé sur cet arrangement , vous aviez une idée précise des figures rythmiques que devait jouer la batterie ?

AJ Chacun y a mis du sien, Israel, Vernell, moi-même, on y a tous mis quelque chose, et ça a bien marché... Ha ha ha ! Le genre de truc qui n'arrive qu'une fois ! Sérieusement : c'est devenu un des titres instrumentaux les plus plagiés de l'industrie musicale... ça n'arrive qu'une fois ... d'attraper le moment au vol comme ça... pourtant ça faisait sept ans qu'on jouait ce répertoire, pas à New York, à Chicago...

L2W Mais alors comment expliquez-vous ce succès tardif ?

AJ L'enregistrement parfait. On avait 48 titres et on a réduit à 8. L'endroit. Nous étions en résidence au Pershing. Les gens disent un album "live", mais tous les les albums sont "live", que ce soit en club ou en studio, en fait je préfère dire un enregistrement éloigné (remote). Trois soirées. Toute une série de facteurs. On nous disait, vous n'allez jamais passer en radio, c'est beaucoup trop long pour un instrumental, sept minutes et trente cinq secondes. C'était la première fois que Chess faisait un 45 tours avec un instrumental. Cela dit ce n'ai pas moi qui ai écrit le morceau malgré ce que croient les gens. La même chose est arrivée à Billy Strahorn avec Take the A train ou Paul Desmond avec Take Five... j'ai sans aucun doute enrichi le compositeur de cette mélodie !

L2W Et ça vous donne les moyens d'avoir votre propre club, votre propre label d'enregistrement...

AJ Hé hé oui, que des erreurs ! Mais quand on se dit si j'avais fait ci, si j'avais fait ça, c'est le plus court chemin vers la folie ! En fait les choses arrivent toujours pour une raison. J'ai également eu une compagnie de graines de sésame en Somalie avec Art Davis - je n'y suis jamais allé, on avait un représentant là-bas; j'ai eu une compagnie pharmaceutique en Egypte, aussi ... Docteur Art Davis est un grand bassiste, j'ai eu le plaisir de jouer avec lui, il travaillait aussi chez McCoy Tyner, sur le disque Effendi en particulier, et puis il est devenu professeur, et il a enseigné en Californie. Il a été un peu dégoûté de son expérience avec Leonard Bernstein avec qui il s'est retrouvé en procès sur le respect des Droits Civiques - Bernstein ne voulait pas travailler avec des afros-américains, et Art a été comme qui dirait blackboulé dans le milieu, alors qu'il aurait pu jouer avec n'importe quel orchestre symphonique de la planète... Du coup il n'est pas simplement docteur en musique mais aussi en psychiatrie. C'est un des plus grands bassiste qui soient.

L2W Docteur en psychiatrie, comme Donald Byrd, Eddie Henderson...

AJ J'ai bien connu le père d'Eddie, un excellent médecin, il s'occupait de Miles, de moi, de beaucoup de musiciens... il était amoureux de la musique...

L2W Pourquoi vous lancer dans les affaires ?

AJ Pour m'échapper de la musique. Le business de la musique m'a énormément déçu. J'avais le mauvais tempérament pour ça, j'étais beaucoup trop timide, beaucoup trop introverti pour les rigueurs des affaires. Maintenant ça va , mais ça m'a pris tant d'années, ha ha ha ! Et puis j'ai toujours aimé rester à la maison, je n'ai jamais aimé voyager. Mais à un moment je me suis dit : je suis supposé être ici, et non là-bas, et c'est pour ça que je suis ici aujourd'hui ! Il m'a fallu réaliser que je devais accepter d'être ce que je devais être, c'est-à-dire un pianiste, un musicien, que c'est comme ça que je laisse une trace, et c'est comme si tout le reste ne s'était pas passé...

L2W Pendant combien de temps avez-vous été producteur ?

AJ Suffisamment longtemps ! Trois ans. De 1969 à 1971. Je réalisais des albums... certains d'entre eux sont ré-édités au Japon en ce moment. En particulier une des plus belles sessions que Sonny Stitt ait jamais faite ! J'avais un compositeur, un producteur, je voyais, j'écoutais toute la musique ! La section rythmique, c'était Herbie Hancock, Grady Tate, Bucky Pizzarelli et Ron Carter - et il y avait 8 autres gars en plus, c'était un orchestre avec 12 musiciens... C'était sans doute la session la plus organisée qu'il ait jamais faite de sa vie... J'ai fait des sessions avec Shirley Horne, certaines ne sont pas sorties, il faudrait que j'aie les autorisations nécessaires.... J'étais un grand fan de Shirley, et elle m'aimait beaucoup aussi. J'ai fait quelques pistes pour elles, mais je lui ai dit : Shirley, il n'y a que toi qui puisses jouer sur tes chansons, et c'est ce qu'elle a fait. Sur cet album sublime "Here is to life", tout ce que Johnny Mandel a eu à faire, c'était de reprendre ses accords et de les harmoniser. Cet album est un pur chef d'oeuvre.
Bref pendant ces trois ans, je ne faisais plus de piano, un concert de temps en temps mais c'est tout, je ne faisais que produire... Mais j'avais trop de choses dans la tête, j'étais trop sensible pour le business, et puis je me suis marié à 17 ans, j'avais beaucoup de distractions, beaucoup de problèmes pour assumer une direction quelconque... J'ai commencé ma carrière à 21 ans, comme Dave Brubeck, on en parle de temps en temps, nous partageaons Dave et moi de nombreux bons souvenirs, on a même partagé la scène en quelques occasions, on a eu tous les deux les honneurs du Kennedy Center, côte à côte, c'était super...

Dolphin Dance

L2W Je suis un fan inconditionnel de cet album...

AJ Quand dis-tu qu'il a été enregistré ? Oui, c'est quand je ne faisais plus beaucoup de musique. Très bon producteur, j'ai oublié son nom, il a fait les albums de Coltrane...

L2W Ed Michel...

AJ C'est ça. Un gars très bien, qui vous laissait travailler tranquillement, la partie artistique se passait vraiment bien. Je crois qu'on a fait ça aux studios Columbia, c'était avec Frank Grant et Jamil Nasser, des musiciens formidables.

L2W Pourquoi eux ? Vous répétiez avec eux à l'époque ?

AJ Non, non, mais je jouais déjà avec eux avant de commencer ce business de production...

L2W Frank Grant joue des balais, c'est assez rare dans vos disques un batteur aux balais...

AJ Non, je n'en utilise pas très souvent ... par contre, je fais des duos, une orchestration très minimale, juste contrebasse et piano, James Cammack et moi. Mais ma dernière tournée en quartet était avec Manolo Badrena aux percussions. Il jouait avec moi avant de rejoindre Weather Report. J'ai toujours eu des percussions dans mon groupe, par intermittence. Mon guitariste, pour commencer, qui faisait de la percussion avec son instrument. Dizzy et moi, on a toujours utilisé les percussions de la façon dont on les entend maintenant. Il avait Chano Pozo, moi j'avais Badu Ordeen à Chicago. J'essayais parfois percussions-basse-piano. Parfois guitare-basse-piano, batterie-basse-piano... mais j'ai toujours eu recours aux percussions, y compris dans ce nouvel album, qui est un quartet avec Manolo... Auparavant, j'avais un orchestre de 7 musiciens, Yoron Israël, Manolo, Joe Kennedy, George Coleman...

L2W Je l'ai vu hier soir qui dînait au Smoke...

AJ Ah oui ? Hé hé George Coleman c'est vraiment un des plus grands saxophonistes qui soient. C'est vraiment quelque chose d'autre, ça fait peur ! Il a inspiré tant de jeunes sax, Eric Alexander, par exemple, on croirait entendre George... Il vient de Memphis, George, c'est une région comme ma ville Pittsburgh, New Orleans, Detroit, St Louis, Kansas City, qui sont des vrais ferments de musiciens. De Memphis, il y a Frank Strozier, Harold Maburn, George Coleman, James Williams, Donald Brown, Mulgrew Miller...
Cela dit, pour en revenir aux balais, ça m'arrive encore d'en utiliser avec Idriss...

L2W Ce morceau, Dolphin Dance est un morceau compliqué, avec une structure harmonique très contraignante. D'habitude, les standards que vous choisissez ont une forme plus simple, ce qui vous permet de les arranger de façon très personnelle. Pourquoi avoir choisi cette composition ?

AJ J'aime bien choisir des morceaux dont les compositeurs sont particulièrement doués. Herbie en est certainement un. Il a beaucoup de chance, parce qu'il va de Watermelon Man à des choses très abstraites, comme il le fait maintenant, Mais il a aussi laissé sa marque avec des compositions très mélodiques, comme Maiden Voyage, Dolphin Dance... Il a un sens exceptionnel de l'harmonie. Mais pour en revenir aux standards, je lis aussi les paroles, c'est très important de connaître le contexte sensible du morceau, c'est ce que faisait Ben Webster, un de mes êtres humains favoris, c'est lui qui m'a appris ça, s'il y avait quelqu'un qui savait jouer les ballades, c'était lui ! Pareil pour Don Byas, Lucky Thompson, Roy Eldridge (un Pittsburghien), tous ces musiciens avec qui j'ai commencé comme pianiste accompagnateur... Tu sais j'ai grandi en jouant avec des big bands, c'est sans doute comme ça que j'ai pris goût pour les choses orchestrales... tout vient du piano... quand on reprend les voicings de Bill Evans pour un grand orchestre, il n'y a rien à changer !

Misdemeanour

AJ Ca doit être Richard Evans, je suis quasiment sûr. C'est son arrangement, c'est lui qui produisait la session. Hé hé ils n'ont pas livré le Steinway à temps pour la session, alors du coup j'ai pris un piano électrique, un Rhodes. C'est Herbie qui m'avait fait découvrir cet instrument à l'occasion d'une session que j'ai produite. Le deuxième jour, il me dit : qu'est-ce que tu dirais d'avoir un Rhodes ? Tu en as déjà joué un ? J'ai dit non. Et il m'a répondu : je vais t'en procurer un. Et quand le Rhodes est arrivé, il m'a dit assieds-toi, essaye, tu vas voir... J'ai tellement aimé l'instrument que j'ai appelé la compagnie pour leur dire que j'aimerais bien parrainer cette marque... Du coup ils en ont envoyé deux, un pour Herbie et un pour moi ! Après ça Harold Rhodes et moi sommes devenus de très bons amis... C'était quelqu'un de très cultivé. Je crois savoir qu'au début il travaillait dans un hôpital, il apprenait la musique à des vétérans avec une méthode à lui, des gueules cassées de la deuxième guerre mondiale... La dernière fois que je l'ai vu, il est venu m'écouter en chaise roulante, au Jazz Bakery à Los Angeles.
Bref, tout cet album était produit par Richard Evans, c'était le premier que j'ai fait pour 20th Century Fox. Richard était un ancien bassiste de mon groupe, et ça fait maintenant ... 18 ans qu'il enseigne la musique à l'université ! C'est à mon avis un des plus brillants orchestrateurs qui existent, j'adore la subtilité présente dans tous les détails, il est vraiment de la classe de Johnny Mandel. C'est moi qui lui ai donné son premier boulot d'orchestrateur pour Chess Records...

Rossiter Road

AJ Qu'est-ce que c'est ?

L2W Rossiter Road

AJ Ha ha ha ! J'avais oublié ! En fait une fois un album enregistré, il est très rare que je le ré-écoute... J'aime bien, ça me donne des oreilles fraîches... Parfois certains éléments me surprennent... James joue de la basse électrique, et ça doit être Herlin Riley à la batterie, quel super batteur, ce serait pas Manolo aux percussions ? J'ai rejoué avec Herlin il n'y a pas longtemps, il remplaçait au San Francisco Jazz Festival Idriss qui était malade. (Tendant l'oreille) Très intéressant... Merci de me l'avoir fait écouter... Je m'en souviens, beaucoup de gens avaient aimé cet album !

L2W Pourquoi le nom Rossiter Road ?

AJ C'est là que j'habitais avec ma femme...

L2W Misdemeanour a un son très 70, Rossiter Road un son très 80, on a l'impression que vos productions sont toujours imprégnées de l'époque. Pourtant, beaucoup de critiques vous considèrent comme un artiste à contre-courant...

AJ En fait je m'appuie sur mes racines. Je viens de Pittsburgh, une ville très spéciale. Ma mère et celle d'Errol Garner étaient amies, j'allais à la même école élémentaire que Dodo Mamarosa, il y a Kenny Clarke, Ray Brown, Art Blakey, Billy Eckstine, Andy Warhol, Gene Kelly, Stanley Turrentine, Lorin Maazel, Billy Strayhorn, j'ai beaucoup de chance de partager ce truc spécial avec eux... Je n'ai pas le temps de me soucier de ceux qui s'occupent de définir qui est Ahmad Jamal. Qui je suis ? C'est simple, je suis un Pittsburgher. Tous les Pittsburghers ont un truc qui les rend différents. George Benson qui un instrumentiste et vocaliste exceptionnel, Earl Hines, un vrai styliste, et puis Errol Garner qui a été le premier à jouer à la salle Pleyel

L2W Comment choisissez-vous le son de vos productions ? Vous laissez ce soin à quelqu'un d'autre ?

AJ J'écoute très peu de choses. Il faut vraiment quelque chose de très spécial pour que j'écoute... (silence) C'est vraiment une très bonne question. Je réalise que ces deniers temps, j'écoute surtout mon propre travail. J'ai le sentiment que les voix vraiment révolutionnaires de la musique ont disparu. On a aujourd'hui d'immenses techniciens, mais pas vraiment de révolutionnaires. Charlie Parker était un révolutionnaire, tout comme Dodo Mamarosa ou Lennie Tristano, Dizzy Gillespie... Duke Ellington, Billy Strayhorn, ce genre de personnalité a disparu maintenant. Même pour le plus vieil instrument du monde, la voix, les révolutionnaires ont disparu. Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Billie Holiday. En 1952, j'étais à Carnegie Hall avec Stan Getz, Dizzy Gillespie, Charlie Parker avec cordes et Billy Holiday... Je suis le seul survivant de cette affiche... J'ai vecu différentes ères de la musique, les big bands quand je débutais, Dizzy et Bird, et me voilà toujours vivant à l'ère de l'électronique... J'ai fait des compétitions d'orgue quand j'avais dix ans, j'ai un peu regardé du côté de la musique classique occidentale, pas beaucoup...

L2W J'ai lu que vous aviez fait la Juilliard School...

AJ Non. J'aurais bien voulu mais je n'y suis jamais allé... Mais je me suis marié très jeune, je me retrouvais à diriger un orchestre, je n'avais pas le temps... C'est quelque chose que je dis souvent aux jeunes : l'éducation c'est ce qu'il y a de plus important ! C'est très difficile de faire quelque chose de sa vie quand on n'a pas d'éducation, quand on est jeune on ne fait pas la différence entre oui et non, c'est capital de se réserver des options, et ces options on ne les trouve qu'à l'école. Je suis un miraculé, j'ai tenu malgré mon manque d'éducation, très peu de nous ont survécu... Quand on se fait tout seul on risque de prendre de très mauvaises habitudes, c'est ce qui est arrivé à Charlie Parker, à Bud Powell, à Billy Holiday... ils ont été jetés dans les rues trop jeunes, à un âge oû ils étaient trop impressionnables... Aller à l'école permet d'avoir plus d'une porte de sortie. Si on en a marre d'être interprète, on conduit pour un moment. Si on ne veut pas conduire, on peut enseigner, ou alors on peut écrire. On peut essayer tout ça et choisir la bonne option. Sans école, on se prend tout de face sans pouvoir prendre une porte de sortie. Il y a beaucoup de génies qui finissent clochards parce qu'ils sont tombés sur un obstacle. J'aurais bien aimé que Charlie Parker reste vivant pendant encore de nombreuses années...

L2W Pour en revenir à Rossiter Road, Herlin Riley joue une partie de grosse caisse qui est vraiment de son époque, les années 80...

AJ J'ai traversé plusieurs ères musicales, et j'ai grandi dans une tradition de citation des musiques de l'époque. J'ai tourné avec un groupe qui s'appelait les Ravens, il y a bien des années... J'ai accumulé un gros sac de ficelles (bag of licks) qu'on peut entendre dans mon jeu... En écoutant les authentiques rock n'rollers on apprenait bien des choses. Avec Johnny Hartman, aussi. On était jeunes tous les deux quand on s'est rencontrés à Atlantic City. Pareil avec les plans de Roy Eldridge, je les utilise toujours, adaptés au piano, je cite souvent Dizzy Gillespie, ainsi que beaucoup d'autres genres musicaux. J'ai grandi en apprenant par coeur "After Hours" de Avery Parish, c'était un vieux disque de Earl Hines. Meade Lux Lewis, James P. Johnson, Albert Ammons, Mary Lou Williams, j'ai commencé à jouer Ill Wind en allant l'écouter le jouer au Hickory House. Alors pour répondre à ta question, les grosses caisses... c'est là que je les ai trouvées !

J'ai plus de temps maintenant pour écouter de la musique, mais je le consacre surtout à jouer du piano, et en retirer du plaisir. Je dois le faire car il faut que je reste en forme, mais avant tout pour pouvoir découvrir quelque chose de nouveau en moi-même. Maintenant, si je m'asseois au piano, c'est pour me faire plaisir, pas juste parce que je dois le faire.

L2W Que travaillez-vous au piano pour garder la forme ?

AJ Pour garder la forme ? Ha ha ! je dirais plutôt : pour trouver la forme, ha ha ! J'ai 77 ans et je suis en train de retrouver la forme... Et j'espère alors la garder un an deux ans, dix ans... La vie est une quête sans fin de la connaissance. Tout se définit en fonction de celui qui a la connaissance. Interrompre cette quête, c'est mourir, on peut marcher les pieds sur terre, mais on est morts quand même, on est déjà dans la tombe... Si on n'a pas le désir d'acquérir la connaissance, eh bien on n'apprend rien !

L2W Vous avez des exercices particuliers ?

AJ Je travaille moi. Je ne veux pas de Czerny, de Mozart, de Martial Solal, ce pianiste spectaculaire, je veux travailler sur ma propre expression musicale. Je cherche mes références à l'intérieur de moi-même, et puis j'ai une physiologie qui m'appartient et qui produit un certain son... C'est très important de chercher à l'intérieur de soi, sinon on joue toujours la même chose et on tourne en rond... Je travaille moi.

L2W Comment définiriez-vous "moi"?

AJ Moi, c'est...ma vie. Je joue ma vie. Je joue des années d'expérience, de connaissances philosophiques. On se reflète toujours dans son métier, qu'on soit docteur, avocat ou chef indien. Aujourd'hui je joue à la fois ma vie passée et ma vie présente, et je me projette dans l'avenir : prochain concert, prochain disque... Je m'inspire donc des mes vécus musicaux, philosophiques, personnels et relationnels et j'injecte tout cela dans ma musique, comme Thad Jones, ce compositeur exceptionnel, avec Mel Lewis, ils jouaient des trucs à se faire dresser les poils ! Thad écrivait à partir de ses expériences avec Count Basie , de tous ses boulots de sideman, et en plus il avait cette graine magique des Jones ! Cet orchestre ! Il y avait Phil Woods, Richie Davis, qui fut aussi un de mes bassistes quand il sortait tout juste de l'école, il y avait Roland Hanna au piano, et toute cette musique c'était Thad qui la composait ! Il venait de la tradition de Jimmy Lunceford, Count Basie, Duke Ellington. Gil Evans c'était pareil : il a travaillée des années et des années chez Earl McIntyre. Miles le faisait aussi, hé hé Miles était un homme très malin, il avait toujours de bons musiciens, et il a su utiliser le talent de Gil Evans, qui lui-même s'inspirait de son expérience d'orchestrateur pour d'autres leaders.

L2W Beaucoup de musiciens compositeurs arrêtent de se renouveler à un certain âge et tournent sur un répertoire limité. Vous, au contraire, continuez d'écrire des nouveaux titres à chaque album...

AJ En fait je me sens vraiment bien aujourd'hui (I'm having the best time of my life), musicalement. Je travaille plus, je tourne plus, avant j'en faisais beaucoup moins, j'avais des restaurants, toutes sortes de business pour éviter de faire ça, mais maintenant j'y prends du plaisir, et pour moi c'est frais, c'est vraiment un bon esprit pour jouer avec le groupe, je suis content de faire des concerts, et c'est pour ça que je ne peux pas me permettre d'être perturbé par le monde extérieur. A St Louis, par exemple, on devait faire deux sets avec une pause entre les deux. Je n'aime pas faire de pause. J'ai fait l'erreur de m'asseoir dans la Green Room, et quand je suis revenu sur scène, j'avais perdu ma concentration et ça m'a empêché de prendre du plaisir... Pendant des années, j'ai subi sans le savoir de nombreuses perturbations (distractions) dans ma vie, et ça c'est le pire pour un musicien. La musique est la maîtresse du musicien, il faut lui donner toute son attention, pas comme un malade, mais en donnant à la musique ce qui lui est dû. On n'en retire que ce qu'on lui donne.

Autumn Leaves

L2W Le même morceau quarante ans après...

AJ Oui et pendant ce temps son compositeur est devenu millionnaire ! Il est venu me voir à un concert au Châtelet, et quand je suis rentré à l'hotel ce soir là, dans le lobby de l'hôtel il y avait un orchestre qui jouait ce morceau... Ha ha ! C'est une session de studio ou du concert ? Je me rappelle que c'était une session de Jean François Deiber

L2W Comment l'avez-vous rencontré ?

AJ Bonne question. Je ne sais pas... Il est rentré dans ma vie et il y est toujours... Je n'avais plus joué en France depuis un concert à l'ORTF avec Hampton Hawes en 1962, c'est lui qui m'a fait revenir bien des années après... Hampton Hawes avait été condamné à la prison à vie ! Et il a été libéré par la grâce présidentielle de Kennedy en 63... oh j'y suis ! C'est lui qui s'occupait du TBB (Théatre de Boulogne Billancourt), il nous avait fait venir, Phineas Newborn et moi. Jean-François était un type unique. Il faisait passer la musique en premier. Hé hé de temps en temps je m'asseyais et il jouait Mozart sur mon piano... c'était dans mon autre maison qui était plus grande avec une piscine couverte, ici c'est un foyer, là-bas ce n'était qu'une maison (a house, not a home). On a eu beaucoup de bons moments ensemble. On a bâti un truc très spécial entre nous, qui a eu une grande importance sur ma carrière en France et en Europe. Je me souviens qu'il organisait ces grandes conférences de presse au Royal Monceau... Nous sommes devenus de très bons amis.

L2W Pourquoi faire un album en hommage à lui ?

AJ Concrètement, nous avions un temps mort de 5 jours à Strasbourg après un concert, et je n'aime pas garder mon équipe inactive. Je suis chef d'orchestre mais je suis aussi un homme d'affaires... finalement, après toutes ces années... Des trous dans les tournées coûtent très cher... Alors j'ai appelé Francine et lui ai dit de s'organiser avec Francis Dreyfus pour booker une séance de studio à ce moment-là. Ca faisait longtemps que je n'étais pas allé en studio, depuis After Fajr... deux ans et demi...

L2W Vous sortez quand même beaucoup de disques !

AJ Pas tant que ça. Et puis il y a toutes les compilations ! Tout ce qui date d'avant 1957 est au domaine public ! J'aimerais faire une sortie par an... Mais l'industrie d'aujourd'hui ne permet pas un rythme aussi court... Pour en revenir à Strasbourg, je dis à Francis : faisons un hommage à Jean François (disparu le 17 avril 2005). Ils ont adoré l'idée, et c'est comme ça que ça s'est fait.
C'est l'album le plus long que j'aie jamais fait, 70 minutes, douze titres, les japonais voulaient un bonus track, je leur ai dit sur cet album le monde entier aura un bonus track ! On ne peut pas vraiment mettre plus de musique sur un CD....

L2W Jean-François vous manque ?

AJ Bien sûr, bien sûr ! Mais tu sais il est toujours avec moi...

L2W Qu'est-ce qu'il aurait dit de cet album ?

AJ Je crois qu'il aurait aimé... Il y a le morceau Papillon, j'ai même écrit des paroles pour cette mélodie, comme j'avais fait pour After Fajr, ça lui avait beaucoup plu. On l'a d'ailleurs joué à son enterrement. Pour moi cet album est un des meilleurs que j'aie fait depuis Pershing. Beaucoup grâce aux musiciens ! Idriss est un batteur vraiment étonnant. Il vient de faire un projet de quatre batterie avec Tootie Heath, Lewis Nash et je ne me souviens plus du dernier... C'est un musicien très demandé, Scofield, Lovano, il a écrit la musique de Hair, qui était sur Broadway pendant quatre ans, c'était le batteur maison de Fantasy Records... Il habitait dans le New Jersey, et puis il est allé à Londres, il a vécu en Autriche, et maintenant ça fait sept-huit ans qu'on travaille ensemble.
Quant à Manolo, il est vraiment...spectaculaire ! Et ça fonctionne bien avec Idriss... C'est comme la guitare et le piano, c'est rare que ça marche avec les deux ensemble... Il y a aussi une piste de la session que je n'ai pas reprise sur l'album, je l'avais enregistrée sur un piano numérique, mais il y a eu une erreur à l'enregistrement, alors j'ai dû la retirer...

L2W Vous aimez jouer sur des pianos numériques ?

AJ Parfois... le Yamaha 120 a une bonne mécanique maintenant, et le son est bon... C'est un animal différent, de temps en temps, j'ai envie de l'utiliser... Mais ma vraie histoire d'amour, c'est le piano. Il y tant pour moi à explorer encore !

L2W Toujours des Steinway ?

AJ Ce sont les meilleurs. Ca fait 48 ans que je travaille avec eux. La première fois, j'y suis allé avec John Hammond. C'est un homme qui a travaillé avec Bob Dylan, qui a joué un rôle capital dans la carrière de Billie Holiday, dans la mienne (Israël Crosby était son bassiste favori...), il a travaillé avec Benny Goodman, Count Basie, c'était un très grand promoteur. Les deux seuls autres artistes de Musique Classique Américaine qui étaient sponsorisées par Steinway étaient Hazel Scott et John Lewis. Ils avaient des dizaines d'Horowitz, Rubinstein etc, mais à ce moment nous n'étions que trois... Ensuite sont venus Ramsey Lewis, McCoy Tyner, Tommy Flanagan...

L2W Pourquoi avez-vous DEUX Steinway chez vous ?

AJ Parce que j'en ai toujours eu envie, deux pianos l'un contre l'autre. J'ai vu ça chez quelqu'un une fois et je me suis dit : CA, j'en ai envie

Vous faites des duos parfois ?

AJ Non, je les joue tous les deux, tantôt l'un tantôt l'autre. Ha ha il y avait un jeune pianiste coréen qui est venu jouer sur celui-ci, on ne pouvait plus l'en arracher !

L2W Si vous aviez un mot pour décrire Jean François, lequel choisiriez-vous ?

AJ Protocole. J'en ai fait une chanson, Protocole. Il suivait toujours le bon protocole. Surtout avec moi, ha ha ! Alors je l'ai mis sur ce disque et ça me fait penser à lui. Mais mon morceau favori du disque, c'est Wild as the wind, ça vient d'un vieux film avec Anthony Quinn. J'aime beaucoup aussi Papillon...

L2W Pourquoi Papillon ?

AJ J'ai lu le livre, j'ai vu le film et ça me fait penser à James (Cammack) qu'on n'arrive jamais à attraper, quand on est en tournée il disparaît très vite, ha ha ha !
Il y a 17 ans que je joue avec James... au début il était encore à (l'académie militaire de) West Point, il devait avoir 23 ou 24 ans... En plus ce titre me fait plaisir parce que c'est un des seuls mots que je connais en français, ha ha ha !
Mais pour en revenir à Jean-François, je crois qu'il aurait été surpris par la longueur de ce disque.

L2W Une dernière question : si vous n'étiez pas musicien, quel métier auriez-vous aimé faire ?

AJ C'est une bonne question... qu'on m'a posée souvent ! Souvent j'ai répondu : avocat. Mais maintenant que j'y réfléchis, je me dis, bon ce n'est pas un métier, mais... j'aurais bien été... philosophe et érudit ! Car les rois ont toujours besoin des érudits (scholars), mais les érudits n'ont pas besoin des rois !

 
 

dim 1 jan 2012

 
 
 
Laurent de Wilde

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